(Ottawa) Une militante impliquée dans la dénonciation des abus commis par l’industrie minière trouve assez « inquiétant et troublant » que la GRC ait rédigé un profil d’elle de six pages, peu de temps après qu’elle se soit présentée à un débat des chefs lors de la campagne électorale de 2015.

Jim Bronskill
La Presse canadienne

Un analyste d’une unité de renseignement de la GRC a consulté des sources sur l’internet pour en savoir davantage sur Rachel Small. Il a rédigé un rapport détaillant son âge, son adresse, sa scolarité, son vocabulaire, ses expériences professionnelles et ses amis Facebook, selon des documents récemment publiés.

Cet analyste reconnaît n’avoir trouvé aucune indication démontrant que Mme Small, une organisatrice du groupe The Mining Injustice Solidarity Network (MISN), « était impliquée dans des activités criminelles ».

Mme Small n’était pas au courant que la GRC avait rédigé un dossier sur elle jusqu’à ce que La Presse canadienne lui en montre un exemplaire que celle-ci avait obtenu en août grâce à la Loi d’accès à l’information.

Les documents transmis par la GRC comprennent aussi des courriels. Ils donnent un aperçu de la façon dont le corps policier national a intégré la surveillance attentive des médias sociaux à son travail.

« Je trouve ça plutôt inquiétant et inquiétant à cause de la manière dont ils compilaient des informations sur ma vie, dénonce Mme Small. Je me demande ce qu’ils espéraient faire de cette information. Et pourquoi la GRC consacre-t-elle tant de temps et de ressources à la compilation d’informations sur les organisateurs et les militants communautaires de Toronto ? »

Selon elle, il est difficile de « ne pas avoir l’impression que sa vie privée a été envahie ».

La GRC n’a pas répondu aux questions de La Presse canadienne à ce sujet.

Les documents indiquent aussi que la GRC s’est intéressée à Mme Small lorsque celle-ci s’est présentée, en compagnie d’une collègue, au débat sur sujet de la politique étrangère organisé par l’Institut Munk lors de la campagne électorale de 2015.

Un courriel a été envoyé le lendemain au service de renseignement de la GRC. Il donnait l’identité de Mme Small et de sa collègue et leur date de naissance.

« Quand vous aurez le temps, rassemblez un profil avec des sources ouvertes, peut-on lire. Elles seraient liées au MISN. »

Comme il y avait une incertitude sur l’identité de la collègue de Mme Small, la GRC n’a pas compilé de dossier sur elle.

Le rapport du 1er octobre 2015 comprend des photos et des extraits provenant de messages diffusés sur les médiaux sociaux. Il a été préparé sous les auspices du Programme des renseignements criminels de la division de l’Ontario de la GRC.

Le dossier de Mme Small était destiné au programme V.I.P. de la section de sécurité de la division, celle qui protège les dignitaires nationaux et étrangers.

Le rapport mentionne que, sauf indication contraire, toutes les informations ont été obtenues par des sources ouvertes, c’est-à-dire accessibles à la population.

Mme Small est devenue plus méfiante après avoir appris qu’elle faisait l’objet d’une surveillance de la GTC. Elle craint elle-même que cela ne refroidisse l’ardent des militants du MISN.

« Cela effraie certaines personnes, souligne-t-elle. Nous voulons être un groupe ouvert et accueillant, qui soutienne tous ceux qui se préoccupent de l’industrie minière canadienne. »