Clara Wasserstein et Yochonon Lowen, deux ex-hassidiques qui avaient quitté la communauté Tosh de Boisbriand en 2010, ont échoué dans leur poursuite visant à faire reconnaître que six écoles et un rabbin hassidiques, ainsi que le gouvernement du Québec, ont failli à leur obligation de faire respecter la Loi sur l’instruction publique.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Les deux plaignants, qui ont reçu une instruction religieuse ne leur permettant pas de fonctionner dans le Québec moderne hors de leur communauté hassidique, n’ont pas réussi à convaincre le juge Martin Castonguay que la situation actuelle, qui oblige les parents d’élèves fréquentant ces écoles religieuses à enseigner à leurs enfants les matières profanes à la maison, posait problème.

Suivant les conseils de leur avocate, les plaignants n’ont pas voulu donner d’entrevue au sujet du jugement rendu jeudi. « Le jugement confirme que les demandeurs, comme tous les enfants de leur communauté à cette époque, n’ont pas reçu l’éducation à laquelle ils avaient droit en vertu de la loi », a indiqué leur avocate, Clara Poissant-Lespérance, par voie de communiqué. « Le jugement constate des progrès au niveau de la scolarisation des enfants depuis l’institution des procédures, tout en reprochant aux dirigeants de la communauté [Tosh] d’avoir résisté aux efforts du gouvernement pour tenter de faire éduquer les enfants de leur communauté. »

Jacob Maman, directeur de l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison, a pour sa part déclaré : « Ce qu’on voit est qu’on retient que le niveau éducatif s’améliore énormément par nos effets. » L’Association représente des parents de différentes communautés hassidiques, dont Tosh.

Le juge Martin Castonguay témoigne parfois de beaucoup de sympathie à l’égard des deux plaignants.

Le Tribunal souhaite exprimer sa plus profonde empathie à l’égard des demandeurs pour ce qu’ils ont subi avant et après leur départ de la Communauté Tosh.

Le juge Martin Castonguay

Il ajoute « se questionner, si les véritables auteurs des atteintes aux droits des demandeurs, répondront un jour de leurs actions ».

Il est aussi cinglant à l’endroit des écoles, qui sont depuis 2017 uniquement religieuses, et donc non soumises aux règlements du ministère de l’Éducation du Québec (MEQ). L’obligation d’enseigner des matières profanes était connue « non seulement des gestionnaires de ces établissements d’enseignement, mais également par l’autorité religieuse dispensant cet enseignement. Le tribunal doute fortement que ces demandes [du MEQ] aient même été véhiculées » aux parents des enfants.

M. Maman a préféré ne pas commenter ces critiques du juge Castonguay visant les écoles hassidiques et le rabbin Elimelech Lowy.

Ces changements législatifs, qui encadrent plus rigoureusement l’école à la maison et facilitent les inspections sans préavis de présumées écoles illégales, sont survenus dans la foulée de l’affaire Lev Tahor, communauté juive encore plus stricte que les hassidiques, qui avait été visée par la DPJ et s’était enfuie en Ontario, puis au Guatemala.

Cheminement satisfaisant

« Il n’y a plus de difficulté réelle puisque l’enseignement à la maison permet de parfaire l’enseignement de matières séculières tant pour les garçons que les filles issues des communautés hassidiques de Boisbriand et de Montréal, écrit le juge Castonguay. Les trois rapports déposés en preuve […] font état d’un cheminement satisfaisant de presque tous les étudiants […] Non seulement le processus de scolarisation de matières est-il bien engagé, mais la situation d’école illégale est beaucoup mieux encadrée depuis les changements législatifs. »

Le juge a salué le nouveau pouvoir du ministère de l’Éducation de visiter sans préavis des écoles soupçonnées de contrevenir à la loi et de demander les listes des élèves et les coordonnées de leurs parents. M. Maman a déploré cette portion du jugement. « On préfère travailler de concert. Ces visites sans préavis peuvent causer des situations négatives si les intentions sont néfastes, parce que les élèves voient arriver des personnes en autorité. On préfère quand les visites sont programmées. »

Les plaignants envisagent de porter le jugement en appel. « Le juge Castonguay reconnaît que les enfants des communautés hassidiques continuent toutefois de fréquenter des écoles religieuses à temps plein, sans pourtant conclure que ces écoles sont illégales. Cette situation continue de préoccuper le couple Lowen, qui y voit un frein à la scolarisation de ces enfants. »