Les élèves qui sortent d'un cégep anglophone sont-ils désavantagés par rapport aux autres quand vient le temps de s'inscrire à l'université en français ? Un père de famille estime que tous devraient pouvoir faire le même examen pour prouver qu'ils sont aptes à étudier dans la langue de Molière.

Mis à jour le 23 déc. 2018
MARIE-EVE MORASSE LA PRESSE

La fille de Mario Gamache prévoit s'inscrire bientôt à l'Université de Sherbrooke, en médecine, après avoir terminé son cégep en anglais au Collège Champlain, situé tout près du domicile familial. La jeune fille a beau être parfaitement bilingue et avoir suivi des cours de français dans le cadre de sa formation collégiale, elle devra prouver qu'elle maîtrise suffisamment le français pour être admise dans une université francophone.

La logique voudrait qu'elle puisse s'inscrire à l'épreuve uniforme de français, dit son père. Depuis 20 ans, les cégépiens doivent réussir cet examen conçu par le ministère de l'Éducation pour obtenir leur diplôme d'études collégiales. Ceux qui fréquentent un établissement anglophone se soumettent à un test semblable évaluant leur maîtrise de l'anglais.

Or, les tentatives de Mario Gamache pour inscrire son enfant aux deux épreuves ministérielles se sont jusqu'ici heurtées à des fins de non-recevoir. En vertu des règlements en vigueur, sa fille n'a pas suivi les cours requis pour faire l'examen en français, lui répond-on.

Pour avoir le droit de passer l'épreuve uniforme de français, un élève « doit suivre et réussir au moins un cours de la formation générale commune en langue d'enseignement et littérature en français et être inscrit à l'équivalent d'une session de cours à temps plein [...] dans cette même langue », confirme le ministère de l'Éducation.

« On tourne en rond, dit Mario Gamache. On s'acharne à refuser sous prétexte que ça n'a jamais été fait. Et pour s'assurer que ce soit impossible, les deux examens ont lieu le même jour et la même heure à la grandeur de la province. »

Au Collège Champlain, on confirme que des élèves ont déjà fait l'épreuve uniforme de français. Toutefois, ils provenaient d'un autre cégep où ils avaient suivi plusieurs cours et répondaient donc aux critères ministériels. Il s'agit là d'un règlement désuet, juge Mario Gamache. 

« En 2018, être parfaitement bilingue est un atout. On ne devrait pas être pénalisé sous prétexte qu'on n'a pas fréquenté un établissement collégial francophone. »

- Mario Gamache

Considérés comme des « non-francophones »

Lorsqu'elles reçoivent des dossiers d'admission provenant d'étudiants qui n'ont pas complété l'épreuve uniforme de français, les universités francophones du Québec exigent qu'ils passent un examen pour prouver leur connaissance de la langue.

« Les étudiants ayant fait leur cégep en anglais sont considérés comme des non-francophones, et ce, même si leur langue usuelle est le français », explique-t-on à l'Université de Sherbrooke. Dans cet établissement, on fait passer aux étudiants le « Test institutionnel de français de l'Université de Sherbrooke ».

L'Université du Québec à Montréal et l'Université de Montréal, par exemple, ont elles aussi leurs propres examens.

« Il y a certaines exigences pour les étudiants qui n'ont pas fait leur scolarité de cégep en français. Ils doivent passer un test qui est ensuite reconnu par notre centre de communication écrite. »

- Geneviève O'Meara, porte-parole à l'Université de Montréal

Ceux qui ont fait leurs études secondaires en français peuvent demander une dispense, précise-t-elle.

Les exigences varient d'une université à l'autre, voire d'un programme à l'autre. Dans certains programmes contingentés, les conditions sont plus sévères. C'est notamment le cas à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke, où la fille de Mario Gamache souhaite déposer une demande d'admission. « Il n'y a aucune standardisation », déplore le père, qui considère que la possibilité de faire l'épreuve uniforme de français simplifierait grandement les choses. 

Maîtrise de l'anglais

Les élèves issus de cégeps francophones doivent eux aussi prouver qu'ils ont une maîtrise suffisante de l'anglais pour poursuivre des études dans des universités anglophones. Pourquoi ne pourraient-ils pas se soumettre à l'épreuve uniforme d'anglais, plutôt que de faire des tests à chaque établissement où ils veulent étudier ? se demande aussi Mario Gamache.

L'élève qui choisit un « parcours scolaire différent » ne subit aucun préjudice, rétorque l'attaché de presse du ministre de l'Éducation.

« La conséquence de ce choix est qu'elle doit maintenant faire un examen de français différent des élèves ayant eu un parcours traditionnel, et ce, à son entrée à l'université, au même titre que des étudiants francophones adultes qui arrivent du marché du travail sans DEC ou qui auraient eu leur DEC il y a trop longtemps, par exemple », nous a répondu Francis Bouchard par courriel.

C'est exactement ce que Mario Gamache veut changer. « J'ai deux autres enfants qui vont fréquenter le Collège Champlain. Ils vont vivre la même situation ? Je veux qu'on corrige ça, c'est une question de principe », dit le père.

Nombre de passations de l'épreuve uniforme en français :

43 994

Nombre de passations de l'épreuve uniforme en anglais :

10 933

Taux global de réussite en français :

82,9 %

Taux global de réussite en anglais :

89,9 %

* Source : ministère de l'Éducation du Québec, 2016-2017