(Québec) Le gouvernement de François Legault s’attend à un financement « important » du fédéral pour creuser son tunnel entre Québec et Lévis. Mais à Ottawa, le gouvernement est prudent, tout comme les partis qui aspirent à prendre le pouvoir, et aucun n’est encore prêt à promettre des milliards.

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

Les libéraux ne ferment pas la porte à un financement partiel du tunnel qui doit coûter entre 7 et 9,5 milliards. Les conservateurs se disent favorables, mais « il faut attendre un petit peu » avant de promettre des fonds. Les néo-démocrates, eux, sont les plus critiques du projet.

« Nous, on pense que si on est sérieux dans la lutte aux changements climatiques et qu’on doit investir dans une relance verte, structurante, il faut appuyer des projets de transports collectifs », souligne en entrevue Alexandre Boulerice, député néo-démocrate de Rosemont–La Petite-Patrie.

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Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice

Le gouvernement caquiste fait valoir que deux des six voies seront réservées à des autobus. M. Boulerice est sceptique. « Je comprends que c’est interconnecté. Mais en même temps, ce n’est pas un projet de transports collectifs […] Nous, ce qu’on souhaiterait, c’est que l’argent des citoyens soit investi pour les transports en commun. »

Les conservateurs assurent qu’ils sont les plus favorables au projet. Le député Richard Martel rappelle que son parti a « toujours été d’accord avec le troisième lien ». Il s’agit selon lui d’« un projet qui fait du sens et est important pour la ville de Québec ».

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Le député et lieutenant québécois des conservateurs Richard Martel

Mais les conservateurs s’engagent-ils dès maintenant à financer le tunnel s’ils prennent le pouvoir ? Pas si vite, répond le lieutenant des conservateurs au Québec.

« Il faut attendre un petit peu. Il faut prendre connaissance des vrais chiffres. À un moment donné, si le provincial vient cogner à notre porte, c’est certain qu’on va s’asseoir avec eux et regarder tout ça », répond Richard Martel.

Richard Martel ne pense pas que le financement fédéral d’un tunnel à Québec créerait des tensions au sein du caucus conservateur, notamment avec les élus de l’Ouest.

Inquiétudes au gouvernement

Le gouvernement libéral assure quant à lui qu’il ne ferme pas la porte à un possible financement du tunnel, notamment de sa portion réservée aux autobus. Mais les troupes de Justin Trudeau montrent beaucoup moins d’enthousiasme que les conservateurs.

Le député libéral de Québec reconnaît que de nombreux citoyens dans sa circonscription sont inquiets. Deux sorties d’autoroute sont prévues dans la capitale. Une manifestation a eu lieu dans le centre-ville, samedi dernier, pour dénoncer le projet.

Certains se souviennent encore du traumatisme de la construction des autoroutes dans les années 1960, qui ont éventré et défiguré une bonne partie de leurs quartiers. Ce sont des préoccupations que j’entends, mais ce n’est pas aux élus fédéraux d’apporter des réponses, c’est au gouvernement québécois.

Jean-Yves Duclos, député libéral de Québec et président du Conseil du Trésor

Le président du Conseil du Trésor a rappelé qu’il était trop tôt pour statuer sur un éventuel financement fédéral du tunnel. Le gouvernement du Québec n’a pas encore soumis de projet. Ottawa attendra aussi les évaluations environnementales, précise M. Duclos.

Dans les coulisses, les libéraux fédéraux rappellent qu’Ottawa a actuellement des programmes pour financer les transports en commun, mais pas les autoroutes.

Le projet de tramway de Québec, qui doit coûter 3,3 milliards, recevra 1,2 milliard du fédéral. Il s’agit d’un projet entièrement destiné aux transports collectifs. Quelle serait la part du fédéral pour un tunnel destiné au tiers aux transports en commun ? La question reste entière.

Le Bloc pour un financement sans condition

Le chef du Bloc québécois n’était pas disponible pour une entrevue. Mais dans une déclaration, Yves-François Blanchet dit soutenir le gouvernement caquiste dans sa demande de financement fédéral, que ce soit pour une autoroute ou des transports collectifs.

« Le gouvernement fédéral doit cesser d’imposer ses conditions dans les juridictions du Québec et Ottawa n’a pas à porter de jugement sur le projet, au même titre que le Bloc », écrit Yves-François Blanchet.

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Le député et chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet

« La discussion aura lieu entre les gens de Québec. Il y aura un BAPE lors duquel la population pourra s’exprimer, mais le fédéral ne peut pas dire qu’ils n’ont pas d’argent à mettre là-dedans quand il vient chercher 20 % de ses revenus au Québec », ajoute le chef bloquiste.

À noter que le Parti québécois, formation politique historiquement très proche du Bloc, a rejeté le projet du gouvernement caquiste. « La CAQ doit reculer », a récemment lancé le chef de la formation, Paul St-Pierre Plamondon.

« On est toujours à la recherche d’études sérieuses qui viennent démontrer en quoi ces 10 milliards de dollars là régleront, combleront un besoin, amélioreront les transports dans la grande région de Québec », a-t-il accusé.