« On échappe présentement plein d’enfants » qui ont besoin d’aide, regrette Marie-Claude Langlais, directrice du CPE Halte-Répit d’Hochelaga Maisonneuve.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Mme Langlais témoigne mardi après-midi à la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

Selon elle, les CPE représentent un filet de sécurité important. Encore faut-il cependant que les familles défavorisées y aient un accès prioritaire et qu’elles puissent être jointes.  

« J’ai reçu dernièrement une mise à jour du CLSC des enfants en attente d’une place-protocole dans Hochelaga-Maisonneuve : il y avait un seul enfant sur la liste ! C’est impossible ! Il faut que les centres de pédiatrie sociale ou les pédiatres qui constatent les besoins d’une famille puissent nous les référer. »

À l’heure actuelle, 5 % des places dans son CPE sont réservées à des enfants référés par le CLSC. Mme Langlais estime que 10 % des places devraient être réservées, et pas seulement pour des dossiers émanant du CLSC, mais aussi de pédiatres ou de centres d’hébergement pour femmes.

Mme Langlais a relevé que son CPE est « aux premières loges des besoins criants des parents ». « Nous agissons comme des premiers répondants. Pas besoin de rendez-vous, pas de délai d’attente, nous sommes là ! Par exemple, les familles nous consultent pour des besoins alimentaires ou vestimentaires, des problématiques de violence conjugale, des enjeux reliés au logement et autres. Dernièrement, une famille est venue nous consulter en panique : l’école demandait un manteau d’automne à son garçon, elle n’en avait pas, et gardait son argent pour acheter les bottes d’hiver ! »

Le lien avec la DPJ ? Mme Langlais a expliqué que des conditions de vie difficiles sont souvent à l’origine de signalements. « Dans la majorité de nos dossiers où les parents ont eu un signalement retenu à la DPJ, il est question du lieu d’habitation. »

Sabrina*, qui a témoigné aux côtés de Mme Langlais, a insisté sur l’importance du CPE Halte-Répit pour elle. Elle a pu y envoyer son enfant grâce à une infirmière du CLSC présente dans sa vie depuis cinq ans et qui est tout aussi précieuse.

Quand son fils avait deux mois, Sabrina a reçu un signalement à la DPJ qui avait entendu dire que l’enfant était mal nourri. « Pour moi, il s’agissait d’une simple évaluation, mais j’ai vite compris qu’il voulait rester plus longtemps dans mon dossier sans preuve de négligence et, en plus, il m’obligeait à suivre des ateliers. C’est l’intervention de mon infirmière qui a permis de fermer le dossier avec la DPJ en les rassurant sur le bien-être de mon garçon. »

Étant elle-même « une enfant de la DPJ » et ayant vécu plusieurs déménagements dans sa jeunesse, Sabrina ne voulait surtout pas cela pour son fils.

Elle a déploré que les services des CLSC soient si mal connus de familles dans le besoin. « On fait beaucoup d’annonces contre l’intimidation, mais on n’en voit pas pour les CLSC. »

Anne-Marie, mère de cinq enfants, dont trois ont des besoins particuliers, a aussi expliqué que le partenariat étroit entre le CPE et un intervenant pivot ont été déterminants pour elle.

À tous les deux mois, tous les intervenants se réunissaient au CPE, ce qui lui permettait « de ne pas avoir à courir d’un bord à l’autre ».

Les commissaires ont salué l’implication de ce CPE. Régine Laurent, la présidente, a félicité sa directrice, Mme Langlais, et elle a rappelé à quel point de tels services « sur mesure », qui sont proches de leur communauté, sont cruciaux.  

* Les noms de famille ne peuvent être divulgués pour respecter l’anonymat des enfants.