Caroline Grégoire et Jean-Louis Labbé, un couple d'Innus de Uashat, ont reçu leur maison en 1991. À l'époque, ils avaient trois enfants. Dix-sept ans plus tard, ils habitent toujours le bungalow de la rue Pashin. Mais aujourd'hui, ils sont 15 à se partager les quatre chambres.

Catherine Handfield

Des dizaines de familles, à Uashat, une réserve enclavée dans la ville de Sept-Îles, vivent ainsi à plusieurs générations dans la même maison en attendant d'éventuelles constructions.

«Nous avons besoin d'environ 400 maisons pour loger notre population», indique Kateri Jourdain, directrice des communications à la réserve de Uashat-Maliotenam.

Actuellement, les 408 habitations de Uashat logent en moyenne deux familles. «Vivre à 14 dans une maison, ça use le parc immobilier», indique Kateri Jourdain.

La maison des Labbé est usée. Les cadres des fenêtres pourrissent. Une odeur de nourriture se mêle à la chaleur.

À l'étage, Shenna, 15 ans, habite la plus grande chambre avec son copain. Sa fille de 2 ans dort dans un lit rose. Son fils, né au début du mois, dort dans un petit landeau à côté.

«C'est difficile, confie Shenna. J'ai hâte que mes enfants aient leur propre chambre.»

Au sous-sol, sa soeur Daphné Paula, d'un an son aînée, doit se contenter d'un coin délimité par deux grands draps. Elle y vit avec son compagnon et leur fils de 1 an. Des vêtements et des couvertures couvrent le plancher poussiéreux.

«Ici, les filles ont leur premier à 14 ans», explique Daphné Paula, assise dans l'escalier avec son fiston. Selon le taux de naissance actuel, la population de Uashat passera de 1500 à 2500 habitants dans les 20 prochaines années.

Le conseil de bande a distribué quelques nouvelles maisons à la mi-juin. Les Labbé n'en ont pas reçu.

«On pensait bien que ça allait être notre tour, soupire Caroline Grégoire, quatre fois grand-mère à 35 ans. Mais le conseil privilégie les gens qui travaillent. Nous ne travaillons pas.»

«C'est difficile, ajoute son conjoint, Jean-Louis Labbé. Plus nos enfants vieillissent, plus notre allocation mensuelle diminue....»