Gaïa et Aube Matte se cherchaient un petit boulot pour l’été. Elles s’en sont créé un de toutes pièces : exploratrice sur le Saint-Laurent.

Tristan Péloquin  Tristan Péloquin 
La Presse

À bord du Jamia, élégante goélette construite en 1936 qui a appareillé de Québec la semaine dernière, les deux adolescentes voyagent de port en port jusqu’aux îles de la Madeleine, dans le but de faire un documentaire sur la vie des jeunes qui vivent le long du Saint-Laurent. 

À chaque arrêt, les deux élèves de Sainte-Justine-de-Newton, en Montérégie, comptent interviewer leurs pairs pour découvrir ce qui les préoccupe. « On s’est rendu compte qu’on ne connaissait pas bien le Québec. On a trouvé que c’était une façon originale de le découvrir tout en le faisant découvrir aux autres », dit Aube, 16 ans, qui amorcera sa cinquième secondaire l’automne prochain. 

Sa sœur, Gaïa, qui étudiera en cinéma au cégep de Saint-Laurent en septembre, veut réaliser et monter plusieurs capsules documentaires qui seront diffusées sur les réseaux sociaux.

On veut faire un portrait des gens qui habitent ces endroits-là. On veut découvrir les lieux qui les inspirent, les sujets qui les préoccupent.

Gaïa Matte

Lancé sur le site de sociofinancement La Ruche Québec, le projet a récolté en 60 jours 8076 $ de financement (sur un objectif de 8000 $). « Ça couvre les dépenses et les frais de marina, mais c’est aussi notre job d’été. » Le projet s’appelle AquaVan, clin d’œil à un tour du Mexique qu’elles ont fait plus jeunes avec leurs parents à bord d’une « minivan » Westfalia. « On rêvait toutes les deux de repartir longtemps dans un véhicule qu’on peut habiter », explique Gaïa. 

Au cours des derniers jours, leur itinéraire les a menées à Cap-à-l’Aigle (près de La Malbaie), Tadoussac, Rimouski et Rivière-au-Renard. Le voyage se poursuivra jusqu’à L’Étang-du-Nord, aux Îles-de-la-Madeleine.

Une goélette restaurée avec grand soin

Chaque arrêt risque d’être remarqué des riverains. Le Jamia, l’une des dernières goélettes à voiles à naviguer le Saint-Laurent, a été restauré avec grand soin par ses propriétaires, Stéphanie Bleau et Jean-Patrick Laflamme. Après l’avoir rachetée d’un couple de New-Yorkais en 2007, ils ont mis dix ans à retaper la goélette pendant les week-ends, avec un soin infini du détail, un amour des méthodes anciennes et l’aide précieuse d’un ami ébéniste.

PHOTO TRISTAN PÉLOQUIN, LA PRESSE

Le Jamia

Le couple s’est rendu dans les chantiers maritimes de la Nouvelle-Angleterre pour y apprendre les techniques ancestrales de construction de bateaux en bois. Les mâts d’origine de la goélette de 46 pieds, en épicéa, ont ainsi pu être sauvés grâce au savoir préservé par les chantiers américains. 

« C’est un drame qu’on ait pratiquement perdu ce savoir-faire historique au Québec », lâche Stéphanie Bleau, qui travaille comme coordonnatrice des projets nordiques pour le consortium de recherche sur les changements climatiques Ouranos. L’environnement sera d’ailleurs inévitablement l’un des thèmes centraux du voyage, « parce que c’est un des sujets qui intéressent le plus les gens de notre âge », dit Aube. 

Les deux filles ont promis qu’elles participeraient aux manœuvres, mais elles veulent surtout se concentrer sur leurs capsules documentaires et montrer la vie à bord du voilier avec des photos. « Tout le monde trouve notre projet tripant. On a même eu un gars qui nous a écrit de la Suisse pour nous offrir de dessiner notre logo », dit Gaïa.

« On est toutes les deux très excitées de partir, a admis Aube la semaine dernière. J’ai juste un peu peur que les gens soient mal à l’aise quand on va faire nos entrevues. » Le trac normal d’un premier boulot d’été, quoi.