Jordan-Nicolas Matte est le premier francophone au pays à obtenir la prestigieuse bourse Schwarzman. Cette distinction lui permet d’étudier dans une grande université chinoise. Et il encourage d’autres Québécois à en profiter à leur tour.

Réjean Bourdeau Réjean Bourdeau
La Presse

Cap sur l’Asie

« Quand on pense à l’international, notre regard se porte surtout vers l’Europe, constate Jordan-Nicolas Matte. C’est comme si on était moins conscients des possibilités qui se trouvent en Asie. » Pourtant, dit-il, il est temps de s’ouvrir davantage à la Chine pour les études. C’est ce qu’il a fait en s’inscrivant à la bourse Schwarzman. Cette initiative est dotée d’un capital de 500 millions US. Elle permet, chaque année, à plus de 140 étudiants de partout dans le monde d’étudier à Pékin (Beijing). Depuis août dernier, le jeune homme de 26 ans vit au Schwarzman College, sur le campus de l’Université Tsinghua.

Centre névralgique 

Cette université est l’un des centres névralgiques de la politique chinoise. Les deux derniers présidents, Hu Jintao et Xi Jinping, en sont diplômés. Membre de la troisième cohorte, Jordan-Nicolas Matte y effectue une maîtrise en affaires mondiales. Il s’intéresse aux effets d’un éventuel accord de libre-échange entre le Canada et la Chine. La bourse Schwarzman lui permet aussi de voir du pays. « J’ai visité Hong Kong et le pôle technologique de Shenzhen », précise-t-il. De plus, les boursiers rencontrent des dignitaires chinois et des personnalités politiques. Les ex-secrétaires d’État américains Madeleine Albright et John Kerry sont parmi les conférenciers.

Saisir les enjeux

Cette bourse a été mise sur pied par le milliardaire américain Steve Schwarzman, cofondateur du fonds d’investissement Blackstone. « Il veut favoriser une meilleure compréhension entre l’Est et l’Ouest, explique Jordan-Nicolas Matte. C’est un moyen de réduire les risques de confrontations qui peuvent survenir. » Comme boursier, cette expérience lui permet justement de découvrir la culture chinoise et de mieux saisir les enjeux. Le programme est enseigné en anglais. Mais l’apprentissage du mandarin est valorisé. « Il y a des cours de langue, de philosophie et d’histoire chinoise, dit-il. On favorise aussi le partage d’opinions et les échanges concernant les différentes perspectives politiques et économiques. »

Points de convergence

Son séjour coïncide avec un moment où les relations sont plus tendues entre le Canada et la Chine. Pensons à l’affaire Huawei et à certains différends commerciaux. « Le fait d’être sur place permet toutefois de prendre du recul et d’avoir une vue à plus long terme », précise Jordan-Nicolas Matte. Cela dit, il souligne que l’empire du Milieu est un compétiteur aguerri. « Il faut en être conscient et bien s’outiller pour trouver des points de convergence et d’intérêts, dit-il. Ma façon d’y parvenir, c’est de continuer à m’éduquer sur la Chine. » Et, peut-on ajouter, à développer des liens avec la population.

PHOTO FOURNIE PAR JORDAN-NICOLAS MATTE

Jordan-Nicolas Matte a enseigné le hockey à de jeunes élèves dans une école de la région du Gansu, dans le centre de la Chine.

Place au bénévolat

Pour rencontrer les gens, le jeune homme s’implique dans une petite organisation non gouvernementale. « C’est une expérience extraordinaire ! », lance-t-il. Son objectif : enseigner le hockey à de jeunes élèves. « Je veux leur transmettre notre amour pour ce sport », dit-il. Il s’est ainsi rendu dans une école de la région du Gansu, au centre du pays – un trajet de 15 heures en train. Trois autres visites, durant lesquelles il habitera à nouveau chez des familles, sont prévues dans le cadre de cette activité. Sans compter qu’il a enseigné l’anglais à une classe de primaire à Pékin. Et que l’équipe d’aviron, qu’il a cofondée avec un collègue chinois, participera à une première régate à la fin du mois.

PHOTO FOURNIE PAR JORDAN-NICOLAS MATTE

Jordan-Nicolas Matte a été enseignant bénévole d’un jour dans une école de Pékin.

Vers la diplomatie

La grand-mère de Jordan-Nicolas Matte l’imaginait devenir diplomate. Diplômé en politique de McGill et en politiques publiques d’Oxford, en Angleterre (boursier Chevening), il est interpellé par l’actualité internationale. « Mes grands-parents sont une grande source d’inspiration », dit-il. Réfugiés de Roumanie, en 1950, ils seront un des rares couples à obtenir, chacun, l’Ordre du Canada. Nicolas Mateesco Matte, expert en droit international, aérien et spatial, enseignera à Pierre Elliott Trudeau, René Lévesque, Robert Bourassa et Bernard Landry. Monica Bünger Matte, amie de Thérèse Casgrain, militera pour les causes féministes, sociales et philanthropiques. « Ce serait un honneur de représenter le pays qui les a accueillis », dit leur petit-fils.

La bourse Schwarzman en bref

Âge requis : entre 18 et 28 ans Quelque 140 étudiants sélectionnés 4000 demandes par an Membres du comité consultatif : Brian Mulroney, Nicolas Sarkozy, Tony Blair, Henry Kissinger, Colin Powell et Condoleezza Rice, entre autres