(Québec et Montréal) Les villes du Québec devront présenter un « plan d’action » pour réduire la présence de plomb dans l’eau, a annoncé le gouvernement Legault, mercredi. Mais il ne leur fixe aucun échéancier et il ne prévoit aucune somme supplémentaire pour mettre à niveau leur réseau de distribution.  

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Trois ministres et le Directeur national de santé publique, Horacio Arruda, ont annoncé que le Québec se conformera aux nouvelles normes de Santé Canada sur le plomb. Le gouvernement va également imposer une nouvelle méthode d’échantillonnage pour répondre aux exigences fédérales.  

L’annonce survient après plusieurs reportages qui révélaient des concentrations en plomb élevées dans les écoles, dans les garderies et dans des résidences privées.  

Les municipalités devront déterminer les secteurs où les résidences et les immeubles sont les plus susceptibles d’être raccordés au réseau d’aqueduc avec des pièces en plomb. Il s’agit, en gros, des maisons construites avant les années 1980, et surtout entre 1940 et 1955.  

À Montréal, ce serait environ 17 000 résidences, selon une évaluation sommaire de la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest. Mais le gouvernement dit ne pas connaître le portrait dans l’ensemble de la province.   

Mme  Laforest n’imposera pas d’échéancier aux municipalités pour mener leur examen. Elle souhaite que l’exercice soit terminé « le plus tôt possible ».   

Après avoir identifié les secteurs à risque, les municipalités devront prendre les moyens de corriger la situation.  

Qui paiera pour remplacer les raccords en plomb des résidences privées ? Il est trop tôt pour le savoir, a répondu la ministre Laforest.  

Québec met déjà des sommes importantes – près de 6 milliards – à la disposition des municipalités pour la mise à jour des infrastructures. Pour l’heure, il n’est pas question de bonifier cette enveloppe.  

Le Dr Arruda a affirmé que l’eau qui coule dans les robinets des Québécois est « de bonne qualité » et « sécuritaire ».  

« Actuellement, l’eau au Québec est d’excellente qualité. Il n’y a pas de danger pour la population », a dit mercredi le premier ministre François Legault.  

« Depuis 40 ans, on a réduit de 70 % le plomb dans l’eau, a-t-il ensuite rappelé. Ça veut dire qu’on s’est amélioré, mais il faut continuer à s’améliorer. » 

Suivi réclamé

L’annonce de Québec rend « très, très, très heureuse » Christiane Pelchat, la présidente et directrice générale du Réseau-Environnement, le plus grand regroupement de professionnels et d’expert en environnement, notamment dans le domaine de l’eau, de la province.

« Enfin on va le régler [le problème du plomb] », a-t-elle déclaré dans un entretien avec La Presse, en marge du 42e symposium sur la gestion de l’eau de son organisation, qui se tient à Montréal jusqu’à aujourd’hui.

Le Réseau-Environnement avait justement profité de l’occasion, la veille, pour recommander au gouvernement de suivre la norme de concentration maximale de plomb acceptable dans l’eau de Santé Canada de 5 microgrammes par litre (µg/L) et de mettre en place un plan d’action pour réduire l’exposition au plomb.

« Ils répondent pas mal aux demandes qu’on a exprimées », constate Madame Pelchat, qui insiste cependant sur l’importance de mettre en place un mécanisme de suivi du plan d’action.

« Ce qui est important pour nous, c’est la transparence et l’information publique », martèle-t-elle, expliquant que « les gens se sentent insécurisés » lorsqu’ils sont maintenus dans l’ignorance.

Le manque de transparence actuel empêche d’ailleurs le Réseau-Environnement d’identifier les municipalités qui se sont davantage attaquées au problème.

Christiane Pelchat insiste également sur la nécessité de procéder à un échantillonnage exhaustif dans le secteur public : « Ce qui est le plus important, le plus rapidement possible, c’est de tester tout de suite [pour déterminer] où est-ce qu’il y a un problème. »

– Avec Hugo Pilon-Larose, La Presse