Que reste-t-il du voyage, une fois le reportage livré, la mission achevée ? Il reste des rencontres, des impressions, des sons, des odeurs, des images. C’est un peu tout ça que les globe-trotteurs Fabrice de Pierrebourg et Marc-André Pauzé ont rassemblé dans Regards croisés, compilation de récits, de dessins et d’aquarelles. Ils nous racontent leur démarche en quatre dessins.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

À bord de l’Amundsen

ILLUSTRATION FOURNIE PAR LES ÉDITIONS LA PRESSE

À l’origine de la collaboration entre le journaliste Fabrice de Pierrebourg — ancien reporter à La Presse, qu’on peut aujourd’hui entendre à la radio au 98,5 FM — et le dessinateur Marc-André Pauzé — infirmier, photographe et grand voyageur —, il y a ce très beau reportage dessiné que Pauzé a publié dans La Presse, en décembre 2017. À bord du brise-glace NGCC Amundsen, où il travaillait comme infirmier, Marc-André Pauzé a méticuleusement documenté le quotidien des scientifiques en expédition dans le Haut-Arctique. Fabrice de Pierrebourg avait été frappé par « la lenteur du récit, et parce que c’était à l’opposé de mes histoires » — les siennes se déroulant dans des contrées plus au sud. « C’est dans le plus pur esprit des carnets de voyage, dit-il. Et ça correspondait à ce que je voulais faire », soit un livre de journalisme, « mais un livre différent ».

La petite fille de Mossoul

ILLUSTRATION FOURNIE PAR LES ÉDITIONS LA PRESSE

Grand amateur de bédéreportages et de romans graphiques, Fabrice de Pierrebourg a donc joint Marc-André Pauzé pour lui demander de traduire ses récits en traits d’encre et d’aquarelle. En 30 ans de voyages, les deux hommes avaient chacun mis de côté des tonnes de notes, de croquis et de photos. Comme l’histoire de cette petite fille de Mossoul, en Irak, dessinée par Marc-André Pauzé d’après les souvenirs et photos du journaliste. « Je me demande toujours ce qu’elle est devenue, dit Fabrice de Pierrebourg. Ce n’est pas l’histoire la plus longue du livre, mais c’est celle qui m’a le plus marqué. » 

Instants disparus

ILLUSTRATION FOURNIE PAR LES ÉDITIONS LA PRESSE

En compilant leurs récits, les deux auteurs couvrent ainsi une bonne partie du globe — Arctique, Moyen-Orient, Haïti, Mali, Afghanistan, Russie… « Il y a des moments où on veut faire sourire, d’autres où on veut faire réfléchir, d’autres où on veut émouvoir, explique Fabrice de Pierrebourg. Dans certains cas, c’est aussi un hommage à la résilience, que ce soit dans les communautés autochtones ou au Moyen-Orient. On veut aussi faire découvrir des endroits où il n’est pas possible, ou plus possible d’aller. » Comme en Sibérie postsoviétique, que Fabrice de Pierrebourg a traversée sur route et sur rails. Ou, en 2008, au fin fond du territoire anishnabe, au Témiscamingue, où Marc-André Pauzé a rencontré Eva, qui lui a raconté une vie de souffrances. L’année suivante, la femme a été retrouvée morte au bord d’une rue. « Cette histoire m’habite depuis ce temps », confie le dessinateur, qui souhaite « toucher le cœur des lecteurs, pour ensuite toucher la tête. »

Dessine-moi une émotion

ILLUSTRATION FOURNIE PAR LES ÉDITIONS LA PRESSE

Marc-André Pauzé n’accompagnait donc pas Fabrice de Pierrebourg lorsque celui-ci a sillonné le Mali ou l’Afghanistan. Mais il a recréé en dessins les scènes que lui a décrites le journaliste. « Il me racontait ce qu’il avait ressenti et me fournissait des photos », explique-t-il. Le journaliste a délibérément laissé beaucoup de liberté au dessinateur, qui a pu user de son imagination pour composer l’allure des personnages, les couleurs. « Il n’y a rien d’inventé, précise le dessinateur. J’ai illustré ce que le journaliste a vu. Il y a une part d’interprétation, mais les faits sont là. » « Nos récits sont réels, renchérit Fabrice de Pierrebourg. Mais l’illustration permet à l’artiste de faire passer un rêve. Mais ça reste réel. »

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS LA PRESSE

Regards Croisés de l’arctique à l’Afghanistan, Fabrice de Pierrebourg et Marc-André Pauzé, Les Éditions La Presse