Justin Trudeau a tenu un discours « d’une grande lucidité » et « d’un grand courage » à la suite de la tragédie aérienne ayant couté la vie à 57 Canadiens, a déclaré l’ex-député solidaire Amir Khadir, dimanche, à Montréal, lors d’une cérémonie de commémoration pour les victimes de l’écrasement aérien du 8 janvier dernier, organisée par le Centre social d’aide aux immigrants.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

Sur la scène du théâtre Symposia, au centre-ville de Montréal, les photos des victimes qui avaient choisi le Québec comme terre d’accueil défilaient sur écran géant pendant que des dizaines de personnes entraient dans la salle feutrée du centre-ville.

« On voulait organiser quelque chose pour toute la communauté, tous les Montréalais, pas seulement les Iraniens », a expliqué Lida Aghasi, directrice générale du Centre social d’aide aux immigrants, qui a annoncé la création de deux bourses étudiantes de 5000 $ afin de commémorer la contribution des victimes à la communauté québécoise.

Entre les hommages personnels et les discours politiques prudents, Amir Kadhir, ex-porte-parole de Québec solidaire, n’a pas mâché ses mots à l’égard du gouvernement iranien.

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« L’Iran n’a pas fermé son espace aérien et a mis ses passagers en danger de mort. Ils sont responsables de cette tragédie. Ils sont coupables de négligence, ils sont coupable d’incompétence. Il n’y a aucune hésitation et c’est notre devoir de le répéter », a déclaré Amir Kadhir, lui-même Iranien d’origine.

« Le premier ministre Justin Trudeau l’a dit : « Tout cela ne serait pas arrivé si la tension entre les États-Unis et l’Iran n’avait pas connu d’escalade. Ce sont des mots d’une grande lucidité et d’un grand courage », a ajouté l’ex-porte-parole de Québec solidaire, en rappelant qu’il n’a pas l’habitude « de partager beaucoup d’opinions avec M. Trudeau ». Il estime que ce dernier a « trouvé les mots justes » depuis la tragédie, « sans avoir eu besoin de l’autorisation d’une quelconque autre puissance ».

Les proches veulent des réponses

Dix jours après l’écrasement du vol PS752, qui a entrainé dans la mort 176 personnes, dont 57 Canadiens et plusieurs résidents permanents, le choc initial vécu par les proches des victimes laisse tranquillement place à d’autres émotions, tout aussi vives.

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« Nous vivons un mélange d’émotions : le choc, le désespoir, la tristesse, la colère, la rage… Nous passons par toute la gamme et nous avons plein de questionnements », a partagé Armin Morattab, dont le frère jumeau Arvin et sa femme Aida Farzane figurent à la liste des victimes.

On ne fait pas confiance au gouvernement iranien […] ils ont menti durant des jours, ont nié avoir tué mon frère et Aida. Nous demandons au gouvernement canadien de trouver des réponses. C’est la seule chose qui pourrait, en quelque sorte, apaiser nos esprits.

Armin Morattab, frère jumeau de Arvin Morattab, victime de l’écrasement

Le Canada maintient la pression

Dimanche, le ministre fédéral des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a écrit à son homologue iranien pour maintenir la pression afin que l’Iran accepte l’aide d’experts de l’extérieur dans l’enquête sur l’écrasement d’un appareil ukrainien abattu par erreur par les Gardiens de la Révolution.

Le Canada réclame que les boîtes noires soient rapidement analysées par des experts français ou ukrainiens et le ministre Champagne souligne que cette volonté reflète le consensus établi parmi tous les pays ayant perdu des citoyens lors de la tragédie du 8 janvier.

Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) avait envoyé une déclaration plus tôt dans la journée disant que les boîtes noires étaient toujours en Iran et que l’enquêteur désigné de l’Iran pourrait se rendre en Ukraine cette semaine afin de discuter de l’enquête et visiter le laboratoire d’enregistreurs en Ukraine.

Le BST dit qu’il « n’y a toujours pas de plan définitif quant au lieu et au moment où les enregistreurs de l’aéronef seront téléchargés et analysés ». Les deux enquêteurs canadiens qui étaient assignés à l’enquête ont quitté Téhéran, tôt dimanche matin, pour poursuivre leur travail en Ukraine.

– Avec La Presse canadienne