Au Québec, à peine un jeune de la DPJ sur quatre obtient un diplôme d’études secondaires à 19 ans, contre 77 % dans la population en général. Mais si la pandémie complexifie davantage cette réalité, certaines histoires sortent de l’ordinaire. Dont celle de Samuel Coulombe, qui entamera bientôt une maîtrise à l’UQAM.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Je veux montrer que la persévérance, ça paie, et que ça vaut la peine d’investir en nous, les jeunes de la DPJ. La commission Laurent l’a démontré : il faut s’occuper de nous. Sans soutien, on est dépourvus, on ne sait pas trop où aller, mais on a tellement de potentiel », lance le principal intéressé en entrevue avec La Presse.

Placé dès sa naissance – sa mère ayant été déclarée « inapte » à s’occuper de lui en raison de problèmes de consommation –, Samuel Coulombe dit avoir eu « la chance » d’être réuni avec ses deux frères et sa sœur, dans une seule et même famille d’accueil, alors qu’il était âgé de seulement 2 ans. « Ça m’apportait une stabilité. J’étais super bon à l’école, je me donnais dans la vie. J’étais bien », résume-t-il.

Mais quand Samuel a 10 ans, son père d’accueil meurt, ce qui cause son lot d’instabilité dans la famille. « La famille est tombée en pièces, raconte le Québécois de 21 ans. Mes frères, ma sœur et moi, on a tous été divisés dans des familles différentes. Ça a été un gros choc émotionnel pour moi, j’ai perdu tous mes repères. »

Rapidement, on trouve une autre famille d’accueil à Samuel, avec qui il grandira jusqu’à aujourd’hui. « Onze ans plus tard, je vis toujours avec eux. Je les considère comme ma mère et mon père. C’est une chance d’avoir des gens à qui raconter sa journée. La vie ne m’a peut-être pas choyé à la naissance, mais je peux dire que j’ai gagné à la loterie des familles d’accueil », illustre-t-il, en prévenant toutefois que son histoire n’est pas forcément représentative de celles des autres jeunes qui ont grandi dans le système de la protection de la jeunesse.

Ça prend de la stabilité pour s’épanouir.

Samuel Coulombe, au sujet de sa famille d’accueil

Pour le jeune homme, le dépôt du rapport de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (le rapport Laurent) au début de mai – qui veut remettre le bien-être des enfants au cœur des décisions – est un bon pas en avant. « Ça démontre qu’il y a un certain éveil, que la communauté veut se soucier de jeunes comme moi. Et je trouve ça beau. Notre réussite, à tous, c’est un enjeu très important », confie-t-il.

Un parcours couronné de succès

Au fil de ses études secondaires, le jeune Samuel développe tranquillement une passion pour les sciences, ce qui le mène quelques années plus tard à entamer un diplôme d’études collégiales (DEC) en sciences naturelles. Suivra ensuite un baccalauréat en géologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qu’il vient d’achever. Et cet été, il entreprendra une maîtrise dans le même champ de compétences, cette fois à l’Université Laval.

« J’y suis parvenu, mais ce n’était pas facile. Ma grosse détresse dans mon cas, elle a été financière. Finalement, ce qui m’a sauvé, c’est la Fondation du Centre jeunesse de Montréal [FCJM] », raconte le principal intéressé. Après une demande de soutien, l’organisme lui a en effet offert des bourses pour couvrir, entre autres, ses droits de scolarité, ses manuels, ses effets scolaires, son ordinateur et ses besoins logistiques. « Ça a tout changé », raconte-t-il.

La porte-parole de la FCJM, Marie-Hélène Vendette, affirme que « les jeunes de la DPJ qui atteignent leur majorité se trouvent très souvent en situation de grande vulnérabilité en matière de stabilité résidentielle, de santé mentale et d’accès à l’emploi. Cette situation est exacerbée par la pandémie », dit-elle.

Au-delà du cas de Samuel, la Fondation affirme avoir augmenté de 98 % l’aide apportée aux jeunes de la DPJ en transition vers la vie adulte, cette année.

« Au cours des quatre dernières années, nous avons remis plus de 1 million en bourses d’études à des jeunes qui ont été hébergés en centre jeunesse pour qu’ils finissent leur secondaire, ou qu’ils poursuivent leurs études au cégep ou à l’université », insiste Mme Vendette.

Mais l’organisme a besoin du public pour la suite, alors qu’il entame en juin une nouvelle campagne de financement pour « préparer la rentrée scolaire à venir ». « La sortie de crise nécessite une mobilisation de toute la communauté. Ces jeunes ont vécu assez de rejet dans leur vie, on se doit de pouvoir répondre positivement à leur demande d’aide », conclut la porte-parole, en invitant la population à faire un don en se rendant sur le site web de la FCJM.

Aux jeunes de la DPJ qui passeront par les mêmes embûches que lui, Samuel Coulombe a un seul message. « Tu n’as pas choisi ton passé, mais tu peux choisir ton futur. Il ne faut pas penser que tu n’es pas conçu pour réussir. Il faut au contraire que tu prouves que tu es l’exception. Et éventuellement, on va faire changer les mentalités », conclut-il.