L'éducatrice demande aux enfants de 4 ans d'enfiler des macaronis et des billes sur une ficelle. Rapide, une petite fille est en train de faire une guirlande pendant qu'à côté, une autre peine toujours sur le premier macaroni.

Pascale Breton LA PRESSE

Les enfants sont loin d'être égaux lorsqu'ils commencent l'école. Certains enfants y arrivent sans jamais avoir découpé avec des ciseaux, ni appris à tenir correctement un crayon. D'autres ne savent pas comment jouer avec les autres enfants et partager leurs jouets.

Les enseignants sont habitués de voir des situations du genre dans les écoles primaires de Montréal, surtout celles des quartiers défavorisés comme l'école Champlain.

En 2008, l'étude En route pour l'école, publiée par la direction de la santé publique de Montréal, a révélé qu'un enfant sur trois qui réside dans la métropole n'est pas prêt à commencer l'école.

Dans le secteur Sainte-Marie, où est située l'école Champlain, la proportion d'enfants vulnérables dans au moins un des domaines analysés est «préoccupante» avec un taux de 45,9%, indique cette étude.

La situation est surtout problématique sur le plan de la maturité affective et du développement cognitif et langagier.

Avec près d'une personne sur cinq qui n'a pas le français comme langue maternelle dans le secteur Sainte-Marie, il n'est pas étonnant que les élèves aient plus de difficulté en matière de langage à leur entrée à l'école.

Beaucoup de résidants du secteur proviennent de pays d'Afrique et du Bangladesh. Certaines communautés sont plus refermées sur elles-mêmes. Les immigrés sont parfois isolés et peu outillés. Il n'est pas rare de voir leurs enfants, nés au Québec, arriver à la maternelle sans connaître un mot de français.

Parmi les facteurs de risque, on note aussi le fait de vivre dans une famille monoparentale, avec un faible revenu ou sans diplôme d'études secondaires. Ici, on en trouve plus qu'ailleurs, révèlent les statistiques officielles.

L'étude publiée il y a quelques années a renforcé la prise de conscience collective sur l'importance des premières années de vie. Dans les quartiers comme Centre-Sud ou Hochelaga-Maisonneuve, où le profil de la population est semblable, les initiatives se sont multipliées pour aider les enfants.

Alors que le gouvernement Marois veut implanter des maternelles à 4 ans dans les écoles défavorisées, l'école Champlain compte la sienne depuis longtemps déjà.

Le matin, c'est le bloc éducatif, avec des jeux libres, du bricolage, des jeux de ballon ou toute autre activité dirigée. Les enfants passent ensuite l'après-midi avec l'enseignante.

La maternelle à 4 ans n'est pas obligatoire. Certains parents préfèrent garder leurs enfants à la maison et profiter de quelques mois encore avant de les envoyer à l'école. D'autres enfants fréquentent les services de garde.

Les enfants qui sont passés par la maternelle à 4 ans ou les centres de la petite enfance «ont souvent une longueur d'avance sur les autres qui arrivent de la maison», constate toutefois Pascale Drainville-Lavallée, l'une des enseignantes de maternelle.

Ceux qui ont fait la maternelle à 4 ans à l'école Champlain connaissent déjà les aires de l'école et la routine lorsqu'ils font leur entrée à la maternelle.

Les enfants des CPE du quartier Centre-Sud connaissent aussi l'école puisqu'ils y vont régulièrement travailler à l'ordinateur avec les grands de 6e année.

Chaque année, les enseignantes de la maternelle notent des disparités importantes dans leurs groupes. Cette année, elles font face à un défi de taille. L'un des élèves fait du mutisme complet. Il ne dit pas un mot.

Comme le français n'est pas sa langue maternelle, l'élève ne semble pas comprendre non plus. Il n'adresse la parole qu'à certains membres de sa famille. Il ne parle ni à son enseignante ni aux autres enfants.

Alors que tous les enfants sont affairés à réaliser un bricolage, l'enfant reste debout à côté de son enseignante, les yeux interrogateurs.

Lorsque les enfants ne parlent pas la langue et ne comprennent pas, ils ont généralement le réflexe d'imiter leurs camarades. Ce n'est pas le cas ici, s'inquiète son enseignante.

En maternelle, il n'est pas rare que des élèves s'absentent aussi pendant de longues périodes en plein coeur de l'année scolaire parce qu'ils retournent quelques mois dans leur pays d'origine.

Quand ils regagnent à l'école, ils ont souvent pris du retard sur le reste de la classe, surtout s'ils n'ont pas parlé français pendant cette absence.

Pour eux, le rattrapage représente un grand défi. À ce moment, la collaboration des parents est importante, mais la barrière de la langue est difficile à percer. Les parents qui ne parlent pas français ont plus de mal à aider leurs enfants dans leurs travaux scolaires.

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Dans le quartier Sainte-Marie où se trouve l'école Champlain

45,9% Pourcentage d'enfants qui sont «vulnérables» dans au moins un des domaines de maturité scolaire. (Montréal: 34,6%)

52,9% Proportion de familles monoparentales.(Montréal: 32,9%)

16,7% Proportion de la population dont la langue maternelle n'est ni le français ni l'anglais. (Montréal: 28,2%)

14,2% Proportion des adultes de 20 ans et plus qui n'ont pas de diplôme d'études secondaires. (Montréal: 11,7%)

50,3% Proportion de lapopulation vivant sous leseuil de faible revenu.(Montréal: 29,0%)

37 731$ Revenu moyen des familles. (Montréal: 62 409$)

58,2% Proportion de la population ayant déménagé au cours descinq dernières années.(Montréal: 47,6%)

Source: Enquête sur la maturité scolaire des enfants montréalais, Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, 2008