(Montréal) Un centre d’amusement de Montréal, où les jeunes lâchent habituellement leur fou en sautant sur des trampolines ou en jouant au laser, propose aux parents inquiets par la COVID-19 d’envoyer leurs enfants dans ses locaux pour faire l’école à distance, plutôt que de fréquenter leur école habituelle. L’entreprise Skytag se défend bien d’être une école, mais le ministre de l’Éducation surveille l’initiative de près.

Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Parce que le gouvernement du Québec ne propose « pas grand-chose pour les parents, pas grande distanciation physique » à l’école, l’entreprise Skytag, à Dollard-des-Ormeaux, dans l’ouest de Montréal, a entrepris d’accueillir cette année des élèves dans ses locaux, spécialement aménagés pour l’occasion.

« Skytag est une alternative à l’école qui offrira aux enfants un équilibre entre sécurité, éducation améliorée, socialisation et activité physique quotidienne », lit-on sur le site internet.

Teresa Picarazzi, copropriétaire de l’entreprise Skytag, explique qu’il y a deux « programmes » offerts aux parents. La première option consiste à inscrire leur enfant à l’école à la maison auprès du ministère de l’Éducation par l’entremise d’une entreprise partenaire ayant « tous les documents déjà prêts ». Dans ce cas, les parents doivent assurer le suivi éducatif de leur enfant en rencontrant les employés de Skytag une fois par mois.

L’autre solution consiste à inscrire l’enfant à son école habituelle, mais de lui faire obtenir un billet médical le dispensant de la fréquenter en raison de la COVID-19. Dans ce cas, l’élève « est toujours inscrit à son école, c’est les mêmes études qu’au mois de mai, en ligne avec [son] professeur ». « Nous, on les reçoit [les élèves] en personne, on aide à faire la classe », explique Mme Picarazzi.

PHOTO FOURNIE PAR SKYTAG

Skytag reprend le concept de bulles de Québec, en les rétrécissant : il y aura dans ses locaux un maximum de 10 élèves par groupe, et les enfants seront séparés de leurs voisins par des plexiglas.

Skytag reprend le concept de bulles de Québec, en les rétrécissant : il y aura dans ses locaux un maximum de 10 élèves par groupe, et les enfants seront séparés de leurs voisins par des plexiglas. La température des élèves sera prise chaque jour.

Le ministre Roberge interpellé

À l’étude des crédits budgétaires lundi à Québec, la députée libérale Marwah Rizqy a interrogé le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, à ce sujet, lui demandant notamment s’il considérait qu’il s’agissait là d’une « école illégale qui a flairé la bonne affaire ».

Le ministre a estimé qu’il ne lui revenait pas, à cet instant, de décider s’il s’agissait d’une « école illégale ».

S’il y a des gens qui envoient leurs enfants là-bas plutôt qu’à l’école régulière ou à une école privée agréée, à ce moment-là, on enverra des inspecteurs.

Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation

M. Roberge, qui a aussi rappelé que la rentrée n’avait pas encore eu lieu, a toutefois ajouté qu’un « avis de non-conformité » serait envoyé à l’entreprise Skytag. « De potentielles irrégularités ont été constatées », a expliqué le cabinet du ministre Roberge à La Presse.

Lundi après-midi, Skytag a dit ne pas avoir eu d’appel du Ministère. « On n’est pas une école, on offre des services de garde. On n’a jamais dit qu’on est une école », se défend Teresa Picarazzi, qui gère l’entreprise avec son mari. Elle explique que Skytag ne fait qu’offrir un espace public dont peuvent bénéficier les élèves.

Sur le site internet de l’entreprise spécialisée dans l’amusement, une page fait toutefois la promotion de l’« école », détaillant l’horaire d’une journée type et avisant les parents qu’ils pourraient profiter du crédit d’impôt pour la garde d’enfants offert par Québec.

« Nos instructeurs aident avec le programme scolaire des élèves », y lit-on également.

Ce « service de garde » a un coût, qui varie de 260 $ à 390 $ chaque semaine. Cinq enfants seraient pour l’instant inscrits, mais Skytag assure que bien plus de parents ont joint l’entreprise pour s’informer davantage et qu’une séance d’information virtuelle se tiendra cette semaine.

Lundi, la députée libérale Marwah Rizqy a affirmé qu’il n’était « pas normal qu’une entreprise privée, un endroit de party et d’événementiel trampoline et laser » fasse sa publicité en disant aux parents « inscrivez votre enfant à l’école, mais amenez-le pas à l’école ».

Skytag encourage-t-elle les parents inquiets par la COVID-19 à retirer leurs enfants de l’école ? « C’est un choix personnel. Il y a des parents qui se sentent à l’aise d’envoyer leurs enfants à l’école. C’est du cas par cas. Nous, on offre un programme pour faciliter les choses, on devient un autre choix. Ça peut être l’école, ça peut être à la maison, ça peut être Skytag », dit Teresa Picarazzi.