Il est 8 h 55, le 18 septembre. Une dizaine de voitures se garent un peu n’importe où dans le stationnement asphalté de l’école Springdale, à Dollard-des-Ormeaux. 

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Pendant les cinq minutes de « chaos » qui précédaient le son de la cloche, la directrice, Diane Martire, est intervenue auprès de cinq parents-automobilistes. « Vous ne pouvez pas laisser descendre votre enfant du côté gauche, c’est dangereux », lançait-elle en se déplaçant d’un pas vif vers les conducteurs. « Merci de demeurer dans votre voiture et de circuler, c’est un débarcadère. »

La semaine suivante, la situation a changé du tout au tout. La directrice avait elle-même repeint des lignes jaunes dans le stationnement pendant le week-end, pour rendre la zone de débarcadère plus claire. Et une douzaine de gamins vêtus de vestes jaune fluo, entraînés par la spécialiste de la sécurité routière du CAA-Québec Marie-Anne Pasiek, attendent derrière des cônes orange que les vagues de voitures déferlent.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Une « brigade-débarcadère » formée d’élèves de 6e année aide d’autres élèves à descendre des voitures de façon sécuritaire devant l’école Springdale, à Dollard-des-Ormeaux.

La toute nouvelle « brigade-débarcadère », composée d’une quinzaine d’élèves de 6e année, a pour mandat de faire descendre les enfants des voitures de façon sécuritaire, sans que les parents sortent de l’habitacle. La consigne est claire : les bisous ont été donnés à la maison, pour que les voitures circulent sans tarder. « C’est une amélioration gigantesque ! », constate Mme Martire, quand la cloche sonne enfin et que tous les enfants sont entrés dans l’école.

Populaires aux États-Unis, ces débarcadères, appelés « kiss and drop » en anglais, en sont à leurs balbutiements au Québec. CAA-Québec lancera aujourd’hui un projet pilote pour en mesurer l’efficacité, d’abord à l’école Springdale, dans l’Ouest-de-l’Île, puis à l’école Anne-Hébert, à Québec. « Le projet sera supervisé par un scientifique. On veut mesurer les bienfaits de façon sérieuse », explique Marco Harrisson, président de la Fondation du CAA-Québec. 

Nos sondages montrent que 70 % des élèves arrivent aujourd’hui à l’école par transport motorisé. C’est un phénomène d’époque, pancanadien. Il y a une forte circulation autour des écoles pendant une période très courte le matin, ce qui génère toutes sortes de comportements dangereux.

Marco Harrisson, président de la Fondation du CAA-Québec

6000 collisions en sept ans

Le bilan routier témoigne d’ailleurs d’un grand nombre d’incidents impliquant des véhicules autour des zones scolaires pendant les heures critiques des déplacements scolaires. Une compilation faite par La Presse avec la base de données de l’ensemble des accidents routiers rapportés à la SAAQ entre 2012 et 2018 fait état d’une moyenne de plus de six accidents chaque jour au Québec dans une « zone scolaire » (région immédiate d’un établissement scolaire, selon la définition du jeu de données de la SAAQ), toutes heures confondues.

En limitant notre analyse seulement aux mois et aux jours d’école, ainsi qu’aux heures auxquelles les enfants s’y rendent, cette moyenne tombe à un peu plus de deux accidents par jour à travers le Québec.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Trois véhicules ont été observés en train de faire un demi-tour illégal, jeudi dernier, après avoir déposé des enfants à l’école Saint-Arsène, sur l’avenue Christophe-Colomb. L’artère de quatre voies a une circulation parmi les plus denses de Montréal.

Entre 2012 et 2018, ce sont ainsi 6038 collisions (certains chercheurs préfèrent ce terme au mot « accident ») qui ont été rapportées en zone scolaire pendant ces heures délicates. Dans la vaste majorité des cas, les dégâts sont mineurs et provoquent des « dommages matériels inférieurs au seuil de rapportage », si bien que la Société de l’assurance automobile du Québec n’en tient pas compte dans ses propres bilans.

Mais ces collisions ont tout de même fait en tout 2 morts et 47 blessés graves entre 2012 et 2018. Les statistiques que nous avons compilées font aussi état de 1338 blessés légers, qui ont eu besoin d’au moins une visite chez le médecin, selon les critères de la base de données de la SAAQ.

Le scénario est très souvent le même lorsque l’accident survient tout près d’une école : il implique le véhicule d’un parent venu conduire un enfant.

C’est précisément ce qui s’est passé à l’école Saint-Barthélemy, à Montréal, en avril dernier. Tôt en matinée, une élève s’est retrouvée coincée entre deux voitures garées le long du débarcadère situé en face de l’école. L’enfant a dû être transportée à l’hôpital en ambulance, ont rapporté plusieurs parents rencontrés près de l’école. Elle s’en est tirée avec une blessure mineure. La Commission scolaire de Montréal n’a pas rappelé La Presse pour répondre à notre demande d’entrevue au sujet de cet événement.

Parents pressés

Lors d’une visite de La Presse sur place, plusieurs parents ont dénoncé le comportement dangereux des autres parents. En quelques minutes d’observation, nous avons pu y voir cinq voitures qui se sont garées en double dans la rue pour y déposer leur enfant dans les cinq minutes qui ont précédé l’entrée en classe. Dans certains cas, les enfants passent entre deux voitures pour gagner le trottoir. 

« La semaine passée, j’ai vu une mère stationnée en double qui a reculé sans regarder vers un enfant, raconte Valérie Juneau, mère d’une élève de l’école. Le père a hurlé, mais la dame n’a pas semblé troublée. C’est plein de gens qui conduisent mal. »

Le Syndicat des brigadiers du Québec fait le même constat.

Le chaos est souvent causé par les parents de ces enfants-là. On les voit, au volant, en train de parler au téléphone ou de se maquiller. Les parents sont juste trop pressés.

Manon Gosselin, présidente du Syndicat des brigadiers

« On n’a pas de statistiques qui compilent le nombre de fois où c’est “passé proche”. Si on en avait, ce serait un dossier très épais », ajoute la brigadière.

La chercheuse Marie-Soleil Cloutier, spécialiste de la sécurité des piétons à l’Institut national de recherche scientifique (INRS), cite deux études sur les interactions de trafic impliquant des enfants qui tendent à confirmer ce constat. « Pour l’une d’elles, moins de 10 % de toutes nos observations concernaient un conflit entre un enfant et un véhicule à proximité des écoles, alors qu’on a constaté 20 % de conflits pour les adultes et 30 % pour les aînés. » « Les enfants étaient quand même moins pires que les autres. Pourquoi ? Parce qu’à proximité des écoles, il y a des brigadiers, des saillies de trottoirs, des feux réservés aux piétons et une panoplie d’outils pour protéger les enfants », avance-t-elle.

Dans les zones de 50 km/h

En observant les statistiques de plus près, on constate par ailleurs que les collisions dans les zones limitées à 50 km/h près d’établissements scolaires sont près de deux fois plus nombreuses que celles où la limite est de 30 km/h (voir tableaux au prochain onglet), et ce, même si la limite de 30 km/h est généralement la norme à proximité immédiate des établissements scolaires.

À Montréal, la présence de ces limites de 50 km/h près de nombreuses écoles est un des sujets de plainte les plus fréquents auxquels l’administration municipale est confrontée. Faute d’une distance suffisante, les policiers ont de la difficulté à faire des opérations de radar dans les tronçons très courts de 30 km/h qui sont collés aux écoles, reconnaît le responsable du Transport au comité exécutif, Éric Alan Caldwell.

« C’est clair qu’on veut réduire la vitesse autour des écoles et que ramener les limites à 30 km/h partout réglerait une bonne partie du problème, dit-il. Mais on veut aussi éviter de provoquer un débordement d’artères vers les rues locales, parce que ça provoquerait des enjeux de sécurité », ajoute l’élu.

Aménagements permanents, la solution

Tout comme l’administration Plante et Marie-Soleil Cloutier, le Dr Patrick Morency, spécialiste des questions de transport à la Direction de la santé publique, est de ceux qui croient que la solution passe plutôt par une multitude d’aménagements physiques permanents implantés sur les rues pour protéger les élèves. 

Quand on a de bonnes structures aux bons endroits, ça protège tout le monde 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, chaque fois que quelqu’un traverse. Quand l’aménagement est mal fait, on a tendance à regarder le comportement des gens autour, plutôt que la cause du conflit. On fait du victim blaming et on fait porter la faute sur les épaules des usagers.

Le Dr Patrick Morency, spécialiste des questions de transport à la Direction de la santé publique

Depuis 2018, la Ville de Montréal a implanté de tels aménagements permanents. Les temps de traversées des piétons ont été allongés à plus de 350 intersections. Des feux pour piétons à décompte numérique ont été ajoutés à 157 intersections. Des signaux sonores ont été ajoutés ou normalisés à 19 intersections. Des feux cyclistes ont été ajoutés à 7 intersections et enfin 27,9 km de nouveaux aménagements cyclables ont été réalisés.

Le Dr Morency se montre par ailleurs ailleurs assez tiède face aux initiatives comme celle de l’école Springdale et du CAA-Québec : « Ça fait reposer la sécurité sur du bénévolat et sur les enfants. Je ne dis pas que c’est une mauvaise mesure. Mais ce n’est pas suffisant. »

Mais d’ici à ce que les municipalités modifient de fond en comble l’aménagement urbain près des écoles, la brigade-débarcadère est peut-être une des solutions les plus faciles à mettre en place. « Quand on a commencé à recruter les élèves de 6e pour le projet, ils ont presque tous voulu embarquer », se réjouit la directrice de l’école Springdale. « Les élèves en tirent une belle leçon de leadership et d’implication dans leur collectivité », souligne Mme Martire.

Zones à risque

Les chiffres ne mentent pas. Avec plus de 6000 accidents survenus en zone scolaire de 2012 à 2018 pendant les heures de déplacement des élèves, on commence à avoir un bon portrait des facteurs de risque. Voici quelques constats tirés de la banque de données de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), que nous avons fait commenter par Marie-Soleil Cloutier, directrice du Laboratoire Piétons et espaces urbains, de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Faible amélioration d’une année à l’autre

Marie-Soleil Cloutier n’aime pas beaucoup le terme « accident » lorsqu’elle analyse nos tableaux tirés du jeu de données de la SAAQ. Elle lui préfère le terme « collision », qui est privilégié en science. La définition de « zone scolaire », définie comme une « région immédiate d’un établissement d’enseignement », laisse à ses yeux aussi beaucoup de marge aux policiers. N’empêche, ce qu’elle y voit l’inquiète : « Le bilan par année démontre qu’il y a peu d’amélioration, voire de la stagnation dans les chiffres annuels. […] On n’en fait visiblement pas encore assez pour protéger TOUS les usagers de la route », dit-elle.

Un effet sur la perception du risque

Avec 18 % des collisions qui provoquent des blessures légères ne « nécessitant pas l’hospitalisation ni la mise en observation de la personne », Mme Cloutier craint que cette situation n’ait « un effet sur l’imaginaire des habitants du quartier, sur leur perception du risque, voire leur peur pour eux et pour leurs enfants (et leurs aînés) ». L’effet peut alors être double : « ils vont diminuer le transport actif dans la zone (ce qui est une mauvaise nouvelle) ou ils vont se mobiliser pour faire changer le réseau routier (ce qui est une bonne nouvelle parfois !). Bien que je salue les citoyens qui se mobilisent, je préférerais qu’on le fasse avant qu’il y ait des blessés ! »

Zones de 50 km/h encore sur la sellette

« Qu’une grande majorité des collisions recensées soient sur des routes à 50 km/h me désole, lance Mme Cloutier. Cela suggère qu’on fait beaucoup aux abords des écoles, c’est-à-dire dans la rue limitrophe, mais les rues non loin de là demeurent à plus de 30 km/h. Les “zones scolaires” comme elles sont indiquées dans ces rapports de la SAAQ ne sont donc pas en adéquation avec les meilleures pratiques », estime la chercheuse.

Surreprésentation des piétons et cyclistes blessés

On note que « 53 % des collisions en zone scolaire avec un piéton blessé et 43 % avec un cycliste blessé se sont produites pendant les heures d’école. « Même si ce n’est pas nécessairement des enfants, ce sont des proportions très importantes, cela réitère le besoin d’aménager pour les plus vulnérables, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas d’habitacle de protection en métal pour se déplacer dans le réseau routier », commente Marie-Soleil Cloutier.

Difficile retour à la maison

Le segment du retour à la maison, de 15 h à 18 h, représente 58 % de toutes les collisions. « Le trafic du retour à la maison qui s’étale sur une plus longue période que le matin est peut-être une piste d’explication, ainsi que le manque de visibilité, notamment l’automne. L’action à entreprendre, c’est d’adapter l’environnement routier pour que tous soient visibles, et non de demander aux piétons et cyclistes de porter des vêtements clairs. »

Beaucoup d’accidents en dehors des périodes scolaires

L’analyse des données démontre que 64 % des collisions en zone scolaire se sont produites en dehors des périodes de déplacement des élèves. « Cela implique que c’était des heures SANS brigadier, et SANS cet “effet protecteur du nombre” que nous avons observé lorsque les enfants marchent en groupe vers l’école. Cela plaide en faveur d’aménagements physiques protecteurs, notamment pour réduire la vitesse : ils font leur travail 24 heures sur 24, sept jours sur sept et 365 jours par année (ou presque s’ils sont saisonniers…). »

Accidents avec camion

Pas moins de 31 % des collisions en zone scolaire avec un camion se sont produites pendant les heures de déplacement des élèves. « Les camions n’ont pas la même visibilité ni la même distance de freinage, il serait à voir géographiquement si ces camions avaient le droit d’être dans ces zones scolaires (étude à faire !), mais dans tous les cas, c’est préoccupant, même si on ne peut pas supposer que ces collisions impliquaient toujours un enfant… La présence de camions peut influencer la perception du risque des parents (avec raison !) et ainsi avoir des répercussions sur les décisions de transport actif. »

Méthodologie : Nous avons téléchargé sur le site de la SAAQ les fichiers de l’ensemble des rapports d’accidents de la route survenus au Québec entre 2012 et 2018, ce qui représente 1,03 million d’accidents. De ce nombre, nous n’avons conservé que ceux survenus dans une « région immédiate d’un établissement d’enseignement », selon la classification de la SAAQ, ce qui donne un total de 16 719 accidents en zone scolaire. Nous avons ensuite isolé tous ceux qui se sont produits pendant les mois et les jours d’école, entre 7 h et 8 h 59 et entre 15 h et 17 h 59. Total : 6038 accidents.

Une « touche d’humiliation » pour discipliner les parents en Australie

À l’autre bout de la planète, une école australienne de la Nouvelle-Galles du Sud a eu l’idée, il y a 12 ans, de créer une brigade semblable à celle de CAA-Québec pour discipliner les automobilistes. Mais ses créateurs ont ajouté un petit ingrédient pour la rendre, selon eux, plus efficace : une « touche d’humiliation » pour les parents.

Vêtus d’un dossard jaune fluo et d’un petit chapeau bleu, les jeunes safety rangers de l’école Balgowlah Heights n’aident pas leurs pairs à descendre des véhicules de leurs parents. Ils ont plutôt pour consigne de noter tous les comportements délinquants des conducteurs qui circulent dans la zone scolaire et s’arrêtent au débarcadère.

PHOTO FOURNIE PAR DENISE PAINE

Les jeunes « safety rangers » de l’école Balgowlah Heights en action

Munis d’un carnet et d’une liste de contrôle, ils restent derrière une clôture sur le terrain de l’école, d’où ils colligent l’information, sous la supervision d’un enseignant. Les enfants discutent ensuite entre eux des pires cas lors d’un « forum » organisé régulièrement par l’école. Puis la direction publie un bêtisier des pires comportements dans un courriel acheminé aux parents.

Il y a une touche d’humiliation pour les parents là-dedans, mais tout est anonyme. Nous ne prenons pas les numéros de plaque d’immatriculation ou les noms des conducteurs, et nous ne conservons aucune archive.

Mike Paine, un des créateurs de la brigade

« Ce n’est que de l’observation scientifique, mais on voit que ça agit sur les comportements. C’est beaucoup plus puissant qu’une personne qui vous envoie une insulte pour votre comportement », ajoute Denise Paine (sa conjointe), qui était directrice de l’école lors de la création de la brigade.

« Les parents se sentent moins agressés quand ça vient de leurs propres enfants », estime-t-elle.

Le concept a depuis fait boule de neige dans quelques écoles de la région. Selon M. et Mme Paine, le succès d’une telle brigade dépend beaucoup de sa mise sur pied. « Ça demande énormément d’énergie au démarrage, c’est beaucoup de tracas administratifs, dit-elle. Mais nous, nous l’avons vu comme un hobby. »

En auto sur la piste cyclable… devant trois agents

À chaque rentrée scolaire, divers corps de police rappellent aux parents qui déposent leurs enfants à l’école en voiture qu’ils doivent faire preuve de prudence. Pendant ce temps, d’autres parents militent pour faire abaisser les limites de vitesse, aménager des débarcadères ou simplement repeindre les passages piétonniers. Les parents sont-ils à la fois le problème et la solution ?

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Un véhicule qui empiète sur la piste cyclable devant l'école Saint-Gilles à Laval. Les parents cherchent souvent à déposer leurs enfants le plus près possible de la porte d’entrée de l’école, faisant fi des règles du Code de la sécurité routière.

Le véhicule utilitaire sport est arrivé à bonne allure, juste avant que la cloche du matin ne sonne. Le conducteur est passé devant une voiture de police garée bien en vue sur le terrain de l’école, puis a quitté la voie pour rouler pendant quelques mètres sur la piste cyclable, où il s’est immobilisé… devant trois policiers de Laval en uniforme.

« C’est un bel exemple », a dit l’agente Marie-Claude Ritchie avant de s’avancer vers la voiture pour rappeler au conducteur ce qui semble être une évidence : on ne roule pas en voiture sur une piste cyclable, même si c’est pour déposer ses enfants à l’école. Le père a eu de la chance, puisque ce matin-là, l’heure était à la prévention et non aux contraventions.

La policière connaît bien ce « syndrome » qui touche de nombreux parents et dont la principale manifestation consiste à laisser leurs enfants le plus près possible de la porte d’entrée de l’école, en faisant fi des règles du Code de la sécurité routière.

Si les parents pouvaient, ils débarqueraient les enfants à l’intérieur de l’école.

Marie-Claude Ritchie, agente d’intervention communautaire

Lors d’une seule intervention l’an dernier, elle a intercepté une dizaine d’automobilistes qui roulaient sur la piste cyclable.

La directrice de l’école Saint-Gilles en voit aussi des vertes et des pas mûres – par exemple, des parents qui klaxonnent parce que d’autres respectent le panneau d’arrêt d’un autobus scolaire. « Les parents sont pressés, dit Louise Gauthier. On doit s’assurer qu’ils respectent les zones de débarcadère et les zones interdites. »

Justement, une automobiliste s’immobilise en plein milieu de la rue pour laisser son fils près de l’entrée, même si, pour s’y rendre, il doit d’abord traverser la piste cyclable et risquer de se faire happer par un vélo. La directrice interpelle la mère.

« Il est en 6e année, votre fils ? L’an prochain, il s’en va en secondaire 1, vous ne pourrez pas toujours le laisser devant la porte », dit Louise Gauthier. Elle lui recommande de le déposer un peu plus loin, au coin de la rue, mais la mère insiste. Elle ne veut pas laisser son fils traverser la rue seul.

Initiatives parentales

Quelques jours après la rentrée, des parents membres du conseil d’établissement de cette école se sont réunis un matin aux abords de l’établissement pour rappeler les règles élémentaires de sécurité routière. Par hasard, la police de Laval avait choisi la même journée pour faire de la prévention sur le thème « Débarque-moi au bon endroit ! ».

« Quand le message vient d’un parent, ça passe mieux, croit Frédéric Fortier, président du conseil d’établissement de l’école Saint-Gilles, qui compte 800 élèves. Il montre sur une carte les endroits où des changements ont été apportés au cours des dernières années : ici un débarcadère a été aménagé, là des bollards ont été ajoutés.

De plus en plus de parents prennent les choses en main pour sécuriser les abords des écoles que fréquentent leurs enfants. Si ces initiatives passent parfois par les conseils d’établissement, il s’agit aussi parfois d’initiatives individuelles.

Récemment installé dans le quartier Saint-Michel, Jérôme Arowas a pris sur lui d’appeler deux fois à la Ville de Montréal pour signaler que les passages piétonniers étaient inexistants près de l’école Léonard-De Vinci, que fréquente sa fille.

Il y a eu des travaux cet été qui n’en finissent plus et qui font des dégâts partout. Ils ont accidenté tout l’asphalte autour de l’école et il n’y a plus aucun passage piéton. La première journée de classe, j’ai eu une réaction épidermique.

Jérôme Arowas, père d’une élève de l’école Léonard-de-Vinci

M. Arowas trouve également que les voitures roulent trop vite.

Chez Piétons Québec, une organisation qui défend les intérêts des piétons, on reçoit souvent des appels de parents qui déplorent que la sécurité près des écoles ne soit pas assurée.

« Paradoxalement, il arrive que les policiers font une intervention pour mesurer la vitesse des automobilistes et que c’est compatible avec la vitesse autorisée. Ce qui ne veut pas dire que c’est sécuritaire et confortable. Il faut écouter les parents : ce n’est pas normal de voir des voitures rouler à 50 km/h près d’une école », dit Jeanne Robin, porte-parole de l’organisme.

Même si sa fille pouvait marcher seule pour se rendre à l’école, Jérôme Arowas dit qu’il continuera de l’accompagner tant qu’il aura l’impression qu’elle n’est pas en sécurité. « Tant que ce n’est pas réglé, je vais faire partie de ces parents qui regardent leur enfant partir pour voir si tout va bien », dit-il en riant.