J’ai de bonnes et de mauvaises nouvelles sur le décrochage scolaire au Québec.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Vous rappelez-vous le gros débat qu’avait suscité l’étude de l’Institut du Québec (IdQ) au printemps 2018 ? Mais oui, l’étude qui disait que le Québec faisait du surplace depuis 10 ans, qu’il présentait un écart énorme avec l’Ontario et qu’il montrait des différences dramatiques entre les garçons et les filles ?

Eh bien, depuis ce débat, Statistique Canada a révisé ses données en profondeur sur la diplomation au secondaire, utilisant ce qu’elle appelle maintenant « la méthode de la vraie cohorte » (1). Les nouveaux résultats, publiés le 10 décembre dernier, sont passablement différents.

L’étude de l’IdQ, rappelons-le, notait que le Québec maintenait un taux de diplomation stagnant de 64 % depuis plusieurs années, soit 20 points de moins qu’en Ontario. Ce taux de diplomation – l’inverse du taux de décrochage en quelque sorte – portait sur les élèves du secteur public qui réussissait dans les temps normaux (cinq ans).

Ensuite, l’IdQ faisait état de l’écart abyssal entre le taux de diplomation des garçons et des filles (14 points), un phénomène unique au Canada (en Ontario, l’étude relevait un écart de 5 points).

Première bonne nouvelle avec les chiffres révisés de Statistique Canada : le taux de diplomation au Québec dans les temps normaux, selon la méthode de la « vraie cohorte », est plutôt de 75 % en 2017 (plus récents chiffres disponibles). Ce taux, qui inclut le secteur privé, est donc de 11 points supérieur à celui publié par l’IdQ (dont les données venaient aussi de Statistique Canada, cela dit).

En ajoutant les élèves qui prennent jusqu’à deux ans de plus pour terminer leur secondaire, le taux grimpe à 83 %. En somme, le taux de décrochage est de quelque 17 % chez les jeunes.

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Ce taux de 83 % après sept ans de secondaire ne restera pas stagnant par la suite pour cette cohorte d’élèves. Le taux de diplomation augmentera encore avec le temps, reflétant le cheminement plus long de certains élèves. Par exemple, pour ceux qui ont été au secondaire durant les années 2000, Statistique Canada estime que la proportion de diplômés du secondaire est aujourd’hui de 91 % (2).

> Consultez les statistiques sur le taux de diplomation

Autre bonne nouvelle avec les chiffres révisés : le taux de 75 % en 2017 après cinq ans, mentionné plus haut, n’a pas fait de surplace ces dernières années. Ce taux était de 71 % en 2014, 72 % en 2015 et 74 % en 2016. Bref, il y a une progression constante.

Écart entre les gars et les filles

Maintenant, le pot. Les nouveaux chiffres confirment l’une des principales mauvaises nouvelles rapportées par l’IdQ, soit l’écart très important entre le taux de diplomation des garçons et des filles. En 2017, 80 % des filles avaient obtenu leur diplôme en cinq ans, contre seulement 69 % chez les garçons, soit un écart de 11 points.

En Ontario, cet écart garçon-fille est de 7 points, au Nouveau-Brunswick, de 5 points, et en Colombie-Britannique, de 4 points. L’écart du Québec avec les autres provinces n’est plus abyssal, mais il encore très grand, beaucoup trop.

Autre mauvaise nouvelle : le Québec continue de traîner la patte par rapport aux autres provinces. Après sept ans, la diplomation est de 83 % au Québec, le plus faible taux au Canada. C’est 10 points de moins qu’en Ontario (93 %), et 4 de moins qu’au Nouveau-Brunswick (87 %).

À ce sujet, faut-il dire, l’étude de Statistique Canada prend maintenant la peine d’inscrire une note à son étude pour inviter à la prudence dans la comparaison. Cette note est directement attribuable au débat de 2018, comme quoi nos débats ne sont pas inutiles.

« Les cheminements scolaires, les notes de passage et les exigences relatives aux matières et les groupes d’élèves à l’étude peuvent varier d’une province à l’autre », écrit Statistique Canada.

Un exemple : au Québec, la note de passage des cours est de 60 %, alors qu’elle est de 50 % ailleurs au Canada.

Autre exemple : lorsqu’on fait passer un même examen de lecture, de sciences ou de mathématiques, les élèves québécois de 15 ans réussissent bien mieux que les Néo-Brunswickois ou les Manitobains, dont la diplomation est pourtant supérieure.

Plus précisément, en lecture, 67 % des élèves du Québec atteignent le niveau 3 ou plus de compréhension, soit nettement plus que ceux du Nouveau-Brunswick (54 %), du Manitoba (56 %) ou de la Saskatchewan (58 %). En mathématiques, l’écart favorisant le Québec est encore plus grand. Visiblement, la barre pour obtenir son diplôme est plus haute au Québec.

Cela dit, les élèves de l’Ontario et de l’Alberta se distinguent aussi aux tests PISA, et leur diplomation est bien plus grande qu’au Québec, notamment chez les garçons. De plus, leurs diplômes requièrent six ans d’études, en temps normal, contre cinq au Québec.

En somme, la diplomation au Québec ne ressemble pas à la catastrophe présentée par l’IdQ en 2018 quand on inclut le secteur privé, qui a absorbé une bonne partie des élèves ces dernières années (3). Et il n’est pas simple de comparer la diplomation d’une province à l’autre.

L’IdQ avait toutefois raison sur l’écart très important au Québec entre les garçons et les filles. La faiblesse des garçons doit être LA priorité du ministère de l’Éducation à ce chapitre.

1. Statistique Canada obtient maintenant des taux en suivant des cohortes d’élèves dans le temps (données longitudinales). Il s’agit donc de la diplomation réelle de groupes d’élèves suivis cinq à sept ans après leur entrée au secondaire. Avant, l’organisme devait fabriquer une cohorte synthétique, en divisant le nombre de diplômés de 16 à 19 ans d’une année donnée par le nombre d’inscriptions quelques années plus tôt, avec un ajustement pour tenir compte des décès et des flux migratoires entre-temps.

2. Proportion de diplômés du secondaire chez les 25-34 ans en 2018.

3. La proportion d’élèves au privé s’est stabilisée depuis trois ans au début du secondaire.