Acteur, professeur, tatoueur… C’est un nouveau visage qui s’est présenté devant les médias, à titre de porte-parole des Mohawks de Kahnawake, à quelques jets de pierre de la barricade dressée sur un chemin de fer du Canadien Pacifique. À la question d’une journaliste, Kanentokon Hemlock a annoncé que sa communauté avait décidé, lors d’une réunion tenue la veille au soir, de maintenir le blocus.

Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

Kanentokon Hemlock est un habitué des discours devant public. L’homme dans la mi-trentaine enseigne la culture, l’histoire et la langue mohawks aux élèves de la Kahnawake Survival School, établissement d’enseignement secondaire situé non loin de la sortie du pont Mercier.

Il n’en est pas à sa première expérience devant les caméras non plus. Il a interprété le rôle de quelques personnages du populaire jeu Assassin’s Creed III, en 2012, et on lui doit la voix de Hiawatha dans le jeu Civilization V, sorti en 2010. Il vient également de participer à la série documentaire Skindigenous, diffusée sur les chaînes APTN et PBS, qui se penche sur le travail de tatoueurs autochtones.

L’artiste de Kahnawake, chef traditionnel du clan de l’Ours, se concentre sur les tatouages issus de la tradition iroquoise. « Nos ancêtres en faisaient il y a longtemps. Lors de la colonisation, les traditions du tatouage sont devenues une sorte de tabou. La revitaliser [aujourd’hui], c’est presque comme décoloniser notre corps et notre esprit autour du tatouage, c’est une forme de liberté », explique-t-il dans le premier épisode de la deuxième saison du documentaire.

Pas d’entrevue accordée

Depuis que des barricades ont été dressées sur différents chemins de fer du pays, en réaction au projet de gazoduc Coastal GasLink en Colombie-Britannique, Kenneth Deer a toujours été celui qui s’est adressé aux médias, à Kahnawake. L’homme est connu du public : il a notamment fait partie du comité de négociation avec le gouvernement québécois pour dénouer la crise d’Oka, en 1990.

Mardi matin, c’est plutôt Kanentokon Kemlock qui a répondu aux questions concernant le blocus. Il a toutefois préféré ne pas participer à une entrevue en tête à tête avec une journaliste de La Presse d’ici à ce que « les choses se calment ». Il est resté nébuleux concernant les raisons qui l’ont conduit à devenir le porte-parole de la communauté mohawk.

« Les discussions se poursuivent au moment où l’on se parle, a-t-il indiqué à propos de l’entente intervenue entre Ottawa et les chefs héréditaires wet’suwet’en, dimanche dernier. Il n’y a pas d’échéancier, mais les gens sentent qu’il faut prendre une décision bientôt quant aux étapes à venir, c’est-à-dire rester sur le chemin de fer ou faire autre chose. »

Territoire ancestral

La communauté mohawk de Kahnawake étudie actuellement l’accord conclu durant la fin de semaine. Peu d’informations ont été dévoilées concernant cette entente, mais le territoire ancestral autochtone serait au cœur de celle-ci. Il ne serait pas question du projet de gazoduc Coastal GasLink.

Le blocus sur le chemin de fer, au sud du pont Mercier, est en place depuis le 10 février et empêche les trains de banlieue de circuler entre Candiac et Montréal. Les trains de marchandises du Canadien Pacifique ne peuvent pas y passer non plus.

L’entreprise ferroviaire a obtenu une injonction de la Cour supérieure, le 25 février dernier, afin que soient démantelées les barricades, mais l’ordre n’a pas été présenté aux Peacekeepers, le service de police local. L’injonction arrivera à échéance le jeudi 5 mars.