Les jeunes sont fortement convaincus des bienfaits des transports en commun, mais ils ne les trouvent ni fiables ni sécuritaires, révèle une étude montréalaise publiée ce lundi, que La Presse a obtenue.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Cette recherche, menée auprès de 1000 personnes âgées de 18 à 25 ans fréquentant les cégeps Ahuntsic, Montmorency et Édouard-Montpetit, a été réalisée par Jérôme Laviolette, doctorant en mobilité à Polytechnique Montréal et chercheur invité à la Fondation David Suzuki.

Pas moins de 95 % des répondants croient que les transports en commun sont plus écologiques et permettent de réduire la circulation, mais 81 % croient qu’ils ne sont pas fiables et seulement 28 % disent s’y sentir davantage en sécurité.

Le constat est similaire pour les transports actifs ; l’ensemble des répondants estiment qu’ils contribuent à leur bien-être physique et psychologique, mais 89 % se sentent moins en sécurité à vélo ou à pied.

Ces perceptions auront des répercussions sur les choix futurs de la nouvelle génération en matière de transport, prévient l’étude, qui souligne que la dépendance à l’automobile dépend de facteurs psychologiques et culturels qui compliquent l’adoption de « stratégies de mobilité durable ».

Les constats de l’étude sont une indication claire « des perceptions réelles des jeunes [qui aideront à] mettre sur pied les rectificatifs nécessaires », croit la chef des projets scientifiques de la Fondation David Suzuki, Louise Hénault-Ethier, qui ne s’en inquiète donc pas outre mesure.

On entend tout le temps dire qu’il faut plus de services, améliorer le déploiement [des réseaux], mais on oublie un peu les déterminants psychosociaux. C’est ce qui fait l’originalité des travaux de Jérôme Laviolette.

Louise Hénault-Ethier, Fondation David Suzuki

Pour que nous devenions moins dépendants de l’automobile, il faut comprendre ce qui nous rend accros, dit-elle.

Des outils adaptés

Pour rendre les transports collectifs et actifs attrayants, il faut des outils adaptés aux utilisateurs, souligne l’étude, qui constate par exemple que 94 % des répondants possèdent un téléphone intelligent et 80 % d’entre eux ont un forfait de données.

« On ne planifie plus nos déplacements avec des planibus en papier », illustre Louise Hénault-Ethier, qui appelle à une meilleure intégration par les sociétés de transports en commun de l’intelligence artificielle et des données en temps réel.

« Ça va accroître le sentiment de fiabilité des transports en commun, dit-elle. Tu le sais que si ton bus te dit qu’il va arriver à telle heure, il va vraiment arriver à telle heure. »

Ces outils permettent de « démythifier » certaines perceptions concernant la fiabilité des transports en commun, notamment auprès des jeunes, croit-elle.

La tarification est aussi un facteur à considérer, indique l’étude, qui constate que 70 % des répondants détiennent un laissez-passer mensuel, contre 16 % qui possèdent une carte annuelle.

« Cela est peut-être une indication que posséder une carte mensuelle à l’extérieur des sessions scolaires n’en vaut pas le coût », écrit l’auteur, qui suggère qu’une carte annuelle étudiante vendue au même prix que les titres de transport d’une année scolaire amènerait probablement davantage d’étudiants à utiliser les transports en commun durant la saison estivale.

Il recommande aussi que les établissements collégiaux imitent l’Université Laval, qui offre à tous ses étudiants un laissez-passer pour les transports en commun, bien que celui-ci ne couvre pas la période estivale.

Quant au sentiment de vulnérabilité lié aux transports actifs, l’étude souligne que « ces croyances pourraient être changées par l’augmentation d’infrastructures cyclables de qualité et par [d’autres stratégies] visant à augmenter le sentiment de sécurité ».

Contradictions

L’étude relève aussi certaines contradictions chez les répondants : 75 % d’entre eux souhaitent conserver une mobilité durable dans le futur, mais aussi vivre en milieu rural ou suburbain.

La moitié des participants désire par ailleurs posséder un véhicule hybride ou électrique.

« Cette aspiration à une voiture écologique semble leur permettre d’imaginer un futur en périphérie de la ville tout en étant en accord avec leur conscience environnementale », écrit l’auteur.

Cet aspect révèle un « enjeu de substitution » auquel contribuent les gouvernements en faisant la promotion des véhicules électriques, affirme Louise Hénault-Ethier, soulignant que ceux-ci ne règlent pas la congestion routière et les problèmes qui y sont liés, outre les émissions polluantes.

« On n’est pas encore dans une vision “il y a trop de véhicules sur les routes”, on est dans une vision d’atténuer leur impact », dit-elle.