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À Gallipoli, le tourisme du souvenir bat son plein

Dans la presqu'île de Gallipoli battue par les... (Photo Osman Orsal, Reuters)

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Dans la presqu'île de Gallipoli battue par les vents venus de la mer Égée toute proche, des milliers de visiteurs prennent tous les jours d'assaut la trentaine de cimetières et de monuments fraîchement restaurés par les autorités.

Photo Osman Orsal, Reuters

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Dilay GUNDOGAN
Agence France-Presse
ÇANAKKALE

Depuis qu'il a posé le pied sur ce champ de bataille, Osman Eski n'en a plus le moindre doute. Son pays, la Turquie, n'aurait pas existé sans la résistance héroïque de ses «pères» il y a cent ans, sur cette langue de terre qui court le long du détroit des Dardanelles.

«Si nos martyrs ne s'étaient pas sacrifiés à Gallipoli, s'ils n'avaient pas démontré tant de courage sur le front, nous ne pourrions pas jouir de notre liberté d'aujourd'hui», proclame ce sapeur-pompier de 28 ans. «Ce qui s'est passé ici est un moment-clé pour nous, une bataille cruciale pour le peuple turc».

En cette année du centenaire, plus encore que les années précédentes, de nombreux Turcs accomplissent le pèlerinage de Canakkale. Un tourisme aux accents très patriotiques promu par les mairies et les écoles, sous le regard approbateur du parti islamo-conservateur au pouvoir depuis treize ans.

Dans la presqu'île de Gallipoli battue par les vents venus de la mer Égée toute proche, des milliers de visiteurs prennent tous les jours d'assaut la trentaine de cimetières et de monuments fraîchement restaurés par les autorités.

Les touristes australiens ou néo-zélandais, reconnaissables à leurs chapeaux et blazers bariolés, viennent célébrer la mémoire des soldats de leur corps expéditionnaire, le fameux «Anzac». Les Turcs, jeunes et moins jeunes, y exaltent l'esprit de 1915.

Engagée le 25 avril de cette année, la bataille de Gallipoli s'est achevée neuf mois plus tard par la victoire des troupes de l'Empire ottoman, allié de l'Allemagne, sur celles des Alliés franco-britanniques, au prix d'une guerre de tranchées qui a coûté la vie à au moins 120 000 soldats des deux camps.

Malgré ce succès, l'Empire finira la guerre dans le camp des perdants et sera démantelé. Mais la résistance déployée lors de la bataille des Dardanelles est devenue un symbole du mouvement national qui a abouti à l'avènement de la République turque en 1923.

L'obscur colonel Mustafa Kemal y a gagné ses galons de héros et forgé sa légende.

«Sol sacré»

«Pour les Turcs, Gallipoli n'est pas une destination touristique ordinaire», souligne la guide Filiz Yavuz en poussant son groupe au milieu des pierres tombales du cimetière du 57e régiment, celui du colonel Kemal, décimé lors de la bataille. «Pour nous, chaque centimètre carré de ce sol est sacré», ajoute-t-elle.

Nourris de ses très nombreuses anecdotes qui vantent la bravoure des soldats de la «Sublime porte», ses clients sont conquis.

«Avant de venir ici, je pensais que nous n'allions visiter que quelques cimetières, prendre une poignée de photos, boire un thé et puis rentrer chez nous», confie l'un d'eux, Ismail Türk. «Je viens de réaliser combien la guerre qui s'est déroulée ici avait été violente», poursuit le sexagénaire, «et je suis très ému».

Selon les estimations officielles, entre 2 et 3 millions de touristes déferlent chaque année sur Gallipoli, dont des dizaines de milliers de sujets de Sa gracieuse majesté Elizabeth II. En cette année du centenaire, la fréquentation devrait battre des records, surtout grâce aux touristes turcs.

Le représentant local du ministère de la Culture et du Tourisme, Kemal Dokuz, attribue une large part de ce succès aux efforts accomplis par son gouvernement, qui a promis dans le passé de faire visiter le site à chacun des élèves du pays.

«Depuis douze ans, nos dirigeants ont investi dans la péninsule environ 500 millions de livres (plus de 170 millions d'euros), notamment pour la rénovation des monuments qui datent de la période ottomane», souligne M. Dokuz.

«Les anniversaires vont et viennent, mais l'esprit de Gallipoli survivra», promet-il, «nous ferons tout ce qu'il faut pour le maintenir en vie».

Au terme de sa visite, Osman Eski repart tout gonflé de ferveur patriotique. Mais il assure avoir aussi retenu de ses déambulations entre les tombes des soldats venus de tant de pays différents un message de réconciliation.

«J'ai été le témoin ici de la puissance unificatrice de la guerre, de la façon dont elle parvient à réunir des personnes de sang différent», résume-t-il, «nous étions ennemis, nous sommes aujourd'hui devenus des amis».

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