Grande oie des neiges: les grandes migrations

Combien sont-elles? Dix mille? Quinze mille? Vingt mille? En ce matin de... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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(SAINT-JOACHIM) Combien sont-elles? Dix mille? Quinze mille? Vingt mille? En ce matin de printemps, les grandes oies des neiges couvrent de grands morceaux de champ à la réserve nationale de faune du Cap-Tourmente.

Têtes baissées, concentrées, elles ratissent le sol à la recherche de graines oubliées ou de pousses tendres. Sur la route qui relie la guérite d'accueil et le centre d'information, les voitures ralentissent, puis s'arrêtent invariablement. De part et d'autre du ruban d'asphalte, le sol disparaît sous les corps de ces grands voyageurs à plumes que plusieurs appellent encore oies blanches.

Les grandes oies des neiges (c'est leur nom officiel) sont venues de loin - de la Caroline du Nord et du New Jersey - mais le trajet qui reste à parcourir est plus long encore: 3000 km pour atteindre leur lieu de nidification, le nord de l'Arctique. Là-haut, les prédateurs sont rares, mais les étés sont courts.

«C'est pourquoi leur halte migratoire dans le sud du Québec est essentielle à leur survie, en particulier au printemps», explique Chantal Lepire, agente de programme pour Environnement et Changement climatique Canada, dont le bureau est situé au Cap-Tourmente. «Les oies doivent faire des réserves pour réussir leur longue migration, mais aussi parce que lorsqu'elles arrivent en Extrême-Arctique, le sol est souvent encore gelé.»

Les terres agricoles et les marais qui bordent le Saint-Laurent (riches en scirpe d'Amérique, une plante qui pousse en milieu humide) leur permettent de se consacrer à la seule tâche qui importe: manger, manger et manger encore.

Et ce matin, à Saint-Joachim, c'est dans les champs que se trouve le festin.

«La marée influence le déplacement des oies vers les terres agricoles, explique Stéphanie Tremblay, guide-naturaliste à la réserve nationale de faune du Cap-Tourmente. En mai et en octobre, Stéphanie Tremblay et ses collègues se postent à l'observatoire du Bois-Sent-Bon pour répondre aux questions des visiteurs. Six lunettes d'approche sont alors mises à la disposition du public. Mais il arrive que la naturaliste se retrouve pour un temps seule au fleuve alors que les oiseaux, eux, sont aux champs...

«Si la marée a beaucoup d'amplitude, ou si de forts vents de l'est ou du sud font monter le niveau de l'eau, on a plus de chances de voir les oies sur les terres. Mais elles vont revenir plus tard, pour digérer, notamment.»

Dans ces champs qui font partie intégrante de la réserve de faune et où les pratiques agricoles sont adaptées selon le calendrier des migrations, les oies peuvent picorer à satiété. Mais elles sont plus vulnérables.

Combien sont-elles? Dix mille? Quinze mille?... (Photo David Boily, La Presse) - image 2.0

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Photo David Boily, La Presse

Ainsi, quand une oie perçoit la présence d'un prédateur - un renard? un oiseau de proie? -, c'est tout le champ qui se vide en quelques secondes. Le ciel s'emplit alors de milliers de taches blanches qui tourbillonnent en caquetant. Certes, cette envolée indique une perturbation pour les oiseaux, qui ont du coup cessé de s'alimenter. Mais pour l'humain qui a la chance d'y assister, le spectacle est grandiose.

Grandiose et émouvant, car en observant la volée, on réalise vite que cette immense nuée est en fait composée de milliers de paires d'oiseaux volant côte à côte, comme des trémas.

«Les oies des neiges sont fidèles à leur partenaire toute leur vie et on peut facilement distinguer les couples en plein vol», explique Chantal Lepire. Qui est le mâle, qui est la femelle? Impossibles à dire, puisque les deux arborent le même plumage et la même physionomie.

On sait toutefois que les couples ne se séparent jamais et que si l'un des deux meurt, celui qui reste ne prendra pas d'autre partenaire.

Les raisons de cette indéfectible fidélité sont toutefois moins poétiques (ou romantiques) qu'il n'y paraît. «Les couples sont unis à vie pour économiser temps et énergie. Les oies des neiges n'ont pas le temps de faire la parade pour se reconquérir chaque printemps.»

Pas de temps pour de quelconques sparages amoureux, donc, quand on niche plus loin que la plupart des oies et bernaches d'Amérique du Nord, dans des territoires aussi arides qu'Alert, dans le nord de l'île d'Ellesmere.

Dans ces déserts nordiques, c'est la femelle qui couve les oeufs - jusqu'à quatre. «Pendant 23 jours, elle va y consacrer 93 % de son temps et ne mangera pratiquement pas», explique Chantal Lepire. Le mâle? Il fait le guet.

Lorsque l'oison naît, il pèse à peine 100 g. Avant que le sol ne gèle de nouveau, il aura six semaines à peine pour gagner 20 fois son poids et atteindre les 2 kg nécessaires pour entreprendre le long vol de retour automnal.

Un calendrier prévisible

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce n'est pas la chaleur (ou le froid) qui déclenche la migration, mais plutôt la durée quotidienne d'ensoleillement. Du coup, les passages semestriels des oies dans le sud du Québec se font bon an, mal an à la même période.

«Au printemps, les premières oies commencent à arriver vers la fin de mars. Elles s'installent d'abord dans le sud du Québec, comme à Baie-du-Febvre, où l'observation printanière est excellente.»

Selon Rosaire Lemay, bénévole au Centre d'interprétation de Baie-du-Febvre, entre 300 000 et 400 000 grandes oies des neiges se sont arrêtées dans la plaine inondée du lac Saint-Pierre ce printemps. «Pendant 4 ou 5 jours, il y avait 200 000 oies rassemblées.»

Elles arrivent au Cap-Tourmente vers la mi-avril, lorsque le fleuve se dégage des glaces. «Peu importe où elles s'arrêtent dans le sud du Québec, elles vont quitter le secteur à la troisième semaine de mai pour pouvoir arriver en Arctique au début juin», ajoute Chantal Lepire.

Au printemps, à la réserve du Cap-Tourmente, on peut compter jusqu'à 30 000 oies des neiges, maximum. À l'automne, ce chiffre double.

«Les premières oies qui arrivent dans le secteur, à la fin septembre, sont celles qui n'ont plus de partenaires ou qui ne sont pas encore matures. Les familles arrivent à la mi-octobre. Le trajet est plus long pour elles ; les jeunes ont moins de résistance. En général, chaque individu passe entre 10 et 15 jours sur notre territoire. L'observation peut se faire de la fin septembre à la fin octobre.»

Et quand les oies sont au loin, les ornithologues de passage à la réserve du Cap-Tourmente peuvent toujours se rassasier avec des dizaines de canards barboteurs, des faucons pèlerins, des pygargues à tête blanche, des balbuzards, des pics... On peut d'ailleurs emprunter sur place, sans frais, lunettes d'approche et guide d'identification des oiseaux.

À savoir

L'activité d'interprétation Gros plan sur les oies sera offerte tous les jours, du 24 septembre au 30 octobre, le samedi et le dimanche.

Tarifs

6 $ par adulte. Gratuit pour les moins de 12 ans.

Les couples d'oies blanches ne se séparent jamais.... (Photo David Boily, La Presse) - image 3.0

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Les couples d'oies blanches ne se séparent jamais. Si l'un des deux meurt, celui qui reste ne prendra pas d'autre partenaire.

Photo David Boily, La Presse

Voir l'oie ailleurs

Les grandes oies des neiges se dispersent de plus en plus lors de leur halte migratoire au Québec. On peut les voir de l'Outaouais à la Gaspésie et de la Beauce au Lac-Saint-Jean. Certains lieux semblent toutefois privilégiés, que ce soit en octobre ou en mai. Quatre suggestions.

Baie-du-Febvre

Le lieu de rassemblement par excellence au printemps est pour ainsi dire désert à l'automne. «Les plaines inondées du printemps sont alors en culture», explique Rosaire Lemay, du Centre d'interprétation de Baie-du-Febvre. À noter: le centre est ouvert jusqu'au 4 septembre. On y présente notamment une exposition sur la faune du lac Saint-Pierre. Plus de 150 oiseaux peuvent être observés dans le secteur.

Saint-Gédeon

Des oies des neiges au Lac-Saint-Jean? Et comment! «Depuis 25 ans, on observe de plus en plus d'oies au Lac-Saint-Jean, explique Remi Bouchard, passionné d'ornithologie et résidant de Saint-Gédéon. On peut en voir des milliers rassemblées sur les terres agricoles et à l'embouchure des rivières. En automne, on en compte peut-être 250 000, surtout dans la plaine ouest du lac Saint-Jean. Les accès publics au lac, les marinas, les parcs sont des endroits parfaits pour les observer.»

Victoriaville

Plus de 200 espèces d'oiseaux fréquentent le réservoir Beaudet, situé au coeur de Victoriaville, mais en octobre, ce sont les grandes oies des neiges qui volent la vedette. Elles y viennent par dizaines de milliers. Depuis six ans, un symposium d'art ornithologique est d'ailleurs organisé. Cet automne, l'événement se tiendra les 22 et 23 octobre.

Montmagny

De Saint-Vallier à L'Islet en passant par L'Isle-aux-Grues, toute la région de Montmagny est fréquentée par les oies des neiges, tant au printemps qu'à l'automne. Les lieux les plus fréquentés? Le quai de Montmagny, la halte routière de Saint-Vallier et le côté nord de L'Isle-aux-Grues. Le biologiste Benoit Gendreau tient un site internet très complet sur la migration dans ce secteur. Aussi: Festival de l'oie blanche, du 6 au 10 octobre, à Montmagny.

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