Le temps était bon et le ciel était bleu pour accueillir les premiers sportifs qui ont renoué avec leurs activités en plein air mercredi, alors qu’elles étaient à nouveau autorisées partout dans la province. Mais il y a eu des exceptions, comme au parc national d’Oka, où les visiteurs ont été rabroués par des membres de la communauté mohawk.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Pour « protéger la santé » des 300 membres de sa communauté mohawk de Kanesatake, le grand chef Serge Otsi Simon a érigé ces dernières semaines cinq barrages routiers aux entrées d’Oka pour s’assurer qu’aucun non-résident ne pénètre le territoire.

Mercredi, au moment où les parcs de la Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ) ont ouvert leurs portes, un sixième barrage a vu le jour à l’entrée du parc national d’Oka.

« Je veux que le gouvernement reporte l’ouverture du parc, a expliqué à La Presse le grand chef Simon. Nous aimerions qu’il ouvre plutôt le 5 juin pour nous donner le temps de nous préparer et nous protéger. » Alors qu’il n’y a eu aucun cas jusqu’à maintenant dans la municipalité, il a peur que les visiteurs transportent le virus avec eux.

Lorsque le cycliste Jean-Guy Beauchamp est passé par l’entrée du parc où il y avait un barrage, M.  Simon l’a intercepté pour lui demander s’il vivait dans la région. « Oui », a menti le Lavallois pour ne pas se faire bloquer le chemin. Il s’expliquait d’ailleurs très mal pourquoi les Mohawks érigeaient autant de barrages dans la municipalité. « Sur moi, j’ai mon eau et ma nourriture. Je n’arrête nulle part pendant ma promenade. Pourquoi voulez-vous m’empêcher de rouler ? », a lancé au chef le cycliste avec une exaspération évidente. Lui et son partenaire de vélo ont alors reçu l’autorisation de poursuivre leur chemin.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Le grand chef Serge Otsi Simon (à droite) discute avec le cycliste Jean-Guy Beauchamp.

En point de presse, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a affirmé que le gouvernement était « en discussion » avec M.  Simon pour trouver un terrain d’entente. « On les décourage à bloquer l’accès au parc. Nous sommes en discussion pour trouver une solution à cette problématique-là », a-t-elle fait savoir.

Le maire d’Oka, qui a rencontré le grand chef Serge Otsi Simon devant l’entrée du parc national mercredi n’a pas caché sa déception : « C’est déplorable de voir tout ça. Quand même la Santé publique nous encourage à faire des activités extérieures, dont pour notre santé mentale, je ne comprends pas pourquoi ils font ça », a-t-il confié après la rencontre.

La Ville a d’ailleurs envoyé une mise en demeure au début de la semaine au ministère des Transports et à la Sûreté de Québec pour que les barrages soient levés.

En avant les loisirs !

Dans les autres parcs de la SÉPAQ, les sportifs étaient nombreux : « une journée relativement achalandée pour un mercredi dans le réseau. Quelques centaines de voitures et beaucoup de cyclistes au parc national du Mont-Orford », a répondu par courriel le porte-parole de la SÉPAQ, Simon Boivin.

Il a ajouté qu’il était bien heureux d’apprendre que la « très grande majorité des gens » s’étaient procuré le droit d’accès en ligne avant leur arrivée dans les parcs, comme la SÉPAQ le suggère, pour « limiter les contacts au maximum ».

Puisque Québec le permet, les deux sites d’activité du Groupe plein air Terrebonne ont aussi rouvert mercredi. Plusieurs familles profitaient des sentiers de vélo de montagne, dont Caroline Perreault et les jeunes Matis et Alexis. Les deux élèves de sixième année croyaient dur comme fer que leur été était perdu puisqu’ils ne peuvent pratiquer leur sport préféré, le hockey, et que leurs vacances à Myrtle Beach ont été annulées. « Je pensais que je ne sortirais pas de l’été », lance Matis, en enjambant son vélo de montagne. « Ça fait du bien de bouger », ajoute Mme Perreault, le sourire aux lèvres.

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Puisque Québec le permet, les deux sites d’activité du Groupe plein air Terrebonne ont aussi rouvert mercredi.

« Ça va faire du bien à beaucoup de monde », évoque Vanessa Châtillon, assise dans la valise de sa voiture où elle habillait sa petite fille pour une randonnée à vélo. « Avec la pandémie, je n’irais pas au cinéma… mais je ne vois pas de danger à faire des activités extérieures. »

Au bas de la montagne se trouve la Crèmerie Mini-Putt de Terrebonne où la copropriétaire Linda Gosselin servait des cornets pour la première fois de l’année. Elle a acheté des affiches « anti-COVID » et elle a élaboré tout un plan pour accueillir les centaines de personnes qui viennent chaque jour sur ses deux terrains de minigolf, tout en respectant les mesures de distanciation : « Comme vous voyez, on prend ça bien au sérieux. »

« Ils avaient raison… finalement, ça va bien aller », conclut la propriétaire, visiblement très heureuse de retrouver sa crèmerie, son mini-golf et ses clients.