La pêche au bout du monde

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Le poids du matériel est calculé au kilo près avant le départ de l'hydravion.

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Pierre Gingras

(Nunavik) Quel pêcheur n'a pas rêvé un jour de faire un voyage dans le Grand Nord québécois pour découvrir des paysages incomparables où les rivières regorgent de gros poissons qui mordent sans se faire prier? Récit d'une excursion «à la carte» où la truite de vos rêves se trouve au bout de la ligne.

Jour 1

Il est 8 h. Les trois pêcheurs attendent avec fébrilité le départ au quai du lac Tibériade, à Sainte-Véronique, la base d'hydravions d'Air Mont-Laurier. C'est le patron lui-même, Norman Ouellette, qui sera pilote et guide durant ce voyage de sept jours. La journée s'annonce éreintante. Les bagages s'entassent dans le Beaver. Objectif: se rendre au camp de base d'où nous rayonnerons toute la semaine, une trotte de 1100 km franc nord, six heures et demie d'avion en trois étapes. L'espace est restreint, le bruit, assourdissant. Les protège-oreilles sont indispensables. Mais la vue éblouissante nous fait vite oublier ces irritants. À 900 m du sol, le paysage se métamorphose continuellement, les milliers de lacs s'entrecroisent comme une dentelle sans fin. Nous survolons des rivières mythiques telles l'Eastmain ou la Baleine, sans oublier la visite aérienne des infrastructures du réservoir La Grande ou encore l'apparition de cette étonnante mine de nickel agréablement réhabilitée à sa fermeture. Un exemple à suivre. Arrivée au camp en toute fin de journée. Il faut s'installer, souper et dormir tôt, car demain matin, il reste 250 km de vol avant de tremper nos lignes à l'eau.

Jours 2 ET 3

Départ pour la réputée pourvoirie de la rivière aux Feuilles où nous séjournerons 24 heures, à notre demande. Ici, le maître des eaux, c'est le saumon. Touladis et ombles de fontaine nous attendent aussi. Étonnamment, les moteurs hors-bord n'ont pas d'hélice et circulent dans ces puissants rapides comme une motomarine. Le paysage dénudé fascine par son austérité. S'ajoutent au spectacle les nombreux caribous qui traversent la rivière près de nous tout au long de la journée. Nous nous installons sur la berge, et ça mord ! Plusieurs saumons échappés après des sauts acrobatiques inimaginables, mais un seul spécimen capturé: 4 kg. Quelques ombles de fontaine s'ajoutent au tableau. L'histoire de la journée: un saumon de 8 à 10 kg au bout de la ligne durant deux heures bien comptées avant qu'il s'échappe. Silence et déception!

Le lendemain, après deux heures de pêche infructueuse avec les caribous, nouvelle envolée vers le camp de base. Départ en chaloupes pour se rendre à l'extrémité du lac. Les rapides sont magnifiques mais chiches. Les moucheurs resteront sur leur faim. Mais ceux qui pêchent à la traîne en amont sont euphoriques: 25 mouchetées et touladis, des grosses prises, la plupart remises à l'eau délicatement. La jalousie s'installe. Poissons ce soir au menu.

Après plus de 6 heures de vol, le camp... (Photo fournie par Pierre Gingras) - image 2.0

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Après plus de 6 heures de vol, le camp de base est enfin en vue. Prêt pour l’atterrissage.

Photo fournie par Pierre Gingras

Jour 4

Ce matin, des traces de loup sur la grève devant le camp. Ni vus ni entendus. Puis, 15 minutes d'avion pour atteindre un nouveau lac. Paysage tourmenté: falaises, gros rochers, rives abruptes. Plusieurs rapides pour les moucheurs. Poissons abondants, dont une mouchetée de 2 kg. Retour au camp de base en fin de journée. Un lagopède se fait entendre. Magnifiques aurores boréales ce soir. 

Jour 5 

En route vers la Petite rivière de la Baleine. Environ 30 minutes de vol. Nous passons tout près du lac à l'Eau Claire, devenu depuis peu le Wiyâshâkimî. Il est formé de deux cratères de météorites tombées à 10 km l'une de l'autre à... 200 millions d'années d'intervalle. Incroyable ! Nous devons traverser un brûlis pour pêcher. Le feu a sévi en 1979, et la régénération est encore lointaine. Au 56e parallèle, le climat est rude. Pêche exceptionnelle, plus abondante que dans les meilleurs films de pêche. Les bras sont fatigués. Toutes les prises sont remises à l'eau en douceur. Décollage sous une pluie battante. Il faudra contourner un orage.

Jour 6

Temps superbe au réveil. Mais la nuit a été glaciale. Il y a du frimas au sol. Normal, c'est la fin d'août. Deuxième excursion sur le lac où nous sommes basés, avec ses îles et baies nombreuses. Il serait facile de se perdre sans guide. Les résultats sont nettement meilleurs qu'à notre première tentative. Un autre omble de 2 kg qui sera conservé avec quelques autres. Une dernière sortie en fin de journée. Une pluie diluvienne venue de nulle part nous tombe dessus. Nous rentrons bredouilles et détrempés.

Jour 7 

C'est le long retour. Transit au lac du Mâle sur le réservoir Gouin pour passer la nuit. Nous avons le temps de pêcher du doré jaune. Succès assuré, nous dit-on. Scepticisme. Contre toute attente, le poisson mord abondamment, même si la technique de pêche n'est guère excitante. Succulents filets au souper. Demain matin, dernier vol pour Sainte-Véronique. 

Cette aventure de pêche mémorable a coûté environ 5500 $ par personne (taxes incluses), soit le tarif de base auquel il a fallu ajouter 700 $ chacun pour le carburant et le vol à la rivière aux Feuilles, les pourboires, les frais de séjour de même que notre nourriture et nos boissons pour la semaine. À noter: les frais sont en hausse en 2016.

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