Qui dit fin d'année dit palmarès de l'année qui s'étiole. Pour saluer 2013, j'ai pensé constituer six palmarès avec l'apport des réseaux de six personnes qui orbitent dans la galaxie de mes médias sociaux.

Mis à jour le 31 déc. 2013
Patrick Lagacé LA PRESSE

Onze jurés pour six catégories, donc, pour faire cette rétrospective (forcément) aussi incomplète que subjective. L'idée, en demandant à ces 11 personnes actives sur les médias sociaux, était tout simplement de mettre un robinet sur l'intelligence collective du web.

J'ai choisi ces 11 personnes parce qu'elles font partie de ces étoiles, grandes et petites, de mon espace social virtuel. Je ne suis pas toujours d'accord avec elles, leurs observations me font parfois sourire ou pester, mais elles me font toujours réfléchir.

Pendant quelques jours, le jury a donc consulté Twitter - et un peu Facebook - pour déterminer une liste de finalistes. Une fois les suggestions les plus populaires (et, parfois, les plus ludiques) compilées, j'ai fait un tri totalement arbitraire pour le vote final des 11 jurés, qui n'a eu lieu qu'après une virile discussion par courriel.

Voici donc le fruit de notre travail.

Rendez-vous, peut-être, dans un an...

***

Les catégories

Citation de l'année

Personne de l'année

Vidéo virale de l'année

Expression à ne plus utiliser en 2014

Le zéro de l'année

J'ai eu beaucoup de sympathie pour...

Les membres du jury

Annick Mongeau (@Annick_Mongeau) > Spécialiste des communications et des affaires publiques dans le secteur de la santé, au sein d'Annick Mongeau, gestion d'enjeux-affaires publiques. Administratrice de sociétés certifiée, elle s'intéresse particulièrement à la gouvernance et à la gestion du risque à la réputation

Jean-Sébastien Poupart (@jspoupart) > Illustrateur, observateur, amateur (quelque peu obsédé, c'est vrai) de politique, surtout américaine. Aime bien prendre de front les plus grossiers personnages réactionnaires et mal informés de la droite américaine. Aussi, la vie, le sport, les sciences, l'histoire. Tout, quoi!

Léa Clermont-Dion (@LaClermont) > Co-instigatrice de la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée. Ancienne membre du Conseil du statut de la femme, elle est une militante féministe engagée. Elle est assistante à la réalisation sur des projets de Stéphane Laporte et blogueuse pour Châtelaine. Au printemps, elle publiera son premier essai portant sur le culte des apparences, La revanche des moches.

Dan Delmar (@delmarhasissues) > Passionné par les communications, Dan Delmar est un nerd de l'actualité qui compte une décennie d'expérience dans les journaux, la radio, la télé et le web. Il est cofondateur de Provocateur Communications, une firme de relations publiques. On peut le lire dans le National Post et l'entendre à CJAD, où il anime The Exchange et Today's Entrepreneur.

Aurélie Lanctôt (@aurelolancti) > Aurélie Lanctôt est étudiante en droit à l'Université McGill et blogueuse pour le journal Voir.

Jean-Nicolas Gagné (@JeanNicGagne) > Directeur de la programmation au 91,9 Radio X Montréal et collaborateur au réseau Radio X. Auparavant, il était responsable des communications du chef de l'Action démocratique du Québec Mario Dumont, de 2002 à 2009, et plus récemment producteur au contenu à V télé et à TVA. Il est aussi, et surtout, le papa de jeunes jumelles.

Benoît Melançon (@benoitmelancon) > Professeur, chercheur, éditeur, auteur, blogueur, administrateur universitaire, bibliographe. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard. Son blogue s'intitule L'oreille tendue. Prochain livre: Petit lexique illustré à l'usage de l'amateur de notre beau sport national (février 2014). Lauréat du prix Georges-Émile-Lapalme en 2012.

Karima Brikh (@KarimaBrikh) > Animatrice et productrice au contenu de l'émission d'affaires publiques Mise à jour Montréal, à MATV. Anciennement journaliste et chef d'antenne à TQS, elle a aussi collaboré à l'émission La voix à TVA et à la radio de Radio-Canada à C'est bien meilleur le matin. Récemment, on a pu la lire dans Le Devoir, la revue Argument et le magazine Inspiro.

Véronique Robert (@VeroRobert) > Avocate, blogueuse et chargée de cours à l'Université Laval.

Martin Forgues (@mforgues) > Journaliste indépendant au parcours atypique. On a pu l'entendre à la radio de Radio-Canada et sur les ondes de CIBL 101,5FM, où il tient une chronique sur l'actualité internationale. Il est l'auteur d'un premier essai sur la guerre d'Afghanistan qui sera publié chez VLB et prépare actuellement un documentaire traitant de cette nouvelle génération d'anciens combattants.

Samuel Archibald (@ArvidaMan) > Professeur au département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal, Samuel Archibald est l'auteur de l'essai Le sel de la terre (2013), sur la classe moyenne, et du recueil de nouvelles Arvida, Prix des libraires 2012 et Prix coup de coeur Renaud-Bray en 2012.

LA CITATION DE L'ANNÉE

1. «Un chum, c't'un chum»

- Bernard Trépanier, ancien collecteur de fonds d'Union Montréal, à la commission Charbonneau (21 points)

ANNICK MONGEAU: «À elle seule, cette expression décrit les magouilles, les stratagèmes et le coeur de la grande opération de vol de fonds publics... laquelle a été menée par une ribambelle de mononcles.»

2. «Probably in one of my drunken stupors»

Citation complète : «Have I tried it? Probably in one of my drunken stupors, probably approximately about a year ago.» («L'ai-je essayé? Probablement alors que j'étais saoul mort, il y a environ un an.»)

- Rob Ford, maire de Toronto, avouant finalement avoir consommé du crack (16 points).

AURÉLIE LANCTÖT: «Probably in one of my drunken stupors», c'est le nouveau «sauf une fois au chalet», mais en mieux.

3. «Je ne confirmerais pas non plus que je ne pourrais l'exclure»

- L'ex-numéro deux déchu de la Ville de Montréal, Frank Zampino, témoignant devant la commission Charbonneau à propos de sa présence à un mariage. (9 points)

Benoît Melançon, catastrophé par cette tournure de phrase: «C'est à des gens qui parlent comme ça qu'on demande de nous administrer. Il y a de quoi s'inquiéter.»

SAMUEL ARCHIBALD: «Parce que si la commission Charbonneau n'accouche que d'une souris, elle aura quand même permis la réussite d'une quadruple négation et l'énonciation de la manière la plus tarabiscotée jamais conçue pour dire: «Je ne sais pas.»»

L'EXPRESSION À PROSCRIRE

1. YOLO

L'acronyme de «You only live once», on ne vit qu'une fois, est employé à toutes les sauces, de façon ironique ou pas, sur les interwebs et ailleurs. (17 points)

AURÉLIE LANCTÔT: «On va se le dire: le principe voulant qu'il faudrait vivre sa vie suivant une série de coups de tête et d'intuitions "lumineuses", c'est un leurre. Message à tous mes comparses de la génération Y: votre impulsivité n'est pas votre plus grande qualité. Devenez travaillants, à la place, voir.»

SAMUEL ARCHIBALD: «Parce que c'est le carpe diem des cons.»

Benoît Melançon, lui, n'est pas d'accord: «YOLO comme expression de 2013? Non. C'est telllllllllllllllement 2012!»

2. Urbain

Urbain, comme dans un spa urbain, un boulevard urbain: urbain en tant qu'adjectif est devenu omniprésent... Même en banlieue. (13 points)

Annick Mongeau: «On n'en peut plus. Un boulevard est nécessairement urbain. Un projet dans une ville est de facto urbain. Cet adjectif est snob et inutile. On cherche à qualifier quoi au juste... et par rapport à quoi?»

BENOÎT MELANÇON: «Le mot qui, sans conteste, a pris le plus d'expansion cette année (jusqu'à Terrebonne, t""*k!).»

3. Ostentatoire

Ostentatoire, comme dans «signes religieux ostentatoires», que souhaite bannir le Parti québécois en de nombreux endroits, est devenu l'adjectif le plus populaire de 2013 au Québec. Et le plus honni des membres de notre jury. (12 points)

VÉRONIQUE ROBERT: «Parce que ça rime avec attentatoire. Et qu'il n'y a rien d'attentatoire dans le voile coloré de ma pharmacienne, et que je ne veux plus jamais que mes étudiantes se fassent traiter comme des idiotes.»

LA VIDÉO DE L'ANNÉE

1. La vidéo fantôme de Rob Ford

La vidéo de l'année, pour les membres du jury, n'a été visionnée que par une poignée de personnes. Il s'agit de la vidéo fantôme où l'on peut apercevoir le maire de Toronto fumant du crack. (26 points)

SAMUEL ARCHIBALD: «Parce qu'en cette époque où on en voit souvent plus qu'on voudrait en voir, je trouve ça sympathique que la vidéo qui a le plus fait jaser d'elle soit une vidéo fantôme.»

2. L'odyssée musicale de Chris Hadfield

La reprise de Space Oddity de David Bowie par l'astronaute canadien Chris Hadfield, à bord de la Station spatiale internationale, a été visionné par quelque 20 millions de personnes sur YouTube. (12 points)

JEAN-SÉBASTIEN POUPART: «Comment ne pas nommer la vidéo du commandant Chris Hadfield, disant au revoir à l'espace en jouant de la guitare sur Space Oddity de Bowie.»

LÉA CLERMONT-DION: «Dans une ère de morosité, de cynisme et de déception, rien de mieux qu'un astronaute, un héros des temps modernes, qui nous donne la possibilité de rêver, nous, quidams bien installés dans notre salon. C'est aussi ça, la beauté du 2.0, nous faire imaginer les choses les plus intangibles: chanter Space Oddity dans l'espace. Surréaliste? Oui, mais sky is the limit.»

3. Le twerk de Miley Cyrus

La jeune chanteuse américaine Miley Cyrus, lors d'un gala télévisé, a pulvérisé son image de vedette pour enfants de jadis en se livrant à du twerking - lascif secouage de popotin - en petite tenue, sur l'air de la chanson Blurred Lines. (9 points)

JEAN-NICOLAS GAGNÉ: «Billy Ray Cyrus. Je suis peut-être vieux jeu, je comprends peut-être pas les jeunes d'aujourd'hui, mon opinion est peut-être biaisée parce que j'ai deux filles. Mais si une de mes filles dansait comme Miley Cyrus a dansé lors des VMA, j'aurais été le père le plus gêné de l'Amérique du Nord (incluant le Groenland).»

J'AI EU DE LA SYMPATHIE POUR...

1. Les Québécoises portant un hijab

Le hijab est devenu une cible à effacer pour certains citoyens pro-Charte particulièrement virulents. (18 points)

AURÉLIE LANCTÔT: «Toutes celles qui portent un hijab dans le Québec de cette fin de 2013, et qui sont victimes du racisme ordinaire que le gouvernement, avec sa Charte patentée, est en train de légitimer. Sauf qu'en fait, je pense qu'il ne faut pas tellement se sentir mal tant qu'il faille exprimer notre solidarité. Dénuée de tout paternalisme.»

LÉA CLERMONT-DION: «Je reviens d'un séjour dans un pays où les tensions identitaires sont incomparables à ici, la France. La France observe une montée des extrêmes, du racisme et d'un déchirement intérieur. Situation économique oblige. Le Québec allait bien, plus maintenant. Je me sens mal pour celles qui sont aujourd'hui l'objet de menaces, de jugements et d'ostracisme. Ma société me fait un peu honte à coups de «christ de folles» lancés avec la plus grande des maladresses.»

2. Geneviève Sabourin et sa romance unidirectionnelle

Geneviève Sabourin, stalkeuse québécoise, a développé une obsession malsaine et très publique pour l'acteur américain Alec Baldwin. Obsession qui l'a fait atterrir dans une prison new-yorkaise.

(12 points)

KARIMA BRIKH: «Abonnée malheureuse aux «troisièmes rôles», la femme de 40 ans a vécu son premier grand rôle dans une téléréalité malsaine où sa descente aux enfers était l'intrigue et où la livraison en pâture au cirque médiatique était le dénouement.»

3. Les zéros collatéraux

Une pensée pour les proches de certains zéros de l'actualité, comme les conjointes de Rob Ford ou du maire déchu Alexandre Duplessis, de Laval, plombé par une histoire de prostituées et de penchant pour la lingerie féminine. (10 points)

ANNICK MONGEAU: «Parce qu'elles ont subi l'humiliation publique. D'un seul coup, elles perdent tout et la vie bascule.»

LE ZÉRO DE 2013

1. Ed Burkhardt

Le président de la société ferroviaire Montreal, Maine&Atlantic, dont un convoi fantôme chargé de pétrole a explosé au centre-ville de Lac-Mégantic, en juillet. Par ses explications vaseuses et son insensibilité devant le désastre, il a été le «favori» du jury pour ce titre peu enviable. (23 points)

MARTIN FORGUES: «Il est devenu cette année le symbole de la déresponsabilisation des entreprises face aux désastres provoqués par la négligence permise par une déréglementation rampante. Il symbolise aussi l'échec de l'autorégulation vantée par tant de ménestrels de la liberté économique sans fin.»

VÉRONIQUE ROBERT: «Parce qu'il a même laissé son conducteur crouler seul sous la honte et le chagrin. Parce qu'il a eu l'ignominie de répondre aux citoyens de Lac-Mégantic en anglais. Parce qu'il n'a pas fait preuve de l'ombre d'un germe de compassion.»

2. Rob Ford

Le maire de Toronto, pour l'ensemble de son oeuvre. (17 points)

Benoît Melançon: «On se demandera après le scandale dont il est la vedette pourquoi la classe politique a si mauvaise réputation! À un bout du spectre, il y a Colette Roy-Laroche; à l'autre, il y a Rob Ford (mal engueulé, vulgaire, pitoyable, etc.). Une honte.»

KARIMA BRIKH: «La meilleure téléréalité n'est jamais celle qu'on attend!»

3. Michael Applebaum

L'éphémère maire intérimaire de Montréal, démissionnaire après son arrestation pour corruption par l'Unité permanente anticorruption. (9 points)

JEAN-SÉBASTIEN POUPART: «Difficile de trouver quelqu'un de plus nono que Michael Applebaum. Bras droit du maire Tremblay, il devait pourtant savoir qu'il se ferait pincer, mais a joué les dés, pour avoir un 15 minutes de gloire en étant maire de Montréal. Pas fort.»

*Mention spéciale au blogueur Gab Roy. KARIMA BRIKH : «Pour avoir révélé au grand jour les méandres de ce «Far Web». Un peu comme en humour, il semble qu'il faille aller toujours plus loin dans le trash sur le web pour que cela ait un écho... à l'extérieur du web!»

LA PERSONNE DE L'ANNÉE 2013

1. Colette Roy-Laroche

La mairesse de Lac-Mégantic, admirable de sang-froid et de dignité dans le drame qui a ébranlé sa ville, est le choix du jury. (23 points)

LÉA CLERMONT-DION: «Une des rares femmes politiques qui soit capable de nous faire pleurer de joie: pour sa force, son intégrité et son courage. Il y a donc de l'espoir.»

AURÉLIE LANCTÔT: «Cette femme, bien franchement, redonne (un peu) foi en l'institution municipale... qui en a sérieusement pris pour son rhume dans les derniers mois.»

JEAN-NICOLAS GAGNÉ a tenu à marquer sa dissidence par rapport à ce choix: «Je peine à comprendre votre emballement unanime pour Colette Roy-Laroche. Je comprends qu'elle est empathique et qu'elle a géré une catastrophe du mieux qu'elle pouvait, mais c'est ce qu'on attend d'un maire en temps de crise. C'est l'inverse qui aurait été sujet à être dénoncé.»

2. Edward Snowden

L'ancien employé d'une société privée sous-traitante de la National Security Agency, devenu dénonciateur des abus du renseignement américain, en fuite en Russie. Ses révélations ont provoqué des crises diplomatiques (on a appris que les États-Unis espionnent des chefs de gouvernements amis) et des angoisses personnelles (les États-Unis savent tout de ce que vous faites sur l'internet - tout).

(22 points)

MARTIN FORGUES: «Alors que se poursuit l'avancée fulgurante des technologies de l'information et des communications, la notion de vie privée s'érode au même rythme, et les milieux du renseignement la subordonnent de plus en plus à des enjeux de sécurité. Ce sont les lanceurs d'alertes comme Snowden, des gens qui ont tout à perdre, qui nous rappellent l'existence de ce monde occulte dont les acteurs possèdent souvent leur propre agenda.»

JEAN-SÉBASTIEN POUPART: «Il a laissé aller sa liberté pour informer la planète.»

3. Ken Perreira

Le syndicaliste autrefois affilié à la FTQ. On savait déjà que ses révélations à l'émission Enquête avaient lancé un grand nombre d'enquêtes journalistiques. On l'a vu en chair et os, témoignant cette année à la commission Charbonneau avec un courage et un aplomb à couper le souffle. (5 points)

JEAN-NICOLAS GAGNÉ: «Le gars a payé cher sa décision de dénoncer les dépenses abusives de Jocelyn Dupuis. Il a été menacé, il s'est exilé et ses révélations ont fait trembler la toute-puissante FTQ. J'étais tellement convaincu que ce que Ken Perreira faisait était courageux, voire téméraire, que je n'avais pas cru son histoire de "déboulage" d'escalier... Et je n'étais pas le seul.»