(Ottawa) L’amiral Art McDonald souhaite reprendre son poste de commandant des Forces armées canadiennes, maintenant qu’aucune accusation n’a été portée contre lui par la police militaire concernant sa conduite. Toutefois, le gouvernement fédéral ne semble pas encore prêt à l’accueillir de nouveau.

La Presse Canadienne

M. McDonald avait « quitté temporairement » en février son poste de chef d’état-major de la défense, à la suite d’une enquête du Service national des enquêtes des Forces canadiennes (SNEFC) sur une allégation d’inconduite.

Dans une déclaration diffusée par son équipe juridique mercredi après-midi, l’amiral McDonald annonce qu’il réintégrerait ses fonctions après que l’enquête de six mois l’a complètement disculpé.

« Étant donné que c’était sa décision de se retirer, c’est maintenant sa décision — voire son obligation — de reprendre ses fonctions », lit-on dans le communiqué publié par les avocats Michael Edelson et Rory Fowler.

« L’amiral McDonald, qui a longtemps été considéré comme un chef de file reconnu du changement de culture au sein des Forces armées canadiennes, reprendra désormais ses fonctions de chef d’état-major de la Défense », mentionnent-ils.

Le bureau du premier ministre Justin Trudeau n’a pas commenté pour le moment les intentions de M. McDonald visant à reprendre la plus haute fonction de l’état-major, occupée actuellement par intérim par le lieutenant-général Wayne Eyre.

Mais le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a affirmé qu’il s’attend à ce que McDonald patiente encore un peu.

« Je m’attends à ce que l’amiral McDonald reste en congé pendant que nous examinons cette situation », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Vancouver, mercredi.

« Le poste de chef d’état-major de la défense doit toujours respecter les normes les plus élevées au sein des Forces armées canadiennes en raison de la responsabilité de ce poste et du poids qu’il détient. Et je tiens également à dire que les Canadiens et les Forces armées canadiennes sont très bien servis par l’actuel chef d’état-major de la défense par intérim, le lieutenant-général Wayne Eyre. »

Le SNEFC a annoncé vendredi dernier la fin de son enquête, puisqu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour accuser l’amiral McDonald en vertu du Code criminel ou du code disciplinaire militaire.

Les avocats de M. McDonald ont déclaré que le fait que la police militaire n’ait pu trouver suffisamment de preuves pour l’inculper, même en vertu du code disciplinaire, était une preuve que l’allégation contre leur client n’était pas fondée.

« Les enquêteurs, et les procureurs qui les conseillent, auraient été conscients des critiques qui surviendraient si aucune accusation n’était portée », ont déclaré MM. Edelson et Fowler.

« Ils avaient une motivation impérieuse pour porter des accusations, même sur des preuves faibles, afin d’éviter les fortes critiques qui sont maintenant dirigées contre eux. L’absence de toute accusation — même en vertu du code de discipline militaire — est révélatrice de l’absence de conduite répréhensible. Comme l’enquête l’a révélé, la plainte était sans fondement. »

La nature de l’allégation contre l’amiral McDonald n’a pas été confirmée publiquement, mais selon CBC, elle était liée à une inconduite sexuelle présumée qui remonterait à l’époque où il commandait un navire de guerre canadien en 2010.

Global News a rapporté que la lieutenante Heather Macdonald, ingénieure en systèmes de combat de la Marine, était à l’origine de l’allégation contre M. McDonald. Citée par Global vendredi dernier, Mme Macdonald s’est dite bouleversée par la décision de la police militaire.

Le Bureau du Conseil privé (BCP) a indiqué plus tôt cette semaine qu’aucune décision n’avait été prise quant à la réintégration ou non de M. McDonald et que M. Eyre demeurait chef de la défense par intérim.

« Le BCP a été informé des résultats de l’enquête du SNEFC vendredi, a déclaré mardi le porte-parole Pierre-Alain Bujold, dans un communiqué. Une décision sur les prochaines étapes sera prise dans le temps requis. »

Le gouvernement libéral fait face à des appels à ne pas réintégrer l’amiral McDonald. Certains experts et défenseurs des victimes remettent en question la décision de demander à la police militaire d’enquêter sur le plus haut officier militaire du Canada.

Ces experts et avocats estiment que cela jette un doute sur l’enquête et croient que M. McDonald n’a pas maintenant l’autorité morale pour diriger l’armée vers un changement de culture.

Le plus haut officier de police militaire, le grand prévôt et brigadier général Simon Prévost, a défendu l’indépendance et le professionnalisme de ses agents, dans le communiqué publié vendredi qui annonçait la fin de l’enquête.

L’équipe juridique de M. McDonald a déclaré que l’ancien commandant de la Marine royale canadienne, qui a pris ses fonctions de chef d’état-major seulement cinq semaines avant son retrait, maintient son innocence totale. L’amiral n’a pas encore commenté publiquement la décision de la police militaire.

Les avocats soutiennent aussi que M. McDonald a pleinement coopéré pendant l’enquête et ils invoquent la nécessité de respecter l’application régulière de la loi au Canada.

« Comme cela a été cité au cours de cette enquête : ‘Si nous n’avons pas cette application régulière de la loi, alors tout ce que nous avons, ce sont des chasses aux sorcières […] Cela ne change pas la culture. Cela la rend juste hostile pour tout le monde’ », indique le communiqué.

« S’il y a non-respect du principe de l’application régulière de la loi’, cela met en péril la base même de l’état de droit, dans le domaine militaire ou dans le domaine civil. »

L’amiral McDonald a succédé en janvier au général à la retraite Jonathan Vance en tant que chef d’état-major de la défense, quelques semaines avant que Global ne rapporte des allégations d’inconduite sexuelle de la part de M. Vance, qui a depuis été accusé d’entrave à la justice.

Le 24 février, M. McDonald s’est volontairement retiré jusqu’à ce que la police militaire puisse enquêter sur l’allégation concernant sa conduite.