(Québec) Des restaurateurs de Charlevoix se retrouvent bien malgré eux la cible de conspirationnistes qui croient déceler dans le logo d’un café de Baie-Saint-Paul des symboles pédophiles et satanistes.

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

« On manque de personnel, on bosse sept jours sur sept, on fait des heures pas possibles… Et ces gens tentent de nous enfoncer la tête dans l’eau pour une histoire de logo », lâche Rodolphe Kerbouriou, copropriétaire du Café des artistes, sur un ton dépité.

Cette affaire qui ressemble au « Pizzagate » américain a commencé lundi. M. Kerbouirou a alors reçu un message sur Facebook. L’internaute lui demandait ce que signifiait son logo. L’homme lui a répondu qu’il s’agissait d’un « C » et d’un « A », pour Café des artistes, et qu'il s'agissait d'un clin d'oeil aux montagnes de Charlevoix.

Il était loin de se douter des théories qui circulaient en ligne, notamment dans les cercles de complotistes québécois. Selon un document du FBI qui date de 2007, un logo similaire, mais inversé, a été utilisé dans le passé par des réseaux pédophiles.

Lundi soir, sur Facebook, un dénommé Marc Mercier publiait un message avec le logo du commerce, une photo de sa devanture et l’adresse. « Pourquoi ce café porte un symbole utilisé par les pédophiles ? », peut-on lire dans la publication partagée près de 200 fois.

« Ses dans se coin la les Desmarais on leur demeure (sic) », a commenté un certain Dany, en référence à Sagard. « C’est pas là que Legrault est allé ? » a demandé une autre.

Ces internautes ont en quelques heures tissé la vaste toile d’une conspiration sur la base d’un logo qu’ils jugeaient louche.

Rapidement, la page Facebook du café a été inondée de messages négatifs. « Mardi matin, quelqu’un m’a averti à 7 h 45 que sur mon mur que ça commençait à délirer complètement », raconte Rodolphe Kerbouriou.

Le copropriétaire a même dû écrire un message pour expliquer la signification du logo. « C’est tellement facile de venir salir une entreprise qui tente de s’en sortir en temps de crise », se termine le message.

Mais les complotistes ne semblaient pas convaincus et ont multiplié les commentaires désobligeants.

Après une publication du blogueur Xavier Camus pour dénoncer ce lynchage des complotistes, plusieurs internautes sont allés sur la page du commerce afin de prendre sa défense.

Cette affaire ressemble à celle du Pizzagate, qui avait occupé les milieux conspirationnistes américains en 2016. Une pizzeria de Washington avait été la cible d’une campagne selon laquelle elle était au cœur d’un réseau pédophile démocrate.

Cette folle théorie du complot avait toutefois débordé des confins de l’internet, lorsqu’en décembre 2016 un homme armé d’un fusil d’assaut a fait irruption dans la pizzeria.

À Baie-Saint-Paul, Rodolphe Kerbouriou assure n’avoir reçu aucune menace. Il espère que les choses en resteront là et n’iront pas plus loin. « On est au Québec ici, pas aux États-Unis. Qu’est-ce qu’on vient me parler de ces machins de complots ? » lance l’homme, excédé.