Parce que les enfants signalés à la DPJ doivent absolument se trouver dans des milieux « sains et bienveillants », le Québec doit avoir une réflexion de société sur la priorité donnée actuellement au maintien des enfants dans leur famille biologique.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, qui a été mise en place dans la foulée de la mort tragique de la fillette de Granby au printemps 2019, s’est terminée ce matin.

Un rapport sera remis au gouvernement le 30 novembre.

En conférence de presse, Régine Laurent, présidente de la Commission, a expliqué qu’elle n’avait pas encore de position ferme quant à la priorité donnée actuellement aux liens de sang. Après avoir entendu plusieurs chercheurs sur la question, elle estime qu’il faut mettre fin aux incessants allers-retours entre les familles d’accueil et les familles biologiques (de multiples chances étant données aux parents pour se reprendre en main).

Or, ces allers-retours « posent un problème majeur, particulièrement pour les tout-petits », incapables dans ces conditions d’établir des liens d’attachement avec qui que ce soit.

Parmi les autres constats faits lors des sept mois des travaux de la Commission Laurent, il y a cette évidence que les travailleurs sociaux chargés des dossiers des enfants ne suffisent pas à la tâche. Le nombre d’enfants signalés et pris en charge par la DPJ explose.

À l’évidence, « il faut agir en amont », estime Régine Laurent.

À l’origine, la DPJ devait être « les soins intensifs des services à la jeunesse », alors qu’elle est devenue, au fil du temps, « une porte d’entrée pour accéder aux services ».

« Ce n’est pas ce que visait la création de la DPJ il y a 40 ans. »

Entre autres enjeux qui seront étudiés par les commissaires avant de remettre leur rapport se trouvent l’accompagnement déficient des jeunes de la DPJ à la sortie des centres jeunesse, leurs retards scolaires, les délais de traitements, le taux de roulement trop élevé des intervenants auprès des enfants et le manque de coordination entre les différents acteurs chargés de protéger les enfants.

Si la pandémie met à mal les finances du Québec, Mme Laurent croit que le gouvernement consacrera les sommes nécessaires pour redresser la barre. « Je vois mal le gouvernement dire à la population qu’on va laisser de côté les besoins des tout-petits, des jeunes et des familles les plus vulnérables. »