Confrontés à des morts spectaculaires de leurs abeilles, les apiculteurs québécois ont lancé un véritable signal d’alarme, ce matin, lors de la commission parlementaire qui se penche sur les impacts des pesticides sur l’environnement et la santé publique. Ils demandent à Québec d’encadrer l’usage de tous les pesticides qui nuisent aux insectes pollinisateurs, nécessaires pour produire 40 % de notre assiette.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

« Si les apiculteurs après tant d’années de pertes décident qu’ils sont tannés et qu’ils arrêtent. Dans trois ans, il n’y a plus une abeille mellifère sur le territoire du Québec. Elles ne seront pas capables de survivre. Elles ont besoin de leur humain, de leur apiculteur. Et qu’est-ce qui arrive au système agricole québécois ? Il s’effondre », a expliqué Julie Fontaine, l’une des représentantes des Apiculteurs et apicultrices du Québec à la sortie de son témoignage.

C’est pourquoi le syndicat qui représente les 402 producteurs québécois qui possèdent plus de six ruches demande à Québec d’ajouter tous les insecticides dits de synthèse dans la liste des pesticides qui doivent faire l’objet d’une autorisation d’un agronome. À l’heure actuelle, seulement cinq molécules doivent se soumettre à cette restriction, dont les fameux néonicotinoïdes, ces pesticides « tueurs d’abeilles ».

Les pesticides de synthèse sont absorbés puis transportés à travers la plante. Ils diffèrent des pesticides « de contact » qui sont appliqués sur la surface des plantes par arrosage.

« Notre demande elle est très simple, on demande la réduction rapide et très importante de l’utilisation des pesticides parce que du poison, ça reste du poison », a déclaré Raphaël Vacher, premier vice-président des Apiculteurs et apicultrices du Québec, lors de son témoignage.

Morts inquiétantes

M. Vacher a raconté qu’en moyenne, ses confrères perdent chaque année environ 25 % de leurs ruches. De 20 000 à 80 000 abeilles peuvent y vivre.

Mais certaines années ont été beaucoup plus catastrophiques. L’an dernier, par exemple, M. Vacher a perdu 640 ruches sur 1500. « Mais l’année dont je me souviens le plus, c’est 2015 : 80 % de pertes. Sur 1000 ruches en 2014, il m’en restait 200. Je vous dirais que j’ai mal filé, j’ai mal dormi, je me suis posé la question, est-ce que je continue ? Je me suis retroussé les manches et j’ai dit, on continue », a-t-il témoigné.

Selon les Apiculteurs du Québec, environ le tiers des pertes de ruches seraient directement attribuables aux insecticides.

« Je me suis fait un petit plaisir de calculer toutes les ruches que j’ai perdues depuis mon démarrage en 2006. Si on calcule le prix d’achat d’une ruche au printemps qui est 350 $, j’ai assumé environ 1 million de dollars de pertes. Ça, c’est seulement l’actif que j’ai perdu. Ça ne compte pas la perte de revenus et ça ne compte pas non plus les dépenses supplémentaires que j’ai dû faire pour acheter des abeilles », a déploré M. Vacher. « Ce que je vis, l’ensemble des apiculteurs de la planète le vivent aussi. »

Dans un pays comme Cuba, où l’industrie agrochimique a été très peu présente en raison de l’embargo, les pertes seraient seulement de l’ordre de 10 %.

La commission reprend à 15 h 30 cet après-midi. Le lanceur d’alerte Louis Robert sera entendu à 21 h.