Un nouveau pas vient d’être franchi vers la création d’un pôle aéronautique de classe mondiale à Mirabel – un « mini-Toulouse » – alors que le gouvernement fédéral se dit prêt à rétrocéder les terrains industriels jouxtant l’aéroport, dont il est propriétaire.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

L’ouverture d’Ottawa à se départir de ces quelque 30 millions de pieds carrés de terrain situés « à l’intérieur des clôtures » a été récemment communiquée par le ministre des Transports, Marc Garneau, au maire de la municipalité, Jean Bouchard, dans une lettre qu’a obtenue La Presse.

« Je suis très ouvert à tout projet qui viserait à soutenir le développement économique de la région et de ses communautés », écrit le ministre dans cette missive, où il confirme qu’Aéroports de Montréal (ADM) travaille à une proposition.

La société a annoncé publiquement en mai 2018 qu’elle avait conclu une entente avec la Ville de Mirabel en vue de lui céder ces terrains qui sont détenus par le gouvernement du Canada depuis l’expropriation de 1969, et qui lui sont louées jusqu’en 2072.

Une fois qu’ADM aura soumis une proposition pour démontrer que ces terrains situés plus loin des pistes ne sont pas nécessaires à ses besoins opérationnels, Transports Canada fera une évaluation de leur valeur marchande et une évaluation environnementale.

Simultanément, les fonctionnaires continueront à appuyer les discussions entre la municipalité de Mirabel, les acteurs de développement économique local, ADM et les Premières Nations.

Extrait de la lettre du ministre Garneau

Au bout du fil, le maire Jean Bouchard dissimule mal son enthousiasme. « C’est très positif. Ça fait deux ans que nous travaillons avec ADM pour faire en sorte que le fédéral soit plus ouvert quant à la revente des terrains », note-t-il.

S’il convient que cette intention fédérale lui est annoncée à une ou deux semaines du déclenchement du scrutin, le premier magistrat reste persuadé que « Mirabel est voué à un avenir prometteur », et a « bon espoir qu’on va régler le dossier » une fois pour toutes.

« Les astres sont alignés pour qu’on fasse grandir ce pôle, qu’on présente comme un mini-Toulouse depuis la présence d’Airbus. Au salon de l’aéronautique du Bourget, on n’arrêtait pas de parler de cet avenir pour Mirabel », s’enthousiasme M. Bouchard.

La sous-location, un frein

En vertu du bail signé avec le fédéral, qui arrivera à échéance en 2072, ADM a le mandat d’attirer des industries sur le site – chose qui s’avère difficile dans le contexte d’une sous-location, expose Martin Massé, vice-président aux affaires publiques chez ADM.

« C’est beaucoup moins intéressant pour une entreprise d’investir dans un édifice sur un terrain qui ne lui appartient pas, un édifice qu’elle devra remettre à la fin du bail. Celles qui sont prêtes à accepter sont celles qui ont besoin des pistes », dit-il.

Les terrains en question étant situés plus loin des pistes d’atterrissage, ADM n’est « pas en mesure » de les « développer dans un horizon prévisible », et chez ADM, « on a intérêt aussi à ce qu’il y ait de l’activité économique au coin de la 15 et de la 50 », note M. Massé.

Il restera à déterminer quelle forme prendrait une rétrocession volontaire. En mai 2018, le maire Bouchard signalait que la municipalité ne pourrait pas payer les terrains à leur valeur marchande, qui est d’environ 500 millions.

« On est ouvert à toute possibilité. Mais si la Ville de Mirabel ne peut les acquérir, le fédéral pourrait à tout le moins être ouvert à vendre ces terrains-là. Ce sont des terrains en friche qui sont vacants depuis au-dessus de 45 ans », avance-t-il aujourd’hui.

D’autant que des terrains à vocation industrielle dans la couronne nord de Montréal, « il n’en reste quasiment plus ». Mettre la main sur ceux-ci ferait « facilement » tripler le nombre d’emplois (il y en a 6000 à l’heure actuelle), prédit le maire Bouchard.

Sans vouloir se lancer dans les prédictions, le maire formule le souhait que le processus de rétrocession soit bouclé d’ici cinq ans. Entre-temps, il accueillera le ministre Garneau dans un hangar de l’aéroport de Mirabel, pour une annonce d’investissement, demain.

L’aéroport de Mirabel au fil du temps

Mars 1969
Le gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau annonce l’expropriation de 97 000 acres de terrains pour la construction de l’aéroport de Mirabel, qu’il souhaite voir devenir une plaque tournante du trafic aérien.

Novembre 2004
Un dernier avion de passagers décolle de l’aéroport de Mirabel, qui avait été inauguré en 1975. Les vols internationaux avaient été transférés en 1997 à celui de Dorval – renommé depuis aéroport Pierre-Elliott-Trudeau.

Décembre 2006
Le gouvernement conservateur de Stephen Harper annonce la rétrocession de 11 000 acres de terrains expropriés autour de l’aéroport.

Avril 2019
Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, admet que le gouvernement fédéral a commis « une grosse erreur il y a 50 ans » et relance le processus de rétrocession des terrains situés à l’extérieur du périmètre de l’aéroport.

Août 2019
Le ministre Garneau annonce au maire de Mirabel et à Aéroports de Montréal son intention de travailler à la rétrocession des terrains situés à l’intérieur du périmètre clôturé, à vocation industrielle.