Un par un, ils ont été nommés et invités à monter sur la scène pour cueillir leur diplôme d’études secondaires.

Patrick Lagacé Patrick Lagacé
La Presse

Zoé…

Stacy…

Ada…

Maria…

Christian…

Ils étaient magnifiques comme on l’est à 16, 17 ans et qu’on est fier de soi.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Nathalia Uribe-Zuluaga, qui fait partie des 447 finissants de la polyvalente Antoine-de-Saint-Exupéry, attend de recevoir son diplôme lors d’une cérémonie tenue lundi et mardi.

C’était lundi matin, c’était le début de deux jours de célébrations de fin d’année à la polyvalente Antoine-de-Saint-Exupéry de Saint-Léonard, la plus populeuse de Montréal. On y compte 2750 élèves, et en cette année de fou, en cette année pandémique, 447 jeunes de cinquième secondaire étaient finissants.

À Saint-Ex comme ailleurs, il n’y a pas eu de bal de finissants, pas de grande cérémonie où les familles célèbrent le diplôme des jeunes dans une immense salle. À Saint-Ex, cette année, l’équipe-école s’est quand même revirée sur un 10 sous pour souligner en grand le départ de ces 447 élèves. En une semaine, deux jours de festivités ont été organisés.

Un tapis rouge, des voilages lumineux, des témoignages vidéo des profs et cette cérémonie, dans l’auditorium, pour que les jeunes puissent cueillir leur diplôme. Les parents n’étaient pas admis, distanciation physique oblige. Mais le personnel était dans l’auditorium et chaque élève a été chaudement applaudi. Il n’était pas question que les élèves de la promotion 2020 reçoivent leur diplôme par la poste dans une enveloppe brune.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Une cérémonie a été organisée pour les 447 finissants de la polyvalente Antoine-de-Saint-Exupéry, la plus populeuse de Montréal. 

On sentait dans certaines salves d’applaudissements qu’il y avait, parfois, une histoire spéciale derrière ce moment, peut-être l’histoire d’un diplôme obtenu contre toute attente. J’ai vu des profs les yeux pleins d’eau applaudir à tout rompre quand certains de leurs jeunes sont montés sur scène. Je ne sais pas ce qui était le plus touchant, les pleurs des profs ou le sourire des élèves.

Vous ai-je dit qu’ils étaient beaux, les élèves, de Saint-Ex, lundi et mardi ? Ils étaient chics, aussi. Certains garçons avaient des complets, certaines filles avaient leur robe de bal. Tous avaient fait un effort. Tous savaient que c’était un moment spécial, le début de quelque chose.

Natalia…

Donya…

Léa…

Noah…

Dans l’auditorium, chaque élève prenait place sur un logo de l’école – « St-Ex, depuis 1972 » – collé au sol, logo qui marquait la nécessaire distanciation de l’époque. Une vidéo montrant la promotion de 2020 était projetée sur écran géant. Ça commençait avec des notes de piano jouées par une élève, Christina Germeille, et ça se poursuivait sur du rap composé par un autre élève, Jose Eduardo Dorante Pardo.

Puis, le maître de cérémonie a annoncé une surprise, il a demandé aux élèves de ne pas en parler, afin de garder la même surprise pour les 12 autres groupes de 40 diplômés de Saint-Ex qui allaient défiler comme eux, dans les heures à venir…

L’écran géant s’est alors illuminé et François Legault, premier ministre du Québec, est apparu : « Bonjour tout le monde ! Je veux féliciter tous les finissants de l’école secondaire Antoine-de-Saint-Exupéry. Vous avez travaillé fort pour vous rendre jusque-là… Bravo ! »

Les membres du personnel et les jeunes ont retenu leur souffle en voyant les premières secondes de la vidéo enregistrée par le PM.

> Voyez la vidéo de François Legault

M. Legault a eu d’autres bons mots et des conseils pour les jeunes, et il a nommé quelques élèves qui ont reçu des prix, comme Abdenour, Cerine, Roland, Kettlande, Grecia, Jacianska, Sébastien et Sarah…

Puis, un an à un, on a appelé leurs noms, les jeunes de Saint-Ex sont montés sur scène au son d’une musique solennelle pour se faire remettre leur diplôme et se faire applaudir par le personnel de l’école…

Robert…

Tri…

Gian-Luca…

Mélodie…

Andy…

Après la remise des diplômes, les jeunes étaient invités à faire la file dans un couloir de l’école, derrière l’auditorium, pour se faire prendre en photo. L’école a assumé les coûts liés à l’embauche d’une photographe, pour que les 447 élèves aient ce souvenir, sans égard aux moyens financiers des uns et des autres.

L’équipe-école de Saint-Ex a travaillé fort pour que ces deux journées de remise de diplômes se concrétisent. C’était important pour les profs, pour la direction et pour le personnel de soutien de souligner ce rite de passage, de ne pas le laisser se faire bouffer par la pandémie.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Zineb Hamadene reçoit son diplôme sous le regard de Geneviève Dandurand, directrice de l’école secondaire Antoine-de-Saint-Exupéry, à Saint-Léonard. 

Geneviève Dandurand, directrice : « Beaucoup de jeunes ont craint de ne pas avoir leur diplôme, à cause de la pandémie. C’est la crainte qu’ils ont le plus exprimée, pendant le confinement… »

Jessica Archambault, enseignante : « C’est toujours important pour les jeunes, le diplôme. Et ce l’est encore plus pour plusieurs d’entre eux, qui sont des enfants d’immigrants… »

La prof Linda Blouin m’a présenté Kettlande Bélizaire, nommée par le PM dans sa vidéo, quelques instants auparavant. Une jeune femme de 16 ans un peu timide qui, il y a à peine un an, habitait Port-au-Prince, en Haïti. Elle est arrivée à Saint-Ex l’automne dernier. Elle était fière d’elle, parce qu’elle a « travaillé fort »…

Je vous ai déjà parlé de Linda Blouin, inspiration des Fées marraines (1), une organisation qui fournit des robes de bal de finissants aux jeunes filles défavorisées. Cette année, pas de bals, donc pas de robes à jumeler à des finissantes. Pas grave, les Fées marraines ont créé 25 bourses pour celles qui poursuivent leurs études après le secondaire.

Densver Guillaume, 17 ans, attendait dans la file pour sa photo. Très élégant dans son complet gris, il m’a dit sa joie d’avoir pu recevoir son diplôme ici, à l’école, son école.

« Ils avaient promis qu’ils tenteraient de faire quelque chose de spécial, m’a dit Densver. Je gardais espoir.

– Pourquoi c’était important pour toi, Densver ?

– Ils ont montré que ça leur avait fait de la peine s’il ne se passait rien pour la remise de diplômes. Ils ont montré qu’ils ne nous avaient pas oubliés… »

De la peine, tu dis, Densver ? Mets-en : une prof m’a confié avoir braillé toute une soirée quand, en mars, elle a compris qu’elle ne reverrait pas ses élèves cette année. Elle n’est pas la seule…

Je serai toujours impressionné par le dévouement des profs et des équipes-écoles, partout, par cette capacité à mettre de la vie dans les écoles, au-delà des descriptions de tâches. Je sais, je sais, on a tous une histoire de profs aux abonnés absents pendant la pandémie. Je suis absolument, totalement certain que c’est l’exception : la majorité des profs se démène, pandémie ou pas, pour que l’école soit plus qu’une école, pour leurs jeunes. Suffit de passer une heure dans une école pour en avoir la conviction.

Je le dis de temps en temps, je le redis avec cette chronique de fin d’année : merci à ceux qui bossent dans nos écoles.

Et bonne chance pour la suite des choses à tous ceux qui viennent de quitter le secondaire.

David…

Noah…

Wilfredo…

Daniel…

Amina…

> (Re)lisez la chronique « C’est un joli verbe, scintiller »