(Québec) Dans un geste de réconciliation, Hydro-Québec financera la construction d’un centre culturel innu à proximité du site de l’ancien pensionnat de la communauté de Uashat mak Mani-utenam. Les Innus s’engagent de leur côté à examiner la possibilité de suspendre les actions judiciaires contre la société d’État pour six mois.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Les parties espèrent ainsi marquer le début d’un rapprochement alors que les relations entre les Innus et Hydro-Québec ont souvent été tendues. « Le dossier d’Hydro-Québec a toujours divisé à Uashat mak Mani-utenam », explique en entrevue le chef du Conseil innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam (ITUM), Mike McKenzie.

ITUM a livré plusieurs batailles juridiques contre la société d’État pour défendre l’exploitation du territoire ancestral au fil du temps et encore récemment dans le contexte de la construction de la ligne de transport du complexe de la Romaine.

« Rebâtir les ponts »

En juin, la présidente-directrice générale d’Hydro-Québec a tendu la main aux Innus. Dans une lettre adressée au chef Mike McKenzie, Sophie Brochu affirme désormais faire des relations avec les communautés autochtones « une de [ses] priorités personnelles ». Dans la missive, elle écrit sans ambages qu’Hydro veut « rebâtir les ponts » avec les Innus.

« Malheureusement, les désaccords des dernières années, et plus particulièrement les litiges en cours, nous ont trop souvent éloignés les uns des autres, en plus de polariser l’opinion publique au sein de votre communauté. Hydro-Québec est profondément préoccupée par cette situation », a écrit Mme Brochu.

Elle explique par ailleurs que de récents échanges avec le chef Mike McKenzie, lui ont « permis de mieux comprendre certains enjeux de la relation entre Hydro-Québec et les Innus de Uashat mak Mani-utenam et surtout d’apprécier [leurs] valeurs fondamentales ».

En ce sens, la société d’État cherchait à participer à des projets communautaires qui apporteront une « contribution utile » avec une « symbolique forte », a-t-on indiqué vendredi chez Hydro-Québec. Un sentiment partagé par le chef McKenzie. « Je voulais qu’ils posent un geste symbolique pour changer leur philosophie et leur façon de négocier également avec les Premières Nations », a-t-il expliqué.

« Redonner aux survivants » des pensionnats

L’idée de concrétiser un projet de centre culturel dans lequel les Innus d’Uashat mak Mani-Utenam pourront participer à des activités culturelles et traditionnelles notamment s’est vite imposée. Ce centre sera construit à proximité du site du pensionnat de Mani-utenam, qui a cessé ses activités en 1971 et qui a été détruit depuis.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Le chef du Conseil innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam, Mike McKenzie

« Beaucoup de gens de ma communauté sont allés au pensionnat. Ils ont perdu leur langue, leur culture. Je me suis dit qu’il faudrait peut-être redonner aux survivants et à leurs enfants », a illustré M. McKenzie.

La société d’État s’impliquera aussi financièrement dans les travaux de rénovation d’une petite chapelle en territoire innu et dans la réalisation d’une capsule vidéo diffusée le 30 septembre prochain pour marquer la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation qui sera célébrée partout au pays.

Le chef Mike McKenzie estime que la participation d’Hydro se chiffrera entre « 5 à 10 millions ». Il s’agit d’un « don » alors qu’aucun engagement ne lie les deux parties, a-t-il soutenu.

En revanche, les Innus examineront la possibilité de mettre sur pause pour une période de six mois les dossiers litigieux en cours avec la société d’État.

Un comité « exploratoire » doit être créé au cours des prochaines semaines pour tenter de trouver d’autres moyens de régler les litiges qui perdurent que les recours devant les tribunaux.