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Le rêve européen de l'Asie

Richard Dupaul

Si la croissance et le poids économiques de la Chine impressionnent, on n'a encore rien vu. Un nouveau dragon asiatique, beaucoup plus gros, s'en vient.

Réunies il y a quelques jours en Thaïlande, les principales puissances de l'Asie ont débattu de divers projets visant à créer une union économique, tous inspirés de l'Union européenne. Ces discussions ont eu peu d'échos chez nous malgré leur importance. Aussi, elles méritent qu'on s'y attarde un peu.

Les 10 pays de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est), rejoints par la Chine, la Corée, l'Inde et deux «outsiders» - l'Australie et la Nouvelle-Zélande - n'ont pas accouché d'un accord global formel, mais de quelques ententes régionales.

Or, les participants ont convenu d'une position commune sur un point majeur: la nécessité d'unir leurs forces, ce qui risque de déstabiliser l'équilibre entre l'Occident et l'Orient.

Janvier 2010

De tout ce qui a été proposé lors de ce sommet, le projet le plus concret est celui de l'Asean (Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Vietnam). Ses membres ont conclu un accord de libre-échange, qui éliminera les tarifs sur la plupart des échanges commerciaux dès le 1er janvier. La Chine, qui ne rate pas une occasion d'étendre son influence dans la région, sera aussi de la partie et fournira même du financement, alors que la Corée du Sud et le Japon devraient aussi se joindre au groupe plus tard.

À elle seule, la zone de libre-échange Asean-Chine comptera 1,9 milliard de personnes et constituera la troisième zone commerciale du monde. Qui plus est, les membres de l'Asean ont amorcé une étude sur la possibilité d'adopter une monnaie commune dès 2015, espérant ainsi répéter les succès de l'euro sur le Vieux Continent.

Toutefois, les autres partenaires invités à ce sommet historique, dont le Japon, la Corée du Sud, l'Inde, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, ont soumis des propositions encore plus ambitieuses.

Ainsi, on a soumis des études de faisabilité sur la création une immense zone de libre-échange pour toute la région asiatique. Une telle alliance regrouperait 16 pays, 3,1 milliards d'habitants et le tiers du poids économique mondial.

Le premier ministre japonais, Yukio Hatoyama, voit encore plus loin. Il a même proposé la création éventuelle d'une véritable union économique, incluant une monnaie unique pour toute la région.

Certes, on dira que ce rêve sera difficile à concrétiser en raison des disparités politiques, économiques et culturelles dans ce coin du monde. Pourtant, l'ensemble des participants s'accorde sur un point: une union monétaire permettrait d'avoir une position plus solide lors des grandes négociations internationales, en particulier sur le problème du dollar américain comme monnaie de réserve.

Bref, ça bouillonne à l'Est. De toute évidence, la crise financière «made in America», qui a ébranlé surtout les plus petits pays de la région, alimente une volonté en Asie de se défaire de l'emprise américaine et d'être plus autonome.

Toujours plus fort

Et comme par hasard, ces projets de libre-échange surviennent au moment où la reprise asiatique se confirme et prend une vigueur étonnante.

Jeudi, le Fonds monétaire international (FMI) a relevé de façon importante ses prévisions économiques pour l'Asie.

L'organisme table désormais sur une croissance de 2,8% cette année dans la région (incluant le Japon, l'Australie et la Nouvelle-Zélande) et de 5,8% en 2010. Cela représente, pour ces deux années, une augmentation impressionnante de 1,5% par rapport aux projections de mai dernier.

Le FMI a résumé ainsi les raisons de son optimisme: «La reconstruction des stocks mondiaux et les programmes de soutien (de divers pays) devraient continuer à propulser l'Asie», affirme l'organisme. Le FMI souligne que les détaillants américains ne font que commencer à regarnir leurs étalages de produits électroniques asiatiques, un processus qui prendra un bon bout de temps.

En somme, la balance penche de plus en plus en faveur de l'Orient. L'Europe est encore hésitante et l'Amérique se remet lentement en marche. Mais en Asie, on a déjà oublié la crise et on se prépare déjà à passer à la vitesse grand V.




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