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Aller au cégep... en Tunisie

Le système scolaire d'ici fait des petits à l'étranger : à compter de l'automne, une école tunisienne offrira le cursus québécois complet, du primaire au collégial. Une première hors des frontières du Québec.

Créée il y a quatre ans, l'École canadienne... (Photo fournie par l’École canadienne de Tunis) - image 1.0

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Créée il y a quatre ans, l'École canadienne de Tunis (ECT) offrait jusqu'ici les cours primaires et secondaires. L'ECT ajoute ce mois-ci deux programmes menant à un diplôme d'études collégiales, en partenariat avec le collège de Maisonneuve.

Photo fournie par l’École canadienne de Tunis

Créée il y a quatre ans, l'École canadienne de Tunis (ECT) offrait jusqu'ici les cours primaires et secondaires. L'ECT ajoute ce mois-ci deux programmes menant à un diplôme d'études collégiales, en partenariat avec le collège de Maisonneuve.

La matière est essentiellement la même qu'au Québec, la plupart des livres scolaires sont les mêmes et la manière d'enseigner a elle aussi été exportée.

« On s'est inspirés des mêmes compétences, puis il a fallu modifier un peu le contenu, surtout par rapport à l'univers social, qui a été adapté au contexte tunisien, et aux cours d'arabe, que l'on ne retrouve pas ici. »

- Serge Blondeau, président-directeur général du Consortium international de développement en éducation (CIDE), qui a créé l'ECT

Le CIDE est une firme de service-conseil canadienne travaillant en Afrique et en Amérique du Sud en développement international, sur le marché du travail et en éducation. En 2014, M. Blondeau a eu l'idée de fonder une école privée, en partenariat avec la société Pro-Invest, dirigée par Chamseddine Ouerdiane, un Tunisien ayant lui-même étudié au Québec.

Le ministère de l'Éducation du Québec permet aux établissements d'enseignement québécois de conclure des partenariats internationaux et de présenter des projets d'écoles à l'étranger. L'ECT n'a pas suivi cette route, puisque le programme québécois y a été implanté par les deux entreprises privées en collaboration avec la commission scolaire des Trois-Lacs, en Montérégie, sans s'affilier à une école québécoise.

D'ailleurs, aucun établissement scolaire québécois ne s'est établi à l'étranger et aucun projet n'a encore été présenté au Ministère, assure Esther Chouinard, responsable des relations avec les médias au ministère de l'Éducation. La pratique est courante dans plusieurs provinces canadiennes, mais l'ECT est la première école hors Canada à utiliser le modèle scolaire et les enseignements propres au Québec.

Pourquoi décider de se baser sur le système éducatif québécois ? Parce que « j'aurais difficilement pu faire autre chose, explique Serge Blondeau. Dans tout ce que le CIDE fait, on s'inspire de ce qui se fait au Québec ».

L'homme d'affaires croit par ailleurs que le côté scolaire du modèle québécois, nord-américain et francophone, jouit d'un grand attrait sur la scène internationale. Mais c'est d'abord « tout ce qui va autour, soit la manière d'enseigner, de responsabiliser les enfants, d'encourager leur éveil » qui intéresse les parents d'élèves, dit-il.

Veiller au bon fonctionnement

Dans les salles de classe de l'ECT, « ça se passe exactement comme au Québec », témoigne Lise Bélisle, conseillère pédagogique à la commission scolaire des Trois-Lacs. Elle et son conjoint Michel Huard, un ancien directeur d'école, ont le mandat de former les enseignants et la direction, afin que « le modèle québécois fonctionne là-bas ».

« Quand je suis arrivée, en 2014, je me suis occupée du côté pratique, car il n'y a pas de baccalauréat en enseignement là-bas, raconte Mme Bélisle, qui a passé deux mois en Tunisie l'année de l'ouverture de l'établissement et y retourne depuis deux fois par an. Tout ce qui est gestion de classe, la façon de suivre notre méthode d'enseignement, d'intégrer la matière, je les accompagne là-dedans. »

« Il a fallu montrer aux enseignants à laisser de côté les cours strictement magistraux, pour y incorporer la touche québécoise, avec des ateliers et des activités qui rendent l'élève plus actif en classe. Ce sont des gens très ouverts d'esprit et ils étaient impressionnés par la façon québécoise d'enseigner. »

- Lise Bélisle, conseillère pédagogique à la commission scolaire des Trois-Lacs

Le BI en plus

Au moins 90 % des 900 élèves que compte l'établissement sont tunisiens, indique Serge Blondeau. Le reste de la population de l'école se compose d'une dizaine d'enfants nés en Tunisie dont au moins un parent est québécois, quelques enfants de diplomates et quelques autres étrangers présents pour diverses raisons. Cet automne, les trois enfants de la seule famille « vraiment » québécoise, arrivée tout droit du Québec, feront leur entrée à l'ECT (voir onglet suivant), précise M. Blondeau.

L'école possède également pour son programme primaire - et bientôt pour le secondaire - les accréditations du baccalauréat international (BI), un diplôme permettant l'accès à l'université, proposé dans les établissements à vocation internationale. L'Afrique du Nord cherche de plus en plus à se doter de ce système, mondialement reconnu. « Le système québécois s'arrime très facilement au BI, qui est comme un système de contrôle de qualité » pour les établissements scolaires, indique le directeur du CIDE. 

L'ECT peut « donner quelque chose de plus » à certains Tunisiens, croit Lise Bélisle. « Après leurs études là-bas, ils vont pouvoir aller n'importe où, avec un diplôme beaucoup plus facilement exportable », ajoute-t-elle.

Addition : le cégep

Afin de compléter le cursus type offert au Québec, le CIDE a voulu incorporer le cégep à l'ECT.

Dès cet automne, l'École canadienne de Tunis proposera deux programmes sanctionnés par un DEC, en science de la nature et en sciences humaines.

« C'est la première fois en 50 ans d'existence que le réseau exporte ses programmes à l'extérieur du Québec », précise Guy Gibeau, directeur des études au collège de Maisonneuve, qui dit voir dans ce projet une belle occasion de faire la promotion de notre système d'éducation à l'étranger.

« On dit souvent que la formation collégiale est reconnue et fait des envieux. Là, on va l'essayer concrètement à l'étranger. »

- Guy Gibeau

Le Québec est une des destinations les plus prisées des Tunisiens pour leurs études universitaires, ce qui accroît l'intérêt d'un programme préuniversitaire qui serait automatiquement reconnu dans la province, mais aussi ailleurs dans le monde. « L'école publique tunisienne a des rendements très modestes à l'international d'après le PISA [Programme international pour le suivi des acquis des élèves], alors ces programmes pourront vraiment changer la donne, faciliter leur admission dans les universités », croit Guy Gibeau.

Quelques ajustements ont dû être appliqués pour que les DEC puissent être internationalisés. En matière de sciences humaines, « il y a eu des adaptations culturelles », pour tenir compte du développement historique de la philosophie arabe et de l'étude de la littérature francophone africaine. En science, le matériel de laboratoire accessible à l'ECT, moindre que celui offert dans la plupart des établissements québécois, a demandé que certains enseignements soient remaniés pour s'accorder au contexte spécifique. Sinon, dit M. Gibeau, « on vise exactement les mêmes compétences ».

Une fois que le projet aura passé l'épreuve des premières années, d'autres programmes préuniversitaires pourraient être délocalisés jusqu'à Tunis, notamment un DEC technique en informatique. Ensuite, de chaque côté de l'océan, la possibilité d'un programme d'échange serait étudiée. « On veut créer une sorte de campus international où les étudiants de l'Afrique francophone viendraient ici et nous irions là-bas, dit Guy Gibeau. Ce qu'on veut, c'est créer des liens. »




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