La pénurie de prêtres catholiques a mené plusieurs diocèses québécois à permettre à des femmes de célébrer des funérailles ou la cérémonie du dimanche, voire celle du 24 décembre. Des baptêmes par des femmes sont aussi envisagés. Prochaine étape : le mariage.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Depuis 15 ans à Amqui

Depuis cinq ans, Gaétane Asselin a dirigé 200 célébrations de la parole du dimanche et célébré 268 cérémonies funéraires catholiques, dont une cinquantaine en église. « À Amqui, ça fait 15 ans que des laïcs, hommes et femmes, font la célébration de la parole du dimanche quand il n’y a pas de prêtre », explique l’agente de pastorale retraitée de 60 ans. « Le curé m’a demandé de faire aussi la formation pour les funérailles. C’est toujours touchant, surtout quand c’est quelqu’un que tu connais. » Ce n’est pas seulement une démarche pour pallier le manque de prêtres, mais aussi pour montrer la coresponsabilité des hommes et des femmes dans l’Église, explique Sabrina Di Matteo, responsable de la formation continue à la Conférence religieuse canadienne. « Ce sont déjà des femmes qui font le gros de la pastorale et de la formation aux sacrements dans les paroisses », dit Mme Di Matteo.

« Pas en avant »

Mme Asselin juge qu’il s’agit d’un pas en avant pour la reconnaissance du rôle des femmes par l’Église, mais estime que les progrès auraient pu être plus rapides. « J’aurais pensé voir l’ordination de diaconesses de mon vivant, mais je commence à désespérer », dit Mme Asselin. Les diacres sont des hommes mariés ordonnés qui peuvent administrer les mêmes sacrements que les prêtres.

Réactions négatives

Les réactions négatives sont rares, selon Mme Asselin. « Des fois, il y a des gens qui disent : “C’est plate, c’était mieux avant, quand c’était le curé qui faisait la messe.” Ou alors qui partent lors de la célébration familiale du 24 décembre quand ils voient que ce n’est pas un prêtre. »

Pas une messe

Techniquement, une célébration de la parole n’est pas une messe, parce qu’il n’y a pas de consécration du pain et du vin par le prêtre. Souvent, le prêtre consacre des hosties qui seront conservées pour les célébrations de la parole et pour la communion des malades. Mais dans le diocèse de Québec, une nouvelle directive prévoit qu’il n’y ait pas de distribution d’hosties en l’absence de prêtre. Mme Di Matteo estime que réserver la distribution des hosties aux offices où le prêtre peut les consacrer évite la « banalisation de l’eucharistie » et une « redécouverte de l’attente ». Pour peu qu’un prêtre puisse se rendre dans la paroisse assez régulièrement, au moins une fois par mois, par exemple. Ce type de célébration sans prêtre a même un acronyme, ADACE, pour « assemblée dominicale en attente de célébration eucharistique ».

La religieuse qui faisait des baptêmes

Sœur Michèle Tardif a célébré une dizaine de baptêmes dans le diocèse de Rimouski avant de prendre sa retraite à la maison mère des Sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire. Sœur Tardif a longtemps été missionnaire dans l’île du Tigre, sur la côte ouest du Honduras. « Il n’y avait pas souvent de prêtres, alors je faisais les baptêmes », dit-elle. Un tel arrangement est relativement courant en Amérique latine. Par exemple, des religieuses des Missionnaires de Jésus Verbe et Victime, une congrégation du Pérou, célèbrent des mariages et des cérémonies religieuses du dimanche dans les Andes. Sœur Tardif, elle, n’a jamais célébré de mariage.

PHOTO FOURNIE PAR LES MISSIONNAIRES DE JÉSUS VERBE ET VICTIME

Des religieuses des Missionnaires de Jésus Verbe et Victime célèbrent des mariages et des cérémonies religieuses du dimanche dans les Andes, notamment au Pérou.

Un mariage au Témiscamingue

Cindy Audet-Godin et David Mantha ont rencontré sœur Pierrette Thiffault à leur école secondaire, où elle était agente de pastorale. À l’âge adulte, ils ont eu des enfants, puis, il y a trois ans, ils ont eu envie de se marier. « C’était un rêve de jeune fille », dit Mme Audet-Godin. « Mais les prêtres changent souvent chez nous, alors on voulait quelqu’un qu’on connaissait bien, qui connaissait nos familles », ajoute M. Mantha. Les deux époux ont 34 ans et travaillent dans le secteur minier. L’évêque du diocèse a dû demander une permission spéciale à Rome, alléguant un manque de prêtres. « C’est un grand moment pour les femmes dans le diocèse », dit sœur Thibault, qui habite Moffet, à 45 minutes de route de Lorrainville, où les époux se sont mariés en 2017. La sœur de la Providence a aussi célébré des baptêmes au cours d’une carrière de plus d’un demi-siècle.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE

Mariage de Cindy Audet-Godin et David Mantha, célébré par sœur Pierrette Thiffault en 2017 à Lorrainville, au Témiscamingue

Permission de Rome

Pourquoi faut-il une permission de Rome pour un mariage par une religieuse, alors que pour un baptême, une autorisation de l’évêque suffit ? « À ma connaissance, il n’y a rien dans le droit canon à ce sujet, dit Sabrina Di Matteo. En théorie, le mariage est un sacrement où les célébrants sont les époux, et où le prêtre est témoin. Mais à un certain point, il faut se demander pourquoi les gens veulent se marier à l’église. Dans certains cas de préparation au mariage, je peux finir par suggérer au couple de se marier devant un lac, si l’aspect religieux n’est pas central. »

Les baptêmes, naissances et mariages en chiffres

79 080

Nombre de baptêmes au Québec en 1991

3900

Nombre de mariages catholiques au Québec en 2016

5100

Nombre de mariages religieux non catholiques au Québec en 2016

12 000

Nombre de mariages civils au Québec en 2016

30 394

Nombre de baptêmes au Québec en 2017

83 900

Nombre de naissances au Québec en 2017

Sources : Assemblée des évêques catholiques du Québec, Institut de la statistique du Québec, La Presse