(Québec) Les exercices d’évacuation en cas d’incendie dans les résidences pour aînés causent des blessures graves, voire des morts, dénonce le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRPA), qui demande d’y mettre fin.

Patrice Bergeron La Presse Canadienne

Il exige plutôt des séances d’information destinées aux résidants et une meilleure formation du personnel. L’organisme menace même d’avoir recours à ses avocats contre certains services de pompiers qui outrepassent leurs pouvoirs.

Au cours d’une entrevue à La Presse Canadienne, le président du RQRPA, Yves Desjardins, ne retenait pas sa colère. Il comprend la vigilance accrue depuis la tragédie de L’Isle-Verte, mais soutient qu’il faut améliorer les pratiques actuelles.

« Épouvantable »

« C’est épouvantable, je ne suis plus capable d’endurer ça », a-t-il déclaré.

« Les aînés se cachent, on en a trouvé dans des placards ou sous des lits, ils ont peur de descendre les escaliers en vitesse. Et au ministère (de la Santé), on dit :"non, ça se passe bien." Moi, j’en fais des exercices d’évacuation et c’est épouvantable. »

Dans une RPA de la Montérégie, un exercice d’évacuation chronométré par les pompiers s’est soldé par plusieurs blessures à la suite de chutes. Une des résidantes a subi plusieurs fractures le lendemain, et son décès a été constaté dans les jours qui suivent.

« Ce n’est pas directement l’exercice, mais cela a rapport avec l’exercice. »

Au total, quatre résidants ont chuté, deux ont été hospitalisés, et les aînés éprouvant des troubles cognitifs ont aussi encaissé un choc.

En effet, des personnes aux prises avec des problèmes de mémoire et de démence, atteints de la maladie d’Alzheimer par exemple, peuvent être ébranlées pendant plusieurs jours.

« Quand on tombe avec des personnes de 96 ans, qui ne’filent’pas le matin et qu’on les fait sortir, parce que la semaine de la prévention, c’est la semaine prochaine, je viens hors de moi. Faites-les mourir, tant qu’à faire. Arrêtez ! »

Selon M. Desjardins, ce genre de situation se reproduit régulièrement dans les centaines de RPA partout au Québec.

Il évoque aussi un autre cas d’un aîné souffrant de problème de tension artérielle, qui n’avait pas dormi de la nuit à la suite d’un exercice, et qui est mort le lendemain.

Pompiers

Le RQRPA accuse également des services de pompiers de mal connaître les règles actuelles et de faire de l’excès de zèle.

Par exemple, certains ont exigé de déménager un aîné au rez-de-chaussée en raison de son manque de mobilité, ce qui n’est pas de leur ressort.

D’autres ont menacé de retirer l’accréditation d’une RPA parce que l’exercice a pris quelques secondes de plus que temps prévu, ou encore, certains exigent de reprendre l’exercice dès la semaine suivante. Or ces exigences ou sanctions sont farfelues et n’existent nulle part, précise le président du RQRPA.

« On a mis nos avocats là-dessus. Non, vous ne le referez pas, on n’est pas obligé de le faire. Ce n’est pas comme ça qu’il faut faire les choses. »

« Antipédagogiques »

Le RQRPA déplore de ne pas avoir été consulté en amont pour la révision du guide sur la sécurité incendie en RPA, même si le gouvernement l’avait assuré du contraire.

À ses yeux, ces exercices sont « antipédagogiques » et il faudrait plutôt tirer des enseignements des méthodes en transport aérien.

Ainsi il faudrait plutôt donner des séances de renseignement aux résidants sur les sorties d’urgence et les procédures à effectuer, sans reproduire l’exercice, comme on le fait pour les passagers dans les vols commerciaux.

C’est alors le personnel qui maîtrise les procédures, souligne-t-il. de même, il faut mieux former le personnel, qui est de garde 24 h sur 24 dans les RPA,

M. Desjardins demande aussi que la participation des aînés aux deux exercices prévus chaque année soit facultative.