La police militaire a porté hier des accusations formelles contre l'ancien commandant des soldats canadiens en Afghanistan et une subalterne parce qu'ils ont eu des relations sexuelles alors qu'ils étaient en mission. Cela survient quelques jours après que le plus haut responsable militaire canadien en Haïti eut été relevé de ses fonctions, soupçonné d'avoir eu une «relation inappropriée» - avec une civile, dans son cas. À la guerre, le sexe est aussi un ennemi très dangereux, même quand il est consensuel.

Louise Leduc LA PRESSE

Le brigadier général Daniel Ménard fait face à des accusations de «conduite préjudiciable au bon ordre et à la discipline» et d'entrave à la justice. La caporale-chef Bianka Langlois, elle, est accusée de conduite préjudiciable au bon ordre et à la discipline.

Le cas de Bernard Ouellette, survenu en Haïti, fait l'objet d'une enquête.

Les raisons d'interdire toute relation sexuelle avec un ou une subalterne sont évidentes, dit Terry Liston, général à la retraite que La Presse a joint par téléphone. «Ça peut entraîner du favoritisme, mener à ce qu'un soldat soit mieux protégé des situations dangereuses.»

Cela dit, si les amants ont exactement le même grade, ils n'ont pas davantage le droit d'avoir des relations sexuelles s'ils sont en mission. 

Alors que la société se libéralise, dans l'armée, on va vers plus de rigidité, explique Rémy Landry, lieutenant-colonel à la retraite. Jusque dans les années 90, cette règle n'existait pas. Mais les enquêtes menées sur le comportement de soldats en Bosnie et en Somalie «ont incité l'armée à adopter une politique stricte, qui ne souffre pas d'exception. En mission, toute relation sexuelle est interdite, que ce soit entre militaires ou avec des civils».

Cela signifie que ce qui était permis il y a 20 ans - et qui l'est toujours dans plusieurs armées européennes - peut valoir aujourd'hui d'être traduit devant une cour martiale.

Un code moral aussi strict peut-il être appelé à changer? Rémy Landry ne l'exclut pas. Oui, il est arrivé que des juges de la Cour suprême soient appelés à se pencher sur des décisions de l'armée. Oui, la Charte des droits et libertés peut être prise en considération, comme cela a été un enjeu quand il s'est agi d'inclure les femmes dans l'armée, dit M. Landry. «Chaque fois, on étudie cependant la chose en se souvenant que l'armée a un statut particulier, que ce qui la régit est très différent de la vie civile.»

Dans la vie, si on insulte son patron, si on lui désobéit ou si on fait preuve d'arrogance, on peut ne pas s'en tirer trop mal. Dans l'armée, «ce sont des infractions qui entraînent des sanctions très sévères», relève à son tour Terry Liston.

Le chef, un modèle

Les simples soldats doivent marcher droit, leurs supérieurs aussi. «Le chef est payé pour être un modèle. C'est ça, son job, dit M. Liston. Être admirable, à tous égards. Par exemple, quand j'étais en poste, même si mon travail sur le terrain ne l'exigeait pas, je m'assurais de rester en forme. Parce qu'un officier qui a une bedaine, ça n'a pas le respect des soldats.»

Si ce strict code de conduite sexuelle fait jaser dans les rangs - comme l'a constaté La Presse en quelques coups de fil et comme l'a confirmé Rémy Landry -, ni Terry Liston ni lui ne croient qu'il faut en changer.

Les deux évoquent l'impératif esprit de corps, la nécessaire cohésion, l'importance d'éviter la jalousie. Ils notent qu'une moralité sexuelle sans faille est nécessaire pour gérer du personnel en situation de promiscuité.

De toute façon, il y a les permissions. Après quelques mois, on est relevé, fait remarquer Rémy Landry. Mais en mission, il faut être chaste, parfaitement chaste. «Et on y survit ! Là-dessus, je me cite ici en exemple !»

- Avec La Presse Canadienne