La rentrée se prépare dans les écoles du Québec. Dans quelques jours, élèves du primaire et du secondaire seront en classe pour cette année sans contredit différente des autres. La Presse a visité deux écoles, mardi.

Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Une idée pour gagner six semaines

Une école primaire de Saint-Jérôme croit avoir trouvé une solution pour contrer le stress lié à la rentrée scolaire en pleine pandémie. Les élèves retrouveront la semaine prochaine les mêmes enseignants que l’an dernier. Une façon de gagner un mois d’année scolaire, estime-t-on à l’école Mariboisé.

Deux semaines après le début du confinement de mars, Marie-Josée Demers a eu une idée. Elle venait de quitter ses élèves sans préavis et il lui a semblé que ce serait souhaitable de tous les retrouver cette année. Elle a soumis à sa directrice l’idée de les suivre, sans se douter que ce serait le début de quelque chose de plus grand.

  • Marie-Josée Demers, enseignante à l’école Mariboisé, à Saint-Jérôme, et instigatrice de l’idée du « looping », voulant que les enseignants suivent leurs élèves au niveau supérieur à la rentrée.

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    Marie-Josée Demers, enseignante à l’école Mariboisé, à Saint-Jérôme, et instigatrice de l’idée du « looping », voulant que les enseignants suivent leurs élèves au niveau supérieur à la rentrée.

  • Pauline Cyr, directrice de l’école Mariboisé, à Saint-Jérôme

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    Pauline Cyr, directrice de l’école Mariboisé, à Saint-Jérôme

  • Magalie Piché, enseignante à l’école Mariboisé, à Saint-Jérôme, passera de la 1re à la 2e année.

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    Magalie Piché, enseignante à l’école Mariboisé, à Saint-Jérôme, passera de la 1re à la 2e année.

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Nouvellement arrivée dans l’école, Pauline Cyr a porté l’idée plus loin : et si tous les enseignants changeaient de niveau avec leurs élèves ? Comme elle n’était pas en zone chaude, l’école a bien rouvert ses portes au printemps, mais un peu moins de la moitié des élèves sont revenus physiquement en classe.

Tous les enseignants ont été consultés sur l’idée, appelée « looping ». À quelques années de la retraite, Sophie Berthelet a d’abord opposé une fin de non-recevoir à la directrice. L’enseignante de 4e année trouvait « plus sécurisant » de rester dans un poste qu’elle occupait depuis plus de 20 ans.

La nuit a porté conseil.

Je me suis demandé ce qui m’empêchait de faire ça. Je me suis mise à penser aux enfants, à l’année qu’on a eue l’an dernier, et c’est certain que c’est bénéfique pour eux.

Sophie Berthelet, enseignante à l’école primaire Mariboisé, à Saint-Jérôme

Avec ses élèves, Mme Berthelet passe donc cette année en 5e. « On l’a lancée en bas de sa chaise », dit en riant sa collègue Magalie Piché.

La vingtaine d’enseignants que compte l’école en font de même. Seuls les profs de maternelle restent en poste, puisque le décalage entre ce niveau et les autres est considéré trop grand. La directrice estime que l’équipe gagne au moins six semaines comparativement à une année scolaire habituelle, puisqu’élèves et enseignants se connaissent déjà.

C’est aussi l’avis de Magalie Piché. « Le mois de septembre, c’est un gros mois. J’apprends à connaître les élèves, ils apprennent à tester nos limites, on enseigne les règles de vie. Là, ils embarquent dans leurs chaussettes. C’est rassurant », dit celle qui passe de la 1re à la 2e année. L’été aura été pour ses élèves « comme une longue fin de semaine ».

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Sophie Berthelet, enseignante de 4e année à l’école Mariboisé, à Saint-Jérôme, passera en 5e année, selon la nouvelle directive de l’établissement.

Au jour deux, on sera déjà plongés dans l’action. On ne sera pas dans l’organisation.

Sophie Berthelet

« Le rattrapage sera beaucoup plus efficace et rapide », poursuit Marie-Josée Demers, qui suit ses élèves en 4e année.

Les enfants et les parents aussi ont accueilli l’idée avec enthousiasme. « J’ai des parents qui m’ont appelée en pleurant », dit Magalie Piché. L’anxiété vécue par certains en raison de la COVID-19 a baissé d’un cran dans cette école qui a un indice de défavorisation de 10, soit le plus élevé.

« Un milieu défavorisé apporte son lot d’élèves vulnérables, donc il faut user de stratégies pour travailler avec ces élèves qui viennent parfois d’un milieu difficile », dit la directrice de l’école Mariboisé.

Elle ne tarit pas d’éloges sur son équipe, qui a, dit-elle, placé l’intérêt des élèves au-dessus de tout. « C’est un geste désintéressé », estime Pauline Cyr.

Une rentrée au pas

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Mardi midi, à l’extérieur du Collège Citoyen de Laval, des cônes avaient été disposés pour que les élèves restent à distance les uns des autres, alors de leur première rencontre de l’année scolaire avant la rentrée officielle.

Les élèves de 4e secondaire du Collège Citoyen avaient rendez-vous mardi midi pour leur première rencontre de l’année scolaire avant la rentrée officielle, lundi prochain. À l’extérieur de l’école secondaire privée de Laval, des cônes avaient été disposés pour que les élèves restent à distance les uns des autres. Or, beaucoup arrivaient en petits attroupements.


« Ce que j’ai vu, je ne veux plus le voir de l’année », a dit une surveillante à trois élèves qui se tenaient par les épaules, heureux de se retrouver. Cette école secondaire de 725 élèves a poursuivi l’enseignement à distance le printemps dernier, mais n’a pas rouvert les portes à ses élèves depuis la mi-mars.

Les choses ont bien changé depuis, et on ne circule plus au Collège Citoyen comme avant. Chaque groupe d’élèves passera la journée dans la même classe, a un escalier précis à emprunter, des toilettes assignées. Les élèves retrouvent une cafétéria vide de ses tables, puisqu’ils mangeront aussi dans leur classe, en 30 minutes bien comptées. Sur les pupitres regroupés en îlots dans les classes trône une bouteille de désinfectant.

  • Dans les corridors, les enseignants portent masque et visière.

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    Dans les corridors, les enseignants portent masque et visière.

  • Les élèves retrouvent une cafétéria vide de ses tables, puisqu’ils mangeront aussi dans leur classe, en 30 minutes bien comptées.

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    Les élèves retrouvent une cafétéria vide de ses tables, puisqu’ils mangeront aussi dans leur classe, en 30 minutes bien comptées.

  • Sur les pupitres regroupés en îlots dans les classes trône une bouteille de désinfectant.

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    Sur les pupitres regroupés en îlots dans les classes trône une bouteille de désinfectant.

  • Les masques ne seront toutefois pas obligatoire dans les classes.

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    Les masques ne seront toutefois pas obligatoire dans les classes.

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« C’est très sévère, on ne prend pas de risque », dit la directrice générale du Collège, Myriam Stephens. Dans les corridors, les enseignants portent masque et visière.

Conseillère en communications du Collège, Sonia Doucet abonde en regardant des élèves marcher à la file. « Habituellement, c’est plus chaotique que ça, dit-elle. Ça va être une routine à instaurer. »

Les élèves ont beau avoir 15 ans, ils ont, à quelques jours de leur rentrée officielle, les mêmes questions qu’on a entendues chez ceux du primaire qui sont retournés à l’école le printemps dernier. Auront-ils besoin d’une permission pour aller aux toilettes ? Comme avant, leur répond-on, mais les « tapons » d’élèves qui s’y réunissent pour jaser sera chose du passé.

Dans une classe, une enseignante montre l’horaire de l’année aux élèves. « Il faut que tu apportes une collation, parce que tu vas dîner à 13 h 15. Rappelle-toi combien tu avais faim l’an dernier à la troisième période… », dit-elle.

Rester avec le même groupe toute la journée n’inquiétait pas Benhur Tewolde, 15 ans.

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Benhur Tewolde

J’avais le goût de revenir parce que je suis un peu tanné de rester à la maison.

Benhur Tewolde

Sa collègue Marianne Daoust était pour sa part un peu stressée par la rentrée. « On ne sera pas nécessairement en contact avec nos amis. Mais sinon, ça va, on revoit les personnes qu’on connaît », a dit l’adolescente.

Et le masque ? Elle le voit « comme un accessoire ». « C’est le fun ! », dit celle qui en portait justement un orné de motifs.

L’enseignant Alec Côté-Lalonde a bon espoir que les élèves s’adapteront rapidement à ce nouveau quotidien à l’école. « C’est certain que c’est une rentrée spéciale, c’est sérieux, mais j’ai hâte de voir ce qu’on va faire avec ça », dit celui qui enseigne le français. Ses jeunes, selon lui, sauront s’« élever face à l’adversité ».