Le Dr Horacio Arruda n’en finit plus de nous étonner. Après avoir invité les Québécois à cuisiner des tartelettes portugaises, le directeur national de santé publique a troqué le costard-cravate pour un t-shirt et une tuque noire, le temps d’une « danse du confinement » avec le rappeur québécois Rod le Stod, tournée il y a environ deux semaines. Or, la vidéo n’a pas plu à tout le monde…

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

On peut voir la vidéo de 3 min 47 s depuis lundi. En fin de journée, elle avait été vue par près de 30 000 personnes.

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Les deux hommes exécutent la même chorégraphie devant leur ordinateur respectif. Ils dansent sur la pièce Oragio, composée le mois dernier par Rod le Stod (Rodolphe Demers de son vrai nom) sur une musique de Scott Styles. La chanson est sortie le 24 avril dernier.

Le chanteur, qui a remporté le festival de la chanson de Granby en 2012, y rend hommage au Dr Arruda. « Partout sur la Terre y’a un oragio/Mon paratonnerre c’est Horacio/On est chanceux d’avoir François Legault/Suspends tous mes droits, j’te donne le go », déclame le rappeur dans son refrain.

Le Dr Arruda n’a pas été difficile à convaincre, nous dit Rod le Stod. « Il a apprécié la chanson, et il m’a fait une fleur. Quand je lui ai demandé s’il voulait danser dessus, il a pris trois minutes de son temps pour le faire. Il a improvisé une chorégraphie et moi, j’ai copié ses pas de danse. Ça n’a pas été plus compliqué que ça. Ça s’est fait pour le plaisir et pour décompresser. »

Pour aider qui ?

Seul hic, Rod le Stod a d’abord laissé entendre au Dr Arruda que les profits de la vente de la chanson et des droits d’auteur seraient remis au Refuge des Jeunes — une annonce faite sur la page Facebook du rappeur —, ce que le chanteur Dan Bigras, porte-parole de l’organisme, a réfuté sur Twitter.

PHOTO SKINNER, ROBERT, LA PRESSE

Dan Bigras, porte-parole du Refuge des jeunes de Montréal

« Le #refugedesjeunes s’en dissocie, a-t-il écrit. On trouve ça trop tôt, pendant que la souffrance est si grande. Conseil : J’aime bien Rod et le Dr Arruda, mais quand on veut associer le nom du Refuge, il faudrait demander si on est intéressés. Bonne chance à tous. »

Rod le Stod a reconnu qu’il n’avait pas parlé au Refuge avant de les associer à son projet.

« J’avais participé au Show du Refuge en 2012, j’ai visité le Refuge, c’est un organisme que j’apprécie, donc je voulais tout simplement leur donner les profits de la chanson. Mais ils m’ont expliqué que le timing n’était pas idéal pour eux. C’était mon erreur, a-t-il admis. Je respecte leur décision. Moi, je l’ai fait dans un élan de plaisir et de création. »

Le rappeur pourrait faire un don anonyme au Refuge des Jeunes, a-t-il laissé entendre ou carrément verser les profits à un autre organisme. « J’ai une petite idée duquel, mais après cette histoire, je vais me garder une petite gêne. Ce sera annoncé dans les prochaines semaines. De toute façon, ça prend un certain temps avant qu’on reçoive des redevances musicales… »

Depuis la sortie de son « ode à Horacio », Rod le Stod constate que la chanson circule beaucoup. « Mon but, c’est que ce soit le plus entendu possible pour qu’on puisse faire un peu d’argent et venir en aide à un organisme. C’est aussi de se faire plaisir, de se décrisper un peu. »

Est-ce qu’il n’y a pas un peu trop de complaisance dans sa chanson hommage au Dr Arruda ? Rod le Stod rappelle qu’il a écrit la chanson il y a un mois, alors que le consensus était sans doute plus fort encore.

« C’est sûr qu’à ce moment-là, on ne parlait pas de l’hécatombe dans les CHSLD, mais je trouve malgré tout que les messages de santé publique ont été bien entendus et respectés par la population. Bien sûr, personne n’est content de voir ses droits suspendus par l’État, il y a de l’ironie dans ce que j’ai écrit, mais je trouve qu’en général, la gestion de la crise est bonne. »

Chose certaine, sur les réseaux sociaux, les commentaires n’étaient pas tous élogieux. Entre les « ça fait dur son affaire : concentre-toi sur ta vraie job, doc ! » et les « ça va trop loin, là », des internautes concluaient tout de même que « tout le monde a droit de s’amuser un peu… ».