La tournée québécoise des chefs héréditaires wet’suwet’en venus de la Colombie-Britannique pourrait marquer un tournant dans la séquence actuelle d’actions de blocage. Samedi, à Kahnawake, ceux-ci sont expressément venus demander la formation d’une « alliance » avec la Confédération iroquoise, dont font partie les Mohawks. 

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Raphael Pirro Raphael Pirro
La Presse

C’est ce qu’a expliqué Kenneth Deer, secrétaire de la nation mohawk, dans une entrevue accordée samedi soir à La Presse. C’était la « première fois » qu’il rencontrait les chefs héréditaires de la nation wet’suwet’en.

Les chefs, qui s’opposent au projet de la Coastal GasLink de construire un gazoduc passant sur leur territoire pour transporter du gaz naturel vers la côte de la Colombie-Britannique, étaient attendus à la Maison longue, siège traditionnel du gouvernement des Mohawks à Kahnawake, où ils ont été accueillis avec une cérémonie traditionnelle.

Ils sont venus porter un message de leur nation comme quoi ils veulent forger une alliance avec nous. Nous avons [entendu] leur message.

Kenneth Deer, secrétaire de la nation mohawk

« Maintenant, nous allons le partager avec les autres membres de la Confédération iroquoise, et ils considéreront à leur tour l’option de créer une alliance », a-t-il continué. Les autres peuples de la Confédération sont les Onneiouts, les Onondagas, les Sénécas, les Cayugas et les Tuscaroras.

Kenneth Deer n’a pas fourni de plus amples informations sur ce qu’impliquerait une telle « alliance », mais a déclaré qu’il y a « tellement de choses que nous avons en commun que c’est une alliance naturelle ».

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Une barricade, surveillée par des Warriors de la nation mohawk, est toujours en place sur la voie ferrée au sud de Montréal.

Pour l’instant, tout indique que la barricade dressée sur la voie ferrée à Kahnawake n’est pas près de disparaître. Samedi soir, il nous a été impossible de nous y rendre, car l’accès en est désormais bloqué, et l’entrée était surveillée par des Warriors de la nation mohawk.

Aux questions sur la durée des actions de blocage, le secrétaire des Mohawks a eu une réponse claire : « On n’est pas pressés. » « Nous apprécions la patience du Canada jusqu’à maintenant, mais je crois qu’il faudra être encore plus patient. Le Canada doit écouter les demandes des chefs wet’suwet’en, parce que ces demandes sont raisonnables », a-t-il dit.

Après avoir visité vendredi la communauté mohawk de Tyendinaga, en Ontario, et celle de Kahnawake samedi, les chefs wet’suwet’en devraient regagner la Colombie-Britannique ce dimanche.

Une rencontre chargée d’émotion

Il existe une grande communauté d’esprit entre les chefs héréditaires wet’suwet’en et les Mohawks, a expliqué Kenneth Deer.

« Ils nous ont raconté leur version des faits, leur histoire, leurs batailles, l’occupation de leur territoire et la répression de leurs droits. C’était très émotif par moments. »

La première partie de la journée a été consacrée à une cérémonie traditionnelle d’accueil et à des discussions et à des célébrations. Les discussions politiques ont eu lieu l’après-midi. En début de soirée, les chefs héréditaires se sont rendus à la barricade sur le chemin de fer, et plus tard, se sont réunis autour d’un grand feu organisé par les Mohawks.

Le chef Woos de la nation wet’suwet’en, aussi appelé Frank Alec, s’était brièvement adressé aux médias en fin d’après-midi. Il avait réitéré les demandes de la nation, soit le retrait de la Gendarmerie royale du Canada du territoire wet’suwet’en et l’annulation du projet de gazoduc Coastal GasLink, au cœur de la crise.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador rencontre le chef Woos (Frank Alec).

Nous avons toujours maintenu la même position : nous demandons respectueusement qu’ils enlèvent leurs structures, nous demandons respectueusement qu’ils se retirent du territoire, comme nous l’avons toujours demandé.

Le chef Woos

Le chef Woos a indiqué qu’il n’y avait pas eu d’autres communications avec le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller. Vendredi, Justin Trudeau avait appelé à la levée des barricades.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, était aussi sur place. Il avait obtenu la permission de participer à la première partie de la rencontre.

M. Picard a déploré que les différents gouvernements « se lancent la balle ». « On comprend qu’il n’y a personne qui ose porter l’odieux d’une intervention, sachant ce que ça peut causer, mais ceci étant dit, je trouve ça très, très malhonnête de remettre la balle dans le camp des Premières Nations », a-t-il déclaré.

Kenneth Deer voit dans le moment présent une occasion à saisir.

« Avant, je pensais que le mouvement Idle No More était formidable, car nous avons montré au Canada ce dont les autochtones étaient capables quand ils travaillent ensemble. » Idle No More est un mouvement lancé en 2012 visant à unir les peuples autochtones pour exiger le respect de leurs droits ancestraux.

« Aujourd’hui, poursuit Kenneth Deer, nous faisons une manifestation physique en bloquant les voies ferrées. Ça nous permet de montrer au Canada ce dont nous sommes capables lorsque nous sommes placés devant une injustice aussi flagrante.

« Je crois que ça va peut-être changer les calculs que devra faire le Canada dans ses relations avec les peuples autochtones. »