Sans l’intervention du gouvernement pour permettre l’ensemencement, environ 500 000 poissons périront, s’inquiètent les pisciculteurs du Québec. Ils craignent de devoir laisser mourir une bonne partie de leur production, alors qu’une vague de chaleur s’abat sur le Québec.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Le gouvernement canadien doit financer la récupération des poissons pour permettre aux producteurs d’écouler les surplus de production dans les plans d’eau publics du Québec, implorent les éleveurs de poissons dans un appel à l’aide destiné à la ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau.

Ensemencer les étendues d’eau – soit les peupler de poissons – permettra la création d’une banque alimentaire disponible pour les pêcheurs, plaide le président de la Table filière en aquaculture d’eau douce du Québec (TFAEDQ), Normand Roy. Mais surtout, il en va de la pérennité de l’élevage de poissons des deux prochaines années, insiste-t-il. Les truites mouchetées, trop nombreuses, sont entassées dans leur bassin d’eau. Le développement des jeunes poissons est compromis, en plus de mettre en péril la production.

Les aquaculteurs ont pris au mot le gouvernement fédéral, qui a annoncé le financement des surplus de la pêche et de l’aquaculture avec le Programme de récupération de surplus alimentaire d’une valeur de 50 millions, présenté lundi dernier.

Le hic ? Cette promesse touche seulement la matière transformée des produits de la pêche. Elle écarte donc la production des aquaculteurs québécois, dont la déception se fait ressentir.

« On est considérés comme des producteurs agricoles au Québec, mais au niveau fédéral, on est sous la juridiction de Pêches et Océans Canada. Les réglementations et programmes sont différents et parfois, on ne peut en bénéficier », déplore Normand Roy. Il a bon espoir que les choses vont changer. La ministre Bibeau travaille sur des mesures pour sauver les poissons et soulager les pisciculteurs, lui a-t-on dit la semaine dernière.

« On ne cadre pas dans ce programme, car le poisson n’est pas traité en usine », précise M. Roy. Or, au Québec, il n’y a que 60 producteurs piscicoles et seulement une usine de transformation, située à Nicolet, soutient-il.

L’idée d'ensemencer certains cours d'eau au Québec pour que les Québécois pêchent leur poisson ne cadre pas avec les objectifs du Programme lancé par le fédéral.

Le Programme de récupération d'aliments excédentaires aide les producteurs à rediriger leurs surplus vers des organisations qui nourrissent les Canadiens vulnérables.

Le ministère de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire priorise les projets qui démontrent clairement de quelle façon les aliments vont se rendre du producteur à la banque alimentaire.

Les pisciculteurs peuvent recevoir des fonds via ce programme, à condition que les aliments sont comestibles. Comme les banques alimentaires ont une capacité plutôt limitée de conserver du poisson frais, le programme favorisera plutôt des poissons et des produits de la mer qui pourront être transportés plus aisément et conservés plus longtemps.

En date de lundi, le ministère évaluait des pistes de solution pour les pisciculteurs.

Le danger de la canicule

La pandémie a provoqué des inquiétudes auprès des acheteurs et des pourvoiries. Il y a eu beaucoup d’annulations de la part des clients, engendrant des surplus de production. « On remarque une baisse de 40 à 50 % des achats et on se retrouve avec un surplus qui normalement serait vendu à l’heure actuelle. On ne veut pas le gaspiller », explique M. Roy.

La canicule des derniers jours ajoute à l’urgence d’agir. Avec une température élevée et un débit d’eau moins fort, il y a une surchauffe de l’eau qui affecte le système respiratoire des poissons, déjà entassés. Ils peinent à trouver leur oxygène et meurent, détaille ce fanatique des truites, qui est dans le domaine de l’aquaculture depuis 45 ans.

On demande une mesure d’urgence pour permettre aux pisciculteurs de libérer les bassins et limiter les pertes. Il faut ensemencer. Si on n’agit pas vite, on se retrouvera face à un fléau.

Normand Roy, président de la TFAEDQ

Sans l’ensemencement au plus tard d’ici juillet, les éleveurs de poissons vont vivre un avenir désastreux, soutient-il. La surpopulation dans un bassin empêche les jeunes poissons de grossir. Ils n’atteindront donc jamais la taille qui correspond aux exigences du marché.

Depuis l’an 2000, la production totale des pisciculteurs a beaucoup diminué. « Ce qu’on produit en ce moment répond aux besoins de 8 à 10 % de consommation du Québec. Pourtant, on a des atouts. On a l’eau. On pourrait avoir les infrastructures, mais il y a une peur d’investir dans le domaine », s’étonne M. Roy.