Qu’est-ce qui a pu se détraquer dans le système de défense antiaérienne iranien ? Pourquoi un avion civil a-t-il été pris pour cible par un missile ? Et pourquoi l’espace aérien civil n’a-t-il pas été fermé lorsque l’attaque militaire a été lancée ? L’écrasement du vol de la compagnie Ukraine International Airlines mercredi soulève plusieurs questions dont l’élucidation prendra encore beaucoup de temps.

Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

Comment fonctionne un système de défense antiaérienne ?

Il s’agit d’un ensemble d’équipements militaires au sol destiné à repérer et intercepter des attaques aériennes. Le système comprend notamment des missiles surface-air (qu’ils soient sol-air ou mer-air) montés sur des bases mobiles – comme un char d’assaut – qui peuvent être déployés rapidement pour protéger des cibles potentielles des attaques ennemies. En s’appuyant sur des radars ou une technologie infrarouge qui détecte les sources de chaleur dans le ciel, le lancement des missiles peut être effectué de manière automatique (par un programme informatique) ou manuelle (par un humain) lorsqu’il est mis en alerte.

Quel genre de missile a frappé le vol PS752 ?

Selon plusieurs experts, ce serait un missile SA-15 Gauntlet (aussi appelé TOR-M1), engin de conception russe, qui aurait été tiré par les Gardiens de la révolution islamique, l’armée idéologique iranienne. Il s’agit d’un missile de courte portée qui atteint une cible dans un rayon de 15 km.

Pourquoi le système de défense antiaérienne iranien était-il en alerte ?

Dans la nuit de mercredi, une vingtaine de missiles ont été lancés par l’Iran vers des bases américaines en Irak. Youri Cormier, directeur général de la Conférence des associations de défense à Ottawa, s’intéresse à une hypothèse avancée par plusieurs observateurs. « Lorsque l’Iran a attaqué des bases américaines en Irak, les autorités iraniennes ont averti au préalable les Irakiens et les Américains pour qu’il n’y ait pas de victimes. Le danger dans cette démarche, c’est qu’une fois que ses ennemis sont avertis, l’Iran est menacé de faire l’objet d’une attaque préventive. À ce moment, l’Iran a dû mettre ses systèmes de défense antiaérienne en alerte extrême parce que le pays risquait d’être attaqué. »

Pourquoi le système de défense antiaérienne s’en est-il pris à un avion civil ?

Les détecteurs à infrarouge des systèmes de défense ne feraient pas la différence entre un avion civil ou militaire « parce qu’ils cherchent un objet chaud dans le ciel », dit Youri Cormier. « Le missile SA-15 Gauntlet vole à basse altitude sur de courtes distances, soit 15 km de sa cible. On aurait dû savoir que des avions civils volaient dans le secteur. »

Pourquoi l’espace aérien civil n’a-t-il pas été fermé quand l’armée s’est mise à lancer des missiles ?

C’est la grande question… à laquelle il n’y a pas encore de réponse. « Pourquoi a-t-on averti les ennemis et pas l’aéroport ? », demande Youri Cormier. « Il faudra une enquête pour en avoir le cœur net. Nous sommes encore dans les conjectures, mais l’Iran aura évidemment d’importants comptes à rendre au Canada, à l’Ukraine et à la communauté internationale dans les prochaines semaines. »

Demi-tour pour un vol de Lufthansa

Un vol Lufthansa entre Francfort en Allemagne et Téhéran a fait demi-tour après une heure de vol jeudi, « par précaution » et pour des raisons de « sécurité » dans « l’espace aérien de l’aéroport » de la capitale iranienne, a annoncé la compagnie allemande. Le vol LH 600, parti jeudi en fin de journée, a fait demi-tour après environ une heure de vol, « par pure précaution », a indiqué à l’AFP un porte-parole de la compagnie aérienne. Cette annonce est intervenue peu après que le premier ministre Justin Trudeau eut affirmé que le Boeing 737 qui s’est écrasé mercredi près de Téhéran avait été abattu par un missile iranien, probablement par erreur. L’avion Lufthansa, un Airbus A330, est revenu à Francfort à la suite d’une nouvelle « évaluation de la situation en matière de sécurité dans l’espace aérien autour de l’aéroport de Téhéran », a précisé la compagnie. 

— D’après l’Agence France-Presse