Les éleveurs du Québec essaient de faire revivre le cheval canadien, l'un des seuls animaux patrimoniaux de la province, pratiquement menacé de disparition il y a encore quelques années.

Mis à jour le 24 juill. 2008
Frédérick Lavoie

Hier, à l'Expo agricole de Chicoutimi, 23 chevaux étaient en compétition dans dix catégories d'âge pour le premier jugement au licou (sans démonstration d'aptitudes) de cette race en de nombreuses années.

Le cheval canadien est le descendant des premiers chevaux normands et bretons envoyés par le roi pour aider au développement de la Nouvelle-France au milieu du 17e siècle. Au fil des décennies, la sélection naturelle a donné à ces chevaux le bagage génétique nécessaire pour survivre aux difficiles conditions dans le Nouveau Monde.

"C'est le cheval du patrimoine agricole canadien", résume ainsi Sonia Rowe, secrétaire générale de l'Association québécoise du cheval canadien (AQCC).

Le cheval canadien est notamment caractérisé par ses forts jarrets, un dos court, d'excellentes pattes, une crinière et une queue fournies et frisées. "Il a beaucoup de coeur au ventre et il est extrêmement résistant à l'hiver. Il a d'ailleurs de petites oreilles pour minimiser les engelures", complète Mme Rowe, qui élève trois de ces bêtes à Rivière-Éternité.

Plusieurs personnes pensent à tort que tous les chevaux canadiens sont tous de couleur noire, mais ils peuvent être de différentes teintes, ajoute son conjoint Luc Dubé, président de l'AQCC.

Presque décimés

Durant la guerre de Sécession américaine, entre 1861 et 1865, presque tous les chevaux canadiens ont été exportés aux États-Unis pour servir sur le champ de bataille. Plusieurs y ont péri. Dans le premier livre de généalogie chevalin en 1885, on ne recensait plus que 900 têtes de cette espèce.

Au Québec aujourd'hui, plus de 50% des chevaux sont de race canadienne. Il y en a aussi notamment aux États-Unis et en France.

Selon l'AQCC, on dénombre quelque 5 000 têtes de cette espèce à travers le monde, en majorité au Canada. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il y en aurait une centaine.

Le cheval canadien est toujours considéré comme une espèce rare, puisque seulement 400 à 450 poulains de cette race naissent chaque année à travers le monde.

Lise Tremblay est très attachée au cheval canadien. La femme de 48 ans en élève depuis l'âge de 16 ans. "Ce sont les chevaux de nos ancêtres. Ils ont transporté les médecins pour aller accoucher des femmes dans le bois, ils ont défriché, ils ont tout fait. Il mérite qu'on s'occupe d'eux comme ils se sont occupés de nous", plaide-t-elle.

Il y a quelques années, Mme Tremblay a vendu Joe Patriote, un cheval qu'elle a élevé elle-même et qui gagne aujourd'hui plusieurs concours de dressage aux États-Unis.

L'éleveur Bernard Maltais, des écuries Hanomar de Laterrière, apprécie lui aussi beaucoup Loulou et Kate, ses juments canadiennes. Si ses 22 autres chevaux sont de race "warmblood", il voit beaucoup d'avantages à ses deux bêtes canadiennes, en ces temps où l'équitation est de plus en plus demandée.

"J'aime leur tempérament calme, assez sécuritaire pour les débutants", souligne l'ancien agriculteur, converti à l'industrie équestre il y a huit ans.

Il fait aussi remarquer que le cheval canadien coûte en moyenne de 1000 à 1500$, soit environ dix fois moins que les "warmblood". "Il est très polyvalent", ajoute Bernard Maltais.

"C'est un peu son défaut, poursuit Luc Dubé. Il n'a pas de spécialité. Il peut faire du saut, de l'attelage, de la selle. C'est un cheval familial."