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«Tout ce que je veux, c'est vivre ici.»

C'est un après-midi glacial, au coeur de l'hiver montréalais.

Autour de la table de cuisine, Edma, 49 ans, est assise en face de sa fille Rachel, 24 ans. À côté d'elles, Daniel, 30 ans, copain de Rachel. Il tient dans ses bras leur deuxième enfant, une petite fille de quelques mois.

Le bébé et son aînée de 3 ans sont les seuls membres de la famille à être officiellement canadiens.

Rachel est arrivée au Canada il y a sept ans avec sa mère, son père et son frère. La famille, propriétaire de terrains au Mexique, a quitté le pays en catastrophe, chassée par la pègre locale.

«Ma cousine et moi avons été séquestrées. J'ai été violée», dit Rachel, sans s'émouvoir. Son viol est le point d'orgue d'une série de violences dont la famille a été victime.

Terrorisée, la famille fuit vers le Canada, où elle demande l'asile - qu'on lui refuse.

C'est un combat au long cours. Rachel et son frère finissent le cégep, s'intègrent, parlent couramment français. Pendant ce temps, les parents travaillent. Tous leurs recours pour rester au Canada échouent.

Pendant ce temps, Rachel rencontre Daniel.

Mexicain lui aussi, Daniel espérait trouver refuge au Canada. Il a fui le Mexique après avoir dénoncé des malfaiteurs.

«Ils me cherchent toujours, ils suivent mon père», dit-il.

Daniel n'envisage pas de remettre les pieds au Mexique. Il s'est donc résigné à la clandestinité lui aussi, il y a deux ans.

Il travaille 7 jours sur 7, 12 heures par jour, pour une agence de placement. Ses ménages dans des hôtels et des complexes de bureaux lui rapportent 3000$ par mois, soit moins de 9$ l'heure.

«Je vis ici comme tout le monde», dit-il pourtant.

Chaque nuit, il va d'un emploi à l'autre, au volant de sa voiture, sans permis valide.

«Oui, j'ai peur de me faire arrêter, mais je n'ai pas le choix», dit-il.

Parmi ses collègues, beaucoup d'immigrés. Certains en situation légale, d'autres non. Entre eux, tous prétendent gagner 15,75$ l'heure.

«Personne ne veut dire qu'il travaille au noir pour 10$ l'heure», dit Daniel.

Avec son salaire, Daniel fait vivre toute sa famille.

Edma a laissé sa santé dans son combat avec les autorités canadiennes. Les traits creusés, elle essaie d'intervenir dans la conversation, entre Rachel et Daniel. Son français est hésitant et, quand les sanglots sont trop difficiles à contenir, elle laisse sortir l'espagnol dans une longue plainte.

«Comment pourrais-je retourner au Mexique? Qu'est-ce que je peux faire? La vie illégale est dure, mais qu'est-ce que j'ai, comme choix?», se tourmente-t-elle.

Edma est malade. Elle doit prendre des médicaments, mais elle ne pourra plus se les offrir maintenant qu'elle est sans statut.

Elle se désole mais espère un revirement de situation.

«Le Canada, c'est un pays qui aide le monde...»

La famille change de logement tous les six mois, paie toutes ses dépenses en espèces et reste toujours sur le qui-vive, car elle craint à tout moment d'être arrêtée.

Les solutions que les membres de la famille envisagent pour régulariser sa situation sont encore très floues. Daniel a reçu des offres pour faire un mariage blanc contre 15 000$, explique-t-il en grimaçant. Cette piste le laisse dubitatif.

Après ses 12 heures de travail, le matin, Daniel pousse la porte de son appartement, la peur au ventre. Il craint toujours de retrouver sa maison vidée de ses occupants par les agents d'Immigration Canada.

L'avenir? Daniel ne l'envisage même pas.

«Moi, je vis le présent. Tout ce que je veux, c'est vivre ici.»

*Le prénom a été modifié.




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