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Marseille côté gangster

Marseille sur les traces des gangsters, à l'aide... (PHOTO JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE, LA PRESSE)

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Marseille sur les traces des gangsters, à l'aide du guide Mathieu Faureau.

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(MARSEILLE) En marge des circuits touristiques traditionnels, le guide Mathieu Faureau vous fait découvrir une autre Marseille: celle des gangsters et de la French Connection.

Vous vous rappelez The French Connection? Ce film sorti en 1971, mettant en vedette Gene Hackman, raconte l'histoire de deux détectives américains venus enquêter sur la mafia marseillaise.

Ce n'était pas une fiction. Dans les années 60 et 70, Marseille était une plaque tournante majeure du trafic de stupéfiants international, lequel avait d'ailleurs des ramifications jusqu'à... Montréal. Des centaines de tonnes d'héroïne étaient fabriquées à Marseille, puis exportées, un juge a été liquidé, plusieurs gangsters ont fini sous les verrous.

Cette activité a largement contribué à la mauvaise réputation de la ville, mais aussi à son mythe, faisant de Tany Zampa, Francis le Belge, les frères Guérini et d'autres truands dignes d'Al Capone de véritables légendes de la scène locale.

La deuxième ville de France s'est, depuis, refait une virginité. Enfin, presque. Mais il est possible de revivre les heures de gloire de cette mafia pittoresque en suivant le Marseille Gangster Tour de Mathieu Faureau.

«J'avais entendu parler du film la French Connection, je trouvais ça intéressant, raconte le guide de 37 ans, qui a lancé ce projet il y a deux ans. J'avais déjà été guide touristique. J'avais fait les crocodiles en Australie, les fantômes en Écosse. Alors je me suis dit: et pourquoi pas les voyous à Marseille?»

La visite de Mathieu Faureau est à l'image d'une nouvelle tendance en tourisme. Un peu partout dans le monde, des guides allumés proposent d'autres façons de découvrir les lieux, en insistant sur des aspects moins «touristiques», mais tout aussi porteurs - pensons au London Punk Tour, à la visite du Bucarest communiste ou au tour Pablo Escobar en Colombie.

The French Connection, avec Gene Hackman, raconte l'histoire de... (Photo fournie par 20th Century Fox) - image 2.0

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The French Connection, avec Gene Hackman, raconte l'histoire de deux détectives américains venus enquêter sur la mafia marseillaise.

Photo fournie par 20th Century Fox

Sans surprise, le très institutionnel Office de tourisme marseillais a refusé de sanctionner le Gangster Tour de M. Faureau. «Ils trouvent que ça ne donne pas une bonne image de la ville», regrette le guide.

Et pourtant: ignorer cette histoire, dit-il, serait ignorer une partie importante de l'histoire de Marseille.

Il faut savoir que la ville s'est largement développée grâce au monde interlope. Avec son port donnant sur la Méditerranée, la «cité phocéenne» était un parfait creuset pour les trafics en tous genres, du proxénétisme à l'opium en passant par les casinos. 

«En 1863, il y avait même un petit guide rose pour le quartier réservé à la prostitution», indique Mathieu Faureau.

Avec le boom de l'héroïne, dans les années 60 et 70, l'industrie louche s'est hélas transformée en industrie lourde. C'était l'époque de la fameuse «French Connection», baptisée ainsi par les agents américains venus enquêter jusqu'en Provence. La base-morphine était acheminée de Turquie, transformée en héroïne dans les labos marseillais, puis envoyée aux États-Unis, où elle a fait des ravages dans la jeunesse.

Une partie de la drogue transitait aussi par le Québec, souligne en outre le guide, citant à ce sujet un fort intéressant documentaire qu'on peut voir sur YouTube (Les rois de la came). On y apprend, entre autres choses, que l'actrice Danielle Ouimet avait - à son insu - transporté plusieurs kilos d'héroïne jusqu'à Montréal, dans une Citroën achetée en France, un plan ourdi par son amoureux de l'époque, qui était de mèche avec la «French Connection».

Il ne reste plus grand-chose aujourd'hui de cet «âge d'or». Plusieurs de ces bandits ont depuis longtemps passé l'arme à gauche. Ou se sont fait oublier. Mais certains dossiers sont encore sensibles. «Il y a des choses que je dis et des choses que je ne dis pas», résume Mathieu Faureau.

La visite, qui se décline en deux parties (avant et après la guerre), se termine toutefois sur une parole libérée: celle de Milou, ancienne figure du milieu, qui vous attend dans un troquet, avec ses bonnes histoires et des exemplaires de son autobiographie, Truand, sortie en 2015. Une finale très incarnée, qui résume tout le côté folklorique de cette pègre locale.

«Ces types étaient des bandits, mais ils étaient sympathiques, conclut le guide. Les Marseillais n'en parlent jamais en mal. Ils sont nostalgiques de cette époque. Ils sont fiers de leurs voyous.»

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