(Montréal) Si elles saluent l’entente de principe intervenue entre le gouvernement Legault et Ottawa à propos du logement social, Montréal, Québec et Gatineau sont impatientes d’en connaître les détails — peut-être la semaine prochaine —et appellent au respect de l’autonomie municipale lorsque viendra le temps de choisir où ira l’argent promis.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

Annoncé en soirée jeudi après trois années de négociations, l’accord, dont on ne connaît pas encore les détails, devrait permettre à Québec, la dernière province à s’entendre avec le gouvernement Trudeau à ce sujet, de toucher jusqu’à 1,8 milliard au cours des 10 prochaines années.

Les modalités seraient « idéalement » dévoilées la semaine prochaine, a laissé entendre le ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, vendredi après-midi, en conférence de presse à Ottawa, où il s’est montré prudent dans ses commentaires.

« Il y aura beaucoup d’autonomie comme il se doit pour le gouvernement du Québec et leurs partenaires, a-t-il lancé, sans aller plus loin. L’argent attendait l’entente. Dès que l’entente est finalisée […] l’argent sera disponible. »

Quelques heures auparavant, en conférence de presse à Montréal, la mairesse Valérie Plante, accompagnée de ses homologues Régis Labeaume et Maxime Pedneaud-Jobin, a salué cette « victoire ».

Mme Plante n’a toutefois pas raté l’occasion de rappeler que le « diable se cache dans les détails ».

« Vous allez me permettre de me réjouir, mais avant d’être hilare, je vais attendre que l’encre sèche sur l’entente, a ajouté le maire Labeaume, de la Vieille-Capitale. Le problème principal de ces négociations […] on voulait changer ce qui existait. Nous voulions conserver le statu quo. »

Initialement, Mme Plante, M. Labeaume et M. Pedneaud-Jobin devaient tenir une conférence de presse pour faire le point sur les négociations qui traînaient en longueur, mais l’entente de dernière minute a changé la donne. Les trois maires souhaitent que les municipalités aient les pleins pouvoirs afin d’identifier les projets qui répondent aux besoins sur leur territoire.

Aussitôt la nouvelle Stratégie nationale sur le logement annoncée, en novembre 2017, Québec avait salué le réinvestissement du gouvernement Trudeau dans le logement abordable, tout en réclamant le respect de son champ de compétence exclusive en matière de logement.

« Ce sont des enjeux qui doivent être ciblés par les autorités locales, a estimé le maire Pedneaud-Jobin, de Gatineau. Nous sommes capables de cibler des projets qui répondent à de vrais enjeux précis dans la communauté. »

À titre d’exemple, M. Labeaume a ajouté que les choix effectués par Québec pour déployer 2300 unités destinées au logement social au cours des cinq prochaines années « n’étaient certainement pas en harmonie avec ce qui était exigé » par le gouvernement fédéral. Il faut maintenant éviter de changer des programmes comme AccèsLogis, qui ont fait leurs preuves depuis longtemps, a-t-il affirmé.

En attendant les détails, un signal que de l’argent neuf est en route constitue un aspect positif, a souligné Mme Plante, particulièrement alors que les besoins de logement social augmentent dans la métropole, où le nombre de personnes en situation d’itinérance a doublé depuis le début de la crise sanitaire pour atteindre 6000.

« On s’approche du moment de non-retour où il n’y aura plus de construction de projets, a-t-elle lancé. Je parle pour Montréal, nous étions rendus au bout du rouleau, nous n’avions plus rien. »

Mme Plante a rappelé qu’il faut jusqu’à cinq ans pour qu’un projet puisse être complété après son annonce. À l’heure actuelle, Montréal a annoncé 60 % des 12 000 unités de logement social prévues à sa stratégie, mais seulement 15 % des projets sont sortis de terre.

À l’échelle nationale, la stratégie table sur des investissements de 55 milliards échelonnés sur 10 ans, visant notamment à construire jusqu’à 125 000 nouveaux logements, à épauler les besoins de 530 000 familles ainsi qu’à réparer et moderniser 300 000 logements.