Urine sur les murs de son restaurant. Oiseau mort devant la porte. Fenêtres brisées. À la suite de gestes de vandalisme répétés, Sophia Banks, une femme trans, a décidé de mettre la clé dans la porte de la Cantine vegan, à Val-David.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

En février dernier, Mme Banks et sa conjointe ont décidé de s’installer dans les Laurentides et d’y ouvrir un restaurant vegan. Pendant les premiers mois, le restaurant servait des repas de type cabane à sucre exempt de produit d’origine animale. Le restaurant a pris une pause à la fin du mois d’avril afin d’effectuer des travaux de rénovation, puis il a rouvert en café, au mois de juin.

C’est là que les problèmes du couple queer ont commencé. « Au début, on pensait que c’était juste des adolescents du village qui cherchaient une manière de se désennuyer. Mais dès la deuxième semaine, on s’est fait défoncer et voler… c’était comme ça chaque semaine ou deux semaines », explique Mme Banks, en entrevue téléphonique.

Pendant ses premiers mois, la Cantine vegan s’est retrouvée dans quelques médias comme Vice pour souligner que les employés y étaient payés 25 $ l’heure et qu’il s’agissait d’un restaurant sans pourboire. Pendant les différentes entrevues, Sophia Banks n’a pas crié sur les toits son changement de sexe, mais elle ne l’a pas caché non plus, dit-elle.

PHOTO FOURNIE PAR SOPHIA BANKS

Sophia Banks

« Je ne sais pas quelles étaient les motivations des vandales. Est-ce qu’on a été visées parce qu’on a un café vegan, parce que je suis trans, parce que je suis anglophone ou c’est une combinaison de tout ça ? », se questionne Mme Banks.

Signes religieux et Twitter

Au mois d’août, les attaques ont atteint un nouveau sommet quand Mme Banks a publié un message critiquant la loi sur la laïcité (loi 21) sur son compte personnel, sur Twitter. Selon elle, des groupes de la droite alternative se sont mis à publier des critiques négatives de son restaurant sur Facebook et sur Google.

Avec les bouteilles de vitre fracassées contre son établissement, les poubelles renversées, la terrasse vandalisée et les critiques négatives en ligne, Mme Banks et sa conjointe ont arrêté de se sentir en sécurité. Elles ont décidé de fermer le restaurant. Dans deux semaines, elles déménageront en Colombie-Britannique, visiblement amères de leur expérience au Québec.

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

La terrasse de la Cantine vegan

« Je suis arrivée à un point où chaque matin, je souffrais d’anxiété et d’attaque de panique à l’idée qu’une fenêtre soit encore cassée. »

Le couple n’a pas porté plainte à la police. Il dit ne pas faire confiance aux forces de l’ordre pour faire cesser les actes de vandalisme.

Kathy Poulin, la mairesse de Val-David, a quant à elle rencontré Sophia Banks quelques jours avant qu’elle ne prenne la décision de fermer la Cantine vegan. « Je lui ai précisé qu’il était nécessaire de faire un rapport à la police pour pouvoir entamer une enquête officielle. La police, c’est l’organisme officiel pour traiter ce genre de situation », explique Mme Poulin.

La mairesse du village de 5000 âmes doute que les actes de vandalisme aient été faits par l’un des citoyens. Elle affirme que Val-David est une municipalité ouverte et tolérante.

« Ce que je déplore, c’est qu’on en soit rendu là en tant que société. Que des gens craignent pour leur vie parce qu’ils expriment leurs opinons, c’est inacceptable. »