(Montréal) En pleine zone rouge, Polytechnique Montréal ramène des centaines d’étudiants au Palais des congrès de Montréal pour des examens qui se dérouleront pendant une semaine. La question des évaluations dans les universités a été épineuse cette session-ci, et trouver une solution qui fasse consensus semble difficile. Au cœur du débat règne la question du plagiat.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

« Mécanique des milieux continus », a lancé dans un soupir l’aspirant ingénieur. À l’entrée du métro Place d’Armes, ses trois collègues de Polytechnique Montréal ont rigolé, mais ils étaient dans le même bateau. Pour la première fois de la session, ils allaient passer un examen en personne dans une grande salle du Palais des congrès de Montréal.

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Charles Giard-Gauthier (deuxième à partir de la gauche), étudiant en génie biomédical, entouré de collègues de Polytechnique Montréal

C’était la première sortie scolaire « en vrai » de ces étudiants en deuxième année de génie biomédical. Même les laboratoires se sont faits à distance cette session-ci, et la vie sociale leur manque, ont-ils relevé. « À l’école, on sent qu’on est ensemble, ça nous motive, mais seul, on se demande à quoi ça sert », a expliqué Charles Giard-Gauthier.

Si Polytechnique Montréal regroupe ainsi des centaines d’étudiants ces jours-ci, ce n’est pas tant pour qu’ils aient une vie sociale que pour minimiser les risques de plagiat aux examens.

Car l’école à distance a fait augmenter la tricherie. À l’hiver 2019, l’université recensait 24 cas de plagiat impliquant 45 étudiants, tandis qu’à l’hiver 2020, on recensait 67 cas impliquant environ 230 étudiants.

« Il s’agit incontestablement d’un sommet par rapport aux années antérieures », note la porte-parole de Polytechnique Montréal, Annie Touchette. Il est « particulièrement facile de contourner certaines règles » pour des examens à « caractère scientifique », ajoute-t-elle, précisant que des accommodements ont été prévus pour des étudiants qui craindraient pour leur santé ou celle de leurs proches.

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Des employés du Palais des congrès de Montréal désinfectent les salles où les étudiants de Polytechnique Montréal font leurs examens de fin de session.

Croisée juste avant un examen de mathématiques, Nicole ne s’inquiétait pas pour sa santé, mais n’était pas en accord avec la décision de son université de tenir des examens en personne. « La solution la plus simple aurait été de faire comme les autres écoles qui font leurs examens à distance », estime l’étudiante qui a préféré taire son nom de famille.

Les examens à distance aussi critiqués

Si le fait de tenir des examens en présence est loin de faire l’unanimité, surtout au moment où les cas de COVID-19 sont en hausse, il s’avère que les mesures prises pour contrer le plagiat lors d’examens à distance font aussi des vagues dans les universités.

À l’Université de Montréal, par exemple, des étudiants en kinésiologie ont témoigné à La Presse qu’en « serrant la vis » à ceux qui seraient tentés de tricher, l’université pénalisait tout le monde. Un étudiant cite en exemple un examen récent où il n’y avait pas la possibilité de voir l’ensemble des questions avant de commencer.

« Ce sont des examens avec une pondération de 30 % ! On a peur de manquer de temps, on ne sait pas à quoi s’attendre pour la suite, donc parfois, on répond n’importe quoi juste pour pouvoir passer à la question suivante », explique l’étudiant, qui a demandé l’anonymat parce qu’il craint de subir des représailles s’il témoigne ouvertement.

Comme si ce n’était pas suffisant, ajoute-t-il, il est maintenant question de surveiller ces examens par vidéoconférence, ce qui crée un grand stress pour certains étudiants.

Le recours aux « technologies intrusives » s’est surtout vu dans des milieux où la performance est valorisée, constate Jade Marcil, présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ), qui représente plus de 90 000 étudiants universitaires. L’UEQ est en défaveur de l’utilisation de la vidéosurveillance et appelle les universités à mettre en place des méthodes d’évaluation différentes, comme des examens oraux ou des travaux plus courts.

Peu importe le type d’examen choisi, « il y aura toujours des gens satisfaits et d’autres qui ne le sont pas », estime la porte-parole de l’Université de Montréal, Geneviève O’Meara. L’idée de surveiller les examens qui sont faits à distance vient parfois des étudiants eux-mêmes, souvent les plus performants, note-t-elle. « L’Université a la responsabilité que la note soit intègre, valide et qu’il y ait un traitement équitable pour tous les étudiants », explique Mme O’Meara, qui souligne que ce n’est « absolument pas » dans l’intention de l’université de généraliser l’utilisation de logiciels de surveillance.

À l’Université de Sherbrooke, on « préfère » faire les évaluations en présence, mais on croit aussi que des évaluations comme des examens oraux ou des travaux pratiques limitent les cas de plagiat. « C’est sûr qu’un examen écrit avec un logiciel de surveillance, on le fait le moins possible. Si l’évaluation des compétences et des connaissances prend un examen écrit, on va le faire sur place », dit son recteur Pierre Cossette.

M. Cossette affirme qu’il ne dispose pas de statistiques précises sur les cas de plagiat, mais qu’en mettant les observations de l’Université de Sherbrooke « en lien avec celles du reste du réseau universitaire, le verdict est sans appel ».

En présence ou à distance, les universités sont plusieurs à citer l’« intégrité des diplômes » pour justifier la méthode d’évaluation choisie. Or, la malhonnêteté estudiantine n’est pas quelque chose d’aussi répandu qu’on le croit, estime la présidente de l’UEQ. « Ce n’est pas la majorité qui plagie », dit-elle. Ce qui ne veut pas dire, ajoute Jade Marcil, qu’il ne faut pas s’en préoccuper.

– Avec la collaboration de Suzanne Colpron, La Presse