Avec la pénurie de cannabis qui se résorbe et l’ouverture imminente de nouvelles succursales, le patron de la Société québécoise du cannabis (SQDC) se dit « tout à fait optimiste » et prévoit qu’il arrivera à verser 20 millions de dividendes au gouvernement du Québec d’ici un an.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

« À l’équilibre après six mois d’existence »

Pour l’exercice qui vient de se conclure — qui ne comptait que six mois d’exploitation du marché légal —, la SQDC a enregistré des ventes de 71 millions. Elle rapporte néanmoins un déficit de 4,9 millions, qui s’explique « essentiellement par des coûts de démarrage non récurrents », affirme le PDG de la société d’État, Jean-François Bergeron. « Si on exclut ces frais de démarrage, on est déjà en équilibre, après à peine six mois. » La société d’État s’attend donc à verser un dividende de 20 millions au gouvernement à la fin de mars 2020, auquel s’ajouteront environ 60 millions en taxes de vente et en taxe d’accise sur ses produits. « C’est 80 millions qui vont retourner au gouvernement », dit M. Bergeron. Avec seulement une vingtaine d’employés à son siège social, Jean-François Bergeron estime avoir mis sur pied une société d’État particulièrement efficace. « Essayez de trouver un autre siège social d’une société d’État qui a aussi peu d’employés », lance-t-il. 

Briser le « mythe » des prix élevés

Devant composer avec la prolifération de sites web illégaux qui lui font concurrence, la SQDC veut briser le « mythe » selon lequel son cannabis est plus cher que celui du marché noir. « Cette perception n’est pas basée sur des faits », lance M. Bergeron. Plusieurs sites internet illégaux vendent par exemple le format de 3,5 g de la variété Blue Dream entre 28 et 35 $, frais de livraison non compris, alors que la SQDC le vend en succursale 26,40 $, toutes taxes comprises. « Le marché noir ne paie pas de taxes, n’a pas de licences ni d’avantages sociaux à payer à ses employés. Pourtant, mes prix sont parfois plus bas, parfois plus hauts, mais on n’est pas dans le champ. Et j’offre des produits contrôlés, avec un sceau de sécurité, des contenants résistants aux enfants, souligne le PDG, alors qu’eux ont des produits qui sont produits avec du butane ou qui poussent dans des fonds de cave, avec des champignons. » Beaucoup d’acheteurs réguliers reprochent à la SQDC de ne pas offrir de « rabais-volume » pour l’achat à l’once (28 g), mais la société d’État s’y refuse catégoriquement. « Ça irait à l’encontre de notre mission, parce que ça équivaut à encourager la surconsommation, dit-il. Je n’irai pas là. »

En phase de « sélection » des produits comestibles

Le 17 octobre prochain, le gouvernement fédéral autorisera la vente de produits comestibles de cannabis, dont des chocolats et boissons au THC, ainsi que des résines concentrées. La direction de la SQDC est déjà en « phase de sélection » des produits qu’elle entend offrir. Les employés en ont même goûté certains, qui ne contenaient aucun THC, assure cependant M. Bergeron. « C’est impressionnant, ils sont bons », lance-t-il. Il s’attend à une forte popularité des résines de cannabis vendues sous forme de vape pens, ces vapoteuses jetables qui peuvent contenir l’équivalent de 30 g de cannabis par dispositif. « Ces dispositifs sont problématiques dans le marché du tabac. C’est sûr que le ministère de la Santé et des Services sociaux surveille ça de près. N’empêche, l’absence de combustion limite les risques pour la santé, et c’est un moyen de consommation extrêmement efficace. Contrairement à un joint qui brûle, avec le vape pen, les gens prennent une poffe et ça s’arrête. » 

Mieux s’adresser à la clientèle

La SQDC est aussi en train de travailler avec le ministère de la Santé et des Services sociaux pour « améliorer le script » que les conseillers sont autorisés à utiliser auprès de leurs clients. À l’heure actuelle, il leur est interdit de décrire les effets des produits, mais M. Bergeron reconnaît qu’une certaine proximité peut s’installer entre les clients réguliers et les agents. « Il y a un besoin et un appétit de la part des clients pour qu’on aille plus loin dans ce qu’on peut dire, et une volonté des conseillers d’être formés », explique-t-il. Les clients veulent notamment plus d’informations au sujet des terpènes, les molécules de saveur qui composent le cannabis, mais qui pourraient aussi être responsables d’une variété d’effets différents dont la science sait très peu de choses. 

Bientôt du « outdoor »

La SQDC annonce avoir signé un contrat d’approvisionnement avec deux fournisseurs autorisés à faire pousser du cannabis à l’extérieur plutôt qu’en serres intérieures. Beaucoup moins chers à faire pousser, ces plants pourraient avoir un effet important sur les prix. « Je pense que les producteurs sont déjà inquiets, ou du moins curieux de l’impact qu’il va y avoir », dit Jean-François Bergeron. Selon lui, bien que leurs inventaires soient encore insuffisants, les producteurs risquent déjà de se retrouver en « surcapacité de production dans un an ou deux ». « On estime que le marché québécois représente 150 tonnes. Certains de mes producteurs ont des capacités de 50 ou 100 tonnes. Ça en prendrait juste quatre pour m’alimenter », souligne M. Bergeron… alors qu’il y aura bientôt 200 producteurs licenciés au pays.