Les terrains du Faubourg Contrecoeur étaient destinés à Construction Frank Catania dès avril 2005, soit deux ans avant leur vente officielle. L'ex-directeur de la SHDM, Martial Fillion, a quant à lui tenté d'obtenir le site pour la somme symbolique de 1$ alors que la Ville estimait qu'elle pouvait en tirer plus de 20 millions.

Mis à jour le 19 févr. 2013
Pierre-André Normandin LA PRESSE

La levée de l'interdit de publication qui frappait trois témoignages rendus devant la commission Charbonneau permet de mieux comprendre les tractations qui ont entouré le projet du Faubourg Contrecoeur. Lorsqu'il a comparu, le président de la firme Génius, Michel Lalonde, a relaté le rôle clé qu'y a joué Frank Zampino, le grand responsable du dossier selon lui.

L'ingénieur a reconnu avoir discuté du projet avec le président de Construction F. Catania, Paolo Catania, lors d'une rencontre au club privé 357c en avril 2005. Lalonde a de plus confirmé qu'on l'avait informé à cette époque que l'entrepreneur de Brossard était «pressenti» pour remporter cet appel d'offres.

Choisie pour évaluer les coûts d'aménagement du terrain du Faubourg Contrecoeur, la firme Génius a travaillé en étroite collaboration avec Paolo Catania durant tout le processus qui a mené à la vente des terrains à sa compagnie. En fait, l'ingénieur a avoué que, à la demande de Martial Fillion et de Bernard Trépanier, il avait transmis tous ses rapports à Catania.

«Il arrive à l'occasion, dans différents projets, qu'on teste nos estimés, qu'on consulte les entrepreneurs. Dans ce cas-ci, on a été plus loin. On a établi nos estimés avec les gens de Catania.»

Lalonde a admis qu'il avait profité de cette collaboration avec Catania pour obtenir des mandats pour la suite des travaux. «La suite du dossier, c'était le volet le plus intéressant, la réalisation des plans et devis. Dès que j'ai eu la confirmation que F. Catania avait été choisie, j'ai rencontré immédiatement Paolo Catania pour lui dire: "On a travaillé ensemble et j'imagine qu'on va pouvoir continuer."»

Démission en haut lieu

Un autre témoin, Joseph Farinacci, alors directeur des transactions immobilières à la Ville, a quant à lui expliqué qu'il s'est toujours opposé à ce que la vente des terrains du Faubourg Contrecoeur soit gérée par la SHDM, qu'il jugeait trop peu expérimentée dans ce domaine. Mandaté pour évaluer le terrain, M. Farinacci avait estimé que la Ville pourrait en obtenir plus de 20 millions. Martial Fillion proposait toutefois de l'acquérir pour seulement 1$ au motif que son potentiel de construction était faible.

Après discussion, la Ville et la SHDM s'entendent pour que le terrain soit cédé pour la somme de 14,8 millions et que tout profit supplémentaire soit partagé.

La SHDM a toutefois demandé une réduction de la facture de 14,7 millions en raison de la contamination du sol et des mesures à prendre pour éviter les problèmes dus aux vibrations générées par les activités de la carrière voisine.

Joseph Farinacci a refusé et demandé des études plus poussées pour appuyer ces chiffres. À sa surprise, la transaction s'est tout de même faite. «À ce moment, j'appréhendais que la Ville allait avoir un manque à gagner très important.»

Ébranlé, Farinacci songe à quitter la Ville. Par hasard, il rencontre une vieille connaissance qui travaille pour Génius, Gino Lanni, qui lui confirme qu'un groupe manoeuvre pour vendre les terrains à Catania. «J'ai compris qu'il y avait une machine bien huilée pour faire arriver les choses», a déclaré Farinacci devant la Commission.

Il a donc remis sa démission à Claude Léger, alors directeur de la Ville. Ce dernier a tenté de le retenir, estimant qu'il était «impétueux», puis il lui a proposé de présenter son départ sous un angle positif en échange d'une indemnité. Une telle pratique est anormale à la suite d'une démission.