(Québec) La mère des garçons de 2 et 5 ans tués à Wendake à la mi-octobre s’est dite « en colère » contre le système de protection des enfants au Québec et la DPJ en particulier, dans un vibrant plaidoyer, dimanche.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Je suis en colère. Notre Québec se dit doté d’un système de protection de l’enfance. Et moi, quand j’ai fait appel à la DPJ pour protéger mes propres enfants, il était où, ce système de protection là ? », a demandé Émilie Arsenault lors d’une conférence de presse dans un hôtel de la capitale.

« Pourquoi on ne m’a pas entendue ? Pourquoi tous les signalements pour mes amours n’ont pas été retenus ? », a ajouté la mère d’Alex et d’Olivier.

La mère éplorée de 28 ans prenait la parole publiquement pour la première fois depuis le drame qui a secoué Wendake.

Les corps d’Alex, 2 ans, et d’Olivier, 5 ans, ont été retrouvés par la police dans la nuit du 10 au 11 octobre, dans la réserve huronne-wendate en banlieue de Québec.

Leur père, l’ex-conjoint de Mme Arsenault, s’est livré à la police de Québec. Michaël Chicoine, 30 ans, est accusé de deux meurtres au deuxième degré.

Si je décide de parler aujourd’hui, c’est parce qu’en plus de la peine, je vis énormément de rage et j’ai besoin qu’on m’entende.

Émilie Arsenault, mère des garçons assassinés, lors de la conférence de presse organisée par son avocat, MMarc Bellemare

La mère a confirmé des informations voulant que plusieurs signalements avaient été faits à la direction de la protection de la jeunesse (DPJ). En plus du sien, Mme Arsenault a dit qu’un enquêteur et qu’une travailleuse sociale avaient aussi signalé la situation.

Ces signalements « n’ont pas été pris au sérieux », a-t-elle déploré dans une déclaration écrite à laquelle elle s’est tenue.

Jusqu’à la dernière minute, Mme Arsenault aurait tenté d’obtenir la garde exclusive d’Alex et d’Olivier. Mais elle n’y parvenait pas, selon ce qu’elle a raconté aux médias.

Un avocat qu’elle a rencontré seulement trois jours avant le drame lui aurait même déclaré qu’« un juge n’enlèvera pas la garde à un père en se basant sur [ses] seules inquiétudes de mère ».

La mère a par ailleurs affirmé que plusieurs intervenants lui auraient demandé au fil du temps si elle craignait pour la vie de ses enfants. Elle répondait par la négative.

« Est-ce qu’on peut m’en vouloir d’avoir répondu : je ne peux pas croire qu’il s’en prendrait à ses propres enfants ? Je me suis trompée », a-t-elle dit.

Dans ce contexte, la « violence familiale » n’était « pas prise au sérieux », se désole-t-elle. « J’avais besoin du système pour m’appuyer et qu’on me croie », a lancé la jeune femme.

Une poursuite n’est pas exclue

Son nouvel avocat estime que la mère endeuillée a été abandonnée.

On ne peut pas tout éviter, tout prévenir et tout prévoir. Mais quand une mère parfaitement équilibrée, parfaitement lucide se plaint, il faut ouvrir une enquête immédiatement.

Me Marc Bellemare, avocat d’Émilie Arsenault

La mère n’exclut pas de poursuivre la DPJ au civil. « Ce n’est pas exclu, mais c’est beaucoup trop tôt. On a un délai de trois ans pour intenter des poursuites civiles », a rappelé MBellemare.

L’ancien ministre de la Justice du Québec veut notamment attendre de voir les résultats des nombreuses enquêtes en cours sur cette affaire.

Rappelons qu’en plus de la police, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a lancé une enquête externe sur les actions de la DPJ de la Capitale-Nationale dans ce dossier.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a aussi demandé deux enquêtes.

MBellemare pense que « la DPJ n’a pas donné suite adéquatement à plusieurs signalements ». « On parle d’enfants de 2 et 5 ans. S’il y a une catégorie d’enfants qui doivent être protégés par la DPJ, ce sont ces enfants, qui sont absolument sans défense. »

L’avocat de Québec représente aussi la mère et le grand-père des enfants dans leurs démarches pour être indemnisés à titre de victimes par le programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels. La demande de la mère a été approuvée. Mais celle du grand-père, Jean-Guy Arsenault, a été refusée. « Une aberration », juge MBellemare.

M. Arsenault était sur les lieux du crime dès 7 h le matin du 11 octobre. « Cette scène revient dans ma tête à tout instant, surtout la nuit », a dit l’homme, qui était également présent à la conférence de presse.

En attente du procès

Ni l’avocat ni Émilie Arsenault n’ont voulu commenter l’état mental de l’accusé. Celui-ci aurait été aux prises avec des problèmes de santé mentale.

« Dieu sait qu’il a demandé de l’aide à plusieurs reprises », se désolait Mylène Chicoine, mère de Michaël Chicoine, dans une lettre aux médias quelques jours après le drame.

Pas question de commenter ce sujet avant la tenue du procès criminel, explique MBellemare. « On peut penser que l’état mental, la santé mentale de l’accusé, sera abordé dans ce procès-là. »

Le procureur chargé de poursuivre Michaël Chicoine est Thomas Jacques. Ce procureur de la Couronne de Québec s’est notamment distingué dans le cadre du procès d’Alexandre Bissonnette.

« Mme et M. Arsenault ont confiance en Thomas Jacques, le procureur aux poursuites criminelles et pénales qui fait un travail extraordinaire jusqu’à maintenant. On espère que l’affaire soit entendue par la cour en 2021 », a dit Me Bellemare.

Le dossier doit revenir devant le tribunal le 12 janvier prochain, pour la divulgation de la preuve.