L’Université McGill développe avec un groupe d’entrepreneurs québécois un concept d’« incubateur d’idées » consacré à la recherche sur le cannabis, qui pourrait donner une seconde vie à un gigantesque complexe pharmaceutique abandonné en 1980 par la société suisse Hoffmann-La Roche.

Tristan Péloquin  Tristan Péloquin 
La Presse

Avec sa tour de béton de 12 étages, le complexe de 3 millions de pieds carrés (l’équivalent d’une cinquantaine de terrains de football) situé à Vaudreuil-Dorion détonne dans le décor banlieusard qui l’entoure.

Érigé en 1971 pour devenir une plaque tournante de la production pharmaceutique nord-américaine – avec quatre étages de laboratoires, un amphithéâtre de 158 places, des salles anti-explosion au sous-sol et d’immenses chambres frigorifiées –, l’endroit n’a servi à ces fins que pendant une dizaine années. 

Il a été racheté en 1995 par l’homme d’affaires montréalais Robert Miller, dont l’entreprise Future Electronics y a occupé quelques étages jusqu’en 2008. 

Mais depuis, l’activité industrielle y est rare. L’endroit est surtout connu pour avoir été la mystérieuse toile de fond de nombreux films d’action, dont X-Men : Days of Future Past

Depuis quelques mois, un groupe d’entrepreneurs du domaine de l’immobilier tente d’y attirer des entreprises du secteur du cannabis, sous la houlette de Centre de fermes C3. L’entreprise est actuellement en attente d’une licence de Santé Canada, qu’elle espère obtenir cet été. Elle pourrait alors y accueillir des entreprises « qui viendront se placer sous le chapeau de [sa] licence » pour faire de la recherche et du développement, explique Jon Morrison, à la tête du projet.

« Nous ne voulons pas être des opérateurs ; nous voulons être des partenaires. On gère un peu ça comme un centre commercial. »

— Jon Morrison, leader du projet

La Ville de Vaudreuil-Dorion a déjà modifié le zonage à leur demande afin qu’ils puissent y faire pousser du cannabis.

Un accélérateur

La faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement de l’Université McGill a pour sa part signé une entente de principe pour y installer son centre de recherche sur le cannabis. Elle y voit une occasion de conclure des contrats de recherche avec les entreprises qui pourraient s’y installer. « C’est un accélérateur. Si, par exemple, une entreprise veut augmenter la concentration de certains composés dans la plante, elle peut développer un contrat de recherche avec nos chercheurs. Un professeur spécialisé en sciences horticoles peut apporter son expertise. Il s’agit juste de décider à l’avance à qui appartient la propriété intellectuelle », explique la doyenne Anja Geitman. 

L’Université McGill dit vouloir surtout plancher sur l’aspect médical et agricole du cannabis, mais plusieurs autres spécialités, comme les sciences alimentaires et la parasitologie, ont aussi manifesté leur intérêt. 

« Ce qui nous intéresse surtout, c’est l’accès aux espaces de laboratoires. C’est gigantesque et c’est conçu pour l’industrie pharmaceutique. Il y a quelques réparations et vérifications à faire, mais ce n’est pas comme si nous devions partir de zéro », dit Mme Geitman. 

Au cours des dernières années, le complexe Hoffmann-La Roche a été au cœur de plusieurs projets industriels et immobiliers, dont certains impliquant sa possible démolition. « Ce n’est pas facile de trouver un projet porteur pour un endroit aussi vaste. Le cannabis est un débouché extraordinaire : on peut y faire pousser des plantes, faire de l’extraction, de l’emballage, de la recherche, dit François Dionne, un des entrepreneurs impliqués dans le projet. S’il n’y avait pas le cannabis, on ne sait pas ce qui arriverait à cet endroit. »